Le 2 avril 2025, " jour de la libération ", devant une foule de partisans et de journalistes, Donald Trump présente au monde entier son offensive douanière.
/FW1HFS/Vijay Vaidyanathan - REUTERS - Carlos Barria
Le 2 avril 2025 marquait le lancement de tarifs douaniers massifs par Donald Trump. Si le déficit commercial a reculé de 39 % en octobre, le coût de cette politique pèse lourdement sur les ménages américains et l’inflation peine à refluer sous la barre des 2 %.
Le 2 avril 2025, « jour de la libération », devant une foule de partisans et de journalistes, Donald Trump présente au monde entier son offensive douanière. « Ce jour restera à jamais gravé dans nos mémoires comme celui où l’industrie américaine renaît, le jour où l’Amérique a repris son destin en main, et le jour où nous avons commencé à rendre à l’Amérique sa prospérité », clame alors haut et fort le milliardaire.
Derrière son pupitre, habillé d’un costume bleu et d’une cravate rouge, les couleurs du drapeau national, il brandit le tableau détaillant les droits de douane qui seront attribués à chaque pays : 34 % pour la Chine, 20 % pour l’Union européenne…
Cette surprise n’en est pas une. Lors de son investiture, trois mois plus tôt, le président avait promis d'« imposer des droits de douane et des taxes aux pays étrangers afin d’enrichir [ses concitoyens] ». Pour son administration, ces barrières doivent rétablir l’équilibre de la balance commerciale, réindustrialiser les États-Unis et créer des emplois.
Un coût supporté en majorité par les Américains
Un an après son retour à la Maison-Blanche, le 20 janvier 2025, les droits de douane ont été allégés concernant la grande majorité des pays après la signature de différents accords. Mais une chose est sûre : ils n’ont jamais été aussi élevés depuis plus de cinquante ans. Le taux tarifaire américain moyen sur les importations atteint désormais 17 %, selon le Tax Policy Center (TPC).
Si l’un des objectifs était de faire payer ses partenaires commerciaux, dans les faits, ce sont plutôt les Américains qui ont sorti la carte bleue. « Il n’y a pas eu de baisse du prix des importations, donc les exportateurs n’absorbent pas les tarifs, le coût est supporté en majorité par les consommateurs et les importateurs américains », note Gilles Moëc, chef économiste du Groupe AXA.
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Les Américains se plaignent de plus en plus du coût de la vie, le président américain est descendu très bas dans les sondages concernant sa manière de traiter les dossiers économiques. Du côté de l’inflation, elle est remontée juste après le Liberation Day : « Elle n’a pas explosé mais elle reste au-dessus de la cible des 2 % de la banque centrale américaine », complète Ruben Nizard, responsable de l’analyse des risques sociaux-politiques chez Coface.
Une réindustrialisation encore difficile à prouver
Un des principaux objectifs du président américain : réindustrialiser les États-Unis avec ses droits de douane. Ces derniers font partie des outils pour protéger l’industrie, notamment certains secteurs. « Ce qui n’est pas la stratégie de Donald Trump qui en applique de manière globale », complète Ruben Nizard, l’économiste de Coface. Le président américain a tout de même appliqué des tarifs de 50 % pour protéger l’industrie de l’acier et de l’aluminium.
Plus largement, dans la logique du milliardaire, les tarifs douaniers devraient inciter les entreprises à venir produire directement sur le territoire américain pour éviter les taxes et la perte de parts de marché. Des entreprises américaines comme Apple, Johnson & Johnson ou encore étrangères comme le conglomérat japonais SoftBank ou le taïwanais TSMC se sont engagées à investir dans le pays.
Au travers d’accords passés pour réduire les droits de douane imposés, les pays ont aussi promis des sommes colossales : 600 milliards de dollars par l’UE, 550 milliards par le Japon… Des promesses qui demeurent floues, puisqu’elles ont été réalisées par des politiques, et non par les entreprises elles-mêmes.
« Trump a annoncé des chiffres mirobolants mais la réalité est en deçà des chiffres, ce sont souvent des promesses assez vagues car les entreprises parlent souvent de projets déjà engagés ou d’investissements déjà prévus », ajoute Ruben Nizard, et « faire revenir les capacités de production aux États-Unis va prendre beaucoup plus de temps ». Difficile donc de faire un constat clair sur une seule année.
Du côté de l’emploi, les résultats sont, eux, mitigés, le marché est gelé. Le taux de chômage a progressé pour s’établir à 4,4 % en décembre.
Un déficit commercial qui s’est en partie réduit
Du côté de la balance commerciale, les droits de douane ont permis de réduire en partie le déficit commercial américain, notamment au second semestre. Selon les derniers chiffres du département du Commerce, le déficit s’est réduit de 39 % en octobre par rapport au mois précédent, pour s’établir à un peu moins de 30 milliards de dollars. Un plus bas depuis juin 2009.
« Le déficit commercial a bien baissé sur la seconde partie de l’année mais après un creusement important au premier semestre », nuance cependant Gilles Moëc, car les importateurs ont anticipé en début d’année les droits de douane à venir. « Les droits de douane ne sont pas un outil qui sert à aider un déficit commercial », rappelle de son côté Ruben Nizard, « ils créent une réallocation des flux plus qu’une réduction des volumes d’importations ».
Les droits de douane ont néanmoins rapporté de l’argent à l’État et ont contribué à réduire le déficit public. Ce dernier a même reculé de 15 % au dernier trimestre. « Mais quand on regarde en proportion des recettes fédérales, les revenus des droits de douane représentent une goutte d’eau, un peu plus de 3 % du total des recettes fédérales américaines », précise l’économiste de Coface.
Incertitudes pour 2026
Les droits de douane auront cependant été utiles au président américain dans les négociations à l’international. Preuve en est cette semaine sur le dossier du Groenland. Le président a menacé huit pays européens de droits de douane supplémentaires s’ils ne lui permettaient pas d’acquérir le territoire danois autonome situé en Amérique du Nord. S’il a renoncé à utiliser la force et à appliquer des taxes supplémentaires, il a déjà pu entamer des négociations pour obtenir par la suite des concessions.
Mais cette stratégie crée un chaos sur les marchés et entretient un climat d’incertitude. « Juste avant les dernières menaces, on pouvait espérer que 2026 serait une année d’absorption avec des droits de douane derrière nous », argue Gilles Moëc d’AXA. « Mais une deuxième vague inattendue de taxes pourrait avoir un impact psychologique lourd sur l’activité », complète-t-il. « L’incertitude et le risque de surenchère dominent : pour trois ans au moins nous allons faire face à une administration qui chaque semaine va nous surprendre », conclut Ruben Nizard.