En visite à Pékin, le Premier ministre canadien Mark Carney a annoncé la conclusion d’accords commerciaux préliminaires avec la Chine, marquant un tournant après plusieurs années de tensions bilatérales. Un rapprochement observé de près à Washington, où Donald Trump a réagi sans s’y opposer.
Pris entre la pression américaine et la nécessité de diversifier ses débouchés, le Canada assume un rééquilibrage diplomatique vers Pékin.
« Le Canada et la Chine ont conclu un accord commercial préliminaire, mais historique, visant à éliminer les obstacles au commerce et à réduire les droits de douane », a déclaré Mark Carney, chef du gouvernement canadien vendredi, lors d’un point presse en marge de sa visite officielle en Chine — la première d’un chef de gouvernement canadien depuis huit ans.
Le Premier ministre a notamment annoncé que le Canada autoriserait l’importation de 49 000 véhicules électriques fabriqués en Chine, soumis à des droits de douane préférentiels de 6,1 %, soit un retour au niveau antérieur à 2024, avant l’escalade de mesures de rétorsion commerciales entre les deux pays. Selon lui, ce volume représenterait « moins de 3 % » du marché canadien.
En contrepartie, Mark Carney a dit s’attendre à des « investissements chinois considérables » au Canada au cours des trois prochaines années, notamment dans l’industrie et les chaînes de valeur liées à l’automobile électrique, avec à la clé des créations d’emplois.
Autre annonce symbolique : le président chinois Xi Jinping s’est engagé à dispenser de visa les ressortissants canadiens se rendant en Chine, une mesure qui devrait s’appliquer aux touristes. Une décision présentée comme un signal fort de normalisation des relations bilatérales.
Des relations qui s'étaient dégradées en 2018
Les deux dirigeants ont évoqué l’ouverture d’un « nouveau partenariat stratégique », après ce que Pékin qualifie de « nouveau chapitre » amorcé à l’automne, lors de leur rencontre en marge d’un sommet Asie-Pacifique en Corée du Sud. « Je suis extrêmement heureux que nous allions de l’avant avec notre nouveau partenariat stratégique », a souligné Mark Carney.
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Les relations sino-canadiennes avaient été profondément dégradées à partir de 2018, après l’arrestation au Canada d’une dirigeante du groupe Huawei à la demande des États-Unis, suivie par l’emprisonnement en Chine de deux ressortissants canadiens. Plus récemment, Ottawa et Pékin s’étaient affrontés sur le terrain commercial, avec des surtaxes croisées touchant les véhicules électriques, l’acier et plusieurs produits agricoles, dont le canola.
Selon Mark Carney, les droits de douane chinois sur le canola canadien devraient être ramenés d’ici au 1er mars d’un niveau supérieur à 80 % à environ 15 %. Des allégements sont également attendus sur les homards, les crabes et les pois, au moins jusqu’à la fin de l’année.
Ce rapprochement intervient dans un contexte de tensions persistantes avec Washington. Le président américain Donald Trump, qui a rompu les négociations commerciales avec Ottawa et répété que les États-Unis n’avaient « besoin d’aucun produit » canadien, a pourtant réagi sans hostilité à l’annonce. « C’est bien que Mark Carney ait signé un accord », a-t-il déclaré vendredi à des journalistes. « S’il peut conclure un accord commercial avec la Chine, il devrait le faire. »
Réduire la dépendance du Canada vis-à-vis des États-Unis
Face à cette recomposition, Mark Carney a réaffirmé sa volonté de réduire la dépendance économique du Canada vis-à-vis des États-Unis, premier partenaire commercial du pays. Il s’est fixé pour objectif de doubler, d’ici à 2035, les exportations canadiennes vers des pays autres que les États-Unis, soulignant le poids de la Chine, deuxième puissance économique mondiale et moteur d’environ un tiers de la croissance globale.
Sur les sujets sensibles, le Premier ministre canadien a réaffirmé la politique d’« une seule Chine » concernant Taïwan, tout en esquivant les questions sur le rôle « perturbateur » de Pékin sur la scène internationale. Les droits humains, a-t-il estimé, sont plus efficacement abordés au sein de « coalitions » et sans « mégaphone ».
« Nous prenons le monde comme il est, pas comme nous souhaiterions qu’il soit », a-t-il résumé.