Accord UE-Mercosur : l'Italie de Meloni rejoint la France pour bloquer la signature
latribune.fr
L'Italie refuse de signer l'accord car elle juge les garanties pour son secteur agricole " non finalisées ". Rome exige notamment un renforcement des contrôles phytosanitaires et un fonds de compensation avant tout engagement, rejoignant ainsi la...
En jugeant « prématurée » une signature ce samedi, Giorgia Meloni apporte un soutien décisif à Emmanuel Macron. Ce front commun Paris-Rome rend désormais crédible une minorité de blocage pour stopper le traité en l'état.
Giorgia Meloni a tranché, douchant les espoirs de la Commission européenne. Mercredi, devant le Parlement italien puis dans les colonnes d’Il Foglio, la présidente du Conseil des ministres italiens a qualifié de « prématurée » une signature du traité de libre-échange avec le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay) « dans les prochains jours ». Alors qu'Ursula von der Leyen espérait parapher l'accord lors du sommet de Foz do Iguaçu ce samedi 20 décembre, l'Italie exige désormais la finalisation d'un « train de mesures complémentaires ».
Pour la dirigeante italienne, l’enjeu est de ne pas sacrifier le monde rural sur l'autel du libre-échange. « Le gouvernement italien a toujours été clair en affirmant que l'accord devra être positif pour tous les secteurs et qu'il est donc nécessaire de répondre, en particulier, aux préoccupations de nos agriculteurs », a-t-elle martelé. C’est revirement de l'Italie, longtemps perçue comme l'arbitre du dossier, qui bascule officiellement dans le camp de la prudence.
Le « front du refus » se structure face à Berlin
Cette convergence franco-italienne isole le bloc pro-accord mené par l'Allemagne et l'Espagne. À Paris, le ralliement de Rome est accueilli comme une victoire diplomatique. Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement, y voit « la preuve que la France n'est pas seule ». Emmanuel Macron a d'ailleurs durci le ton en Conseil des ministres, prévenant que la France « s'opposerait de manière très ferme » à toute volonté de « passage en force » de la part de Bruxelles.
Le poids démographique de l'Italie, combiné à celui de la France et de soutiens comme la Hongrie ou la Pologne, place désormais les opposants au texte en position de force. Avec plus de 35 % de la population européenne représentée par ce camp, la constitution d'une minorité de blocage au Conseil de l'UE devient une réalité mathématique. Paris et Rome exigent que les engagements de la Commission sortent du stade des « simples annonces ».
Des avancées jugées « non finalisées » par Rome
Giorgia Meloni a détaillé les points de friction qui empêchent son feu vert immédiat. Si elle reconnaît des « avancées significatives » obtenues après un travail intense avec la Commission — citant notamment « l'introduction d'un mécanisme de sauvegarde spécifique, d'un fonds de compensation adéquat et un renforcement significatif des contrôles phytosanitaires à l'entrée » — elle estime que le compte n'y est pas.
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« Toutes ces mesures, bien que présentées, ne sont pas encore totalement finalisées », explique-t-elle. Pour la présidente du Conseil italien, il est impératif d'attendre que ce paquet soit acté pour « l'illustrer et en discuter avec nos agriculteurs ». L'Italie ne compte pas bloquer l'accord définitivement, mais refuse de céder à l'urgence calendaire de décembre : « Nous avons l'intention de l'approuver uniquement au moment où des garanties adéquates de réciprocité pour notre secteur agricole seront incluses. »
Le « momentum » brésilien s'achève
À Bruxelles, l'inquiétude grandit. La Commission craint que ce report ne signe l'arrêt de mort d'un accord négocié depuis vingt-cinq ans. Le moment propice à la signature est en effet lié à la présidence tournante brésilienne du Mercosur qui s'achève. Un échec ce week-end pourrait pousser le bloc sud-américain à privilégier définitivement des partenariats avec la Chine ou les États-Unis. L'ambassadeur brésilien auprès de l'UE, Pedro Miguel da Costa e Silva, a d'ailleurs prévenu que les pays du Mercosur considéraient avoir fait suffisamment de concessions.
La France et l'Italie assument ce risque au nom de la souveraineté alimentaire. En demandant officiellement le report des échéances, elles parient sur une renégociation des garanties au début de l'année 2026. « Je suis très confiante qu'avec le début de l'année prochaine, toutes ces conditions pourront être réunies », avance Giorgia Meloni. Le bras de fer se déplace désormais au sommet européen des 18 et 19 décembre, où Ursula von der Leyen devra arracher l'aval des États membres sous haute tension.