Les États-Unis risquent un shutdown en raison d’un désaccord au Sénat sur le financement du département de la Sécurité intérieure (DHS). Les démocrates s’opposent aux crédits alloués à l’ICE suite au décès d’Alex Pretti, tandis que les républicains...
Les sénateurs américains ont jusqu’à samedi minuit pour s’accorder sur le budget fédéral 2026 et éviter une paralysie de l’État. Le différend cristallise sur le financement de la police de l’immigration (ICE), après la mort d’un infirmier abattu par des agents fédéraux à Minneapolis. Les démocrates exigent le retrait des 64 milliards de dollars alloués à la Sécurité intérieure.
La course contre la montre s’engage. Samedi à 00 h 01, les États-Unis pourraient connaître une nouvelle paralysie budgétaire (un « shutdown ») si les sénateurs ne parviennent pas à un accord sur le budget fédéral 2026.
Au cœur de la discorde : la partie du projet de loi consacrée au département de la Sécurité intérieure (DHS). Les démocrates exigent son retrait. La loi propose un nouveau financement de plus de 64 milliards de dollars pour le DHS, dont 10 milliards pour l’ICE (la police de l’immigration), sans renforcer le contrôle de cette agence.
Le refus des démocrates de signer les 1 200 milliards de dollars, pourtant approuvés par la Chambre des représentants, fait suite à la mort d’Alex Pretti. Samedi dernier, cet infirmier de 37 ans a été abattu par l’ICE à Minneapolis. Des vidéos circulant sur Internet le montrent, téléphone à la main, être gazé, puis cloué au sol par des membres de l’ICE avant que l’un d’entre eux n’ouvre le feu. Une enquête est ouverte. Les analyses des vidéos diffèrent de la première version de l’administration Trump. Celle-ci affirmait que la victime, qui portait une arme de manière légale, aurait menacé les agents.
Ce décès intervient juste après celui de Renee Good, une mère de famille américaine abattue le 7 janvier par la police de l’immigration. La ville du Minnesota, dirigée par un démocrate, est devenue l’un des emblèmes de la lutte de l’administration Trump contre l’immigration.
« Ce qui se passe dans le Minnesota est révoltant et inacceptable dans n’importe quelle ville américaine. […] En raison du refus des républicains de s’opposer au président Trump, le projet de loi du DHS est malheureusement insuffisant pour mettre un terme aux abus de l’ICE. Je voterai contre », a ainsi écrit sur X le chef de la minorité sénatoriale, Chuck Schumer (New York). « Les agents fédéraux ne peuvent pas assassiner des gens en plein jour sans subir aucune conséquence. Je ne soutiendrai PAS le projet de loi du DHS tel qu’il est présenté actuellement », a commenté une autre sénatrice démocrate, Patty Murray (Washington).
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
Une paralysie différente
Sans vote du budget, ce serait le deuxième « shutdown » sous le second mandat de Donald Trump en moins de six mois. Le dernier, débuté fin septembre, avait battu les records en atteignant 44 jours.
En cas de paralysie, certains services fédéraux s’arrêtent. Les fonctionnaires ne touchent plus leur salaire ou sont mis au chômage technique. Toutefois, cette paralysie serait différente car elle n’affecterait pas tous les services. Le ministère de l’Agriculture serait épargné. Cela évitera l’interruption du Programme d’aide alimentaire supplémentaire (Snap).
Le blocage toucherait néanmoins le DHS, le Trésor, les ministères des Affaires étrangères, de la Défense, du Travail, de la Santé, du Logement, des Transports et de l’Éducation. Le Service des impôts (IRS) marcherait au ralenti. Les contrôleurs aériens ne seraient plus payés, menaçant de provoquer d’importants retards. Le DHS devrait s’en sortir grâce aux 178 milliards de dollars perçus en 2025 avec la loi fiscale du président américain, baptisée « la belle et grande loi ». De quoi permettre de poursuivre les activités de l’ICE.
Les républicains adoucissent leur discours
De leur côté, les sénateurs républicains veulent faire passer le projet de loi à tout prix. Le texte nécessite 60 voix sur 100. En cas de modification, le budget devra repasser par la Chambre des représentants, actuellement en vacances parlementaires. Cela entraînera un « shutdown » dans tous les cas.
Ils tentent cependant d’apaiser le dialogue. « La mort d’Alex Pretti est une tragédie, et une enquête approfondie et impartiale devrait être menée sur les circonstances de sa mort », a commenté le républicain John Thune (Dakota du Sud), chef de la majorité sénatoriale. Il s’est montré ouvert à la discussion.
Plusieurs d’entre eux ont également critiqué la réponse de Kristi Noem, secrétaire à la Sécurité intérieure. C’est le cas du sénateur Mark Amodei (Nevada) ou de Thom Tillis (Caroline du Nord), qui a même appelé à son départ.
Une stratégie à l’opposé de celle du président. Si Donald Trump avait promis une désescalade, il a rapidement rallumé les braises en s’adressant violemment au maire de Minneapolis. « Est-ce que quelqu’un (…) pourrait lui expliquer que cette déclaration constitue une violation très grave de la loi et qu’il JOUE AVEC LE FEU », lui a-t-il lancé après que le démocrate Jacob Frey a déclaré qu’il « n’appliquerait pas les lois fédérales sur l’immigration ».
En attendant, les paris vont bon train sur la plateforme Polymarket. Ce jeudi, la question « Est-ce que le gouvernement américain va connaître un shutdown samedi ? » récoltait 47 % de oui.