En pleine négociation budgétaire pour 2026, les trois principaux syndicats coordonnent une grève massive contre le plan d’austérité de 20 milliards d’euros de Bart De Wever. Ce bras de fer met en péril l’équilibre de la coalition « Arizona », confrontée à l’urgence d’une dette publique qui frôle les 107 % du PIB et à une colère sociale attisée par la réforme des retraites.
Depuis dimanche soir, le pays s’enfonce dans une grève générale sans équivalent depuis plus de quarante ans. Des trains aux hôpitaux, en passant par les deux principaux aéroports, la Belgique est à l’arrêt.
Le nœud du conflit est financier. Fin 2024, De Wever a fixé un objectif pour sa coalition « Arizona » : réaliser 20 milliards d’euros d’économies pour le budget 2026. Une nécessité, selon lui, pour maîtriser une dette publique qui a atteint 107,1 % du produit intérieur brut (PIB). Les intérêts de la dette, qui s’élèvent à 11 milliards d’euros cette année, devraient en effet exploser pour atteindre 41,5 milliards d’euros en 2034, selon les projections de la Banque nationale de Belgique. Sans ces coupes claires, le déficit public grimperait à 5,9 % du PIB en 2027.
Réformes des retraites : le point de rupture des cheminots
C'est le secteur public qui a donné le coup d'envoi de la mobilisation, et plus particulièrement à la SNCB. Le gouvernement fédéral entend aligner les cheminots sur le régime général, ce qui signifie le report de l’âge de départ à la retraite de 60 ans, voire 55 ans pour certains, à 67 ans en 2027. En parallèle, le mode de calcul des pensions est revu à la baisse.
Cette réforme est vécue comme une double peine, car elle intervient au milieu d’un débat politique où la coalition ne parvient pas à s’accorder. D’un côté, la droite libérale francophone met un veto ferme à toute hausse de la TVA ou de l’impôt sur les revenus ; de l’autre, les socialistes flamands se battent pour la survie de l’indexation automatique des salaires sur l’inflation, un mécanisme fondamental de protection sociale que les syndicats défendent comme un totem.
Face à la pression, le Premier ministre, qui a déjà menacé de démissionner début novembre, se trouve coincé entre les exigences de la rue et les lignes rouges de sa propre majorité. L’impasse sur le budget 2026 est telle que le gouvernement est contraint d’utiliser les « douzièmes provisoires » pour fonctionner, un pis-aller qualifié de « désastre » par une source gouvernementale.
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Les 25 milliards d’aides aux entreprises : un fiasco qui nourrit la colère
L’argumentaire syndical ne se limite pas à la défense de la solidarité. Il est soutenu par les chiffres de la Banque nationale de Belgique. Selon eux, l’effort budgétaire doit être inversé : avant de tailler dans le chômage (qui serait limité à deux ans) ou les retraites, l’État doit cibler les niches fiscales et les dépenses inefficaces.
Car les aides aux entreprises ont totalisé 25 milliards d’euros en 2024, avec pour objectif affiché de stimuler l’emploi des jeunes et des seniors. Or, le constat de la Banque nationale est implacable : ces subventions n’auraient créé que « peu, ou pas, d’emplois supplémentaires ». Ce gaspillage massif donne une légitimité puissante au mouvement social. Les syndicats demandent que l’argent soit plutôt trouvé grâce à la taxation des grandes fortunes et une lutte plus efficace contre la fraude fiscale.
Le débat ne porte plus sur l’équilibre des comptes, mais sur l’affectation des ressources : Pourquoi maintenir 25 milliards d’aides inefficaces tout en envisageant de couper dans le social ou d’aligner les cheminots sur un régime de départ à 67 ans ? L’option syndicale est claire : ces milliards pourraient être redirigés vers l’investissement public ou le secteur de la défense, où le gouvernement prévoit d’injecter 34 milliards d’euros d’ici à 2034.
Bart De Wever s’est donné Noël comme date butoir pour sceller un accord budgétaire. Mais la rue, forte de sa mobilisation historique, ne cherche plus le compromis. Elle exige un changement de cap qui rend la rigueur budgétaire inéluctable mais place la responsabilité de l’effort sur les plus aisés et les dépenses injustifiées. S’il cède sur l’impôt, il perd la droite ; s’il cède sur le social, il perd sa majorité et risque la démission qu’il a déjà brandie devant le roi Philippe.