Les ministres de l'Intérieur de l'Union européenne se réunissent pour valider un durcissement des règles d'immigration. Les propositions de la Commission visent à encadrer plus strictement les arrivées et les renvois de migrants. Elles prévoient notamment l'ouverture de « hubs de retours » hors UE et l'allongement des périodes de détention pour les non-coopérants, malgré une baisse de 20 % des entrées irrégulières en 2024.
Face à la pression des partis d’extrême droite, l’Europe va durcir sa politique d’immigration. Réunis à Bruxelles, les ministres de l’Intérieur des États membres de l’Union se prononceront sur trois textes présentés cette année par la Commission européenne. Ceux-ci veulent encadrer plus strictement les arrivées et les renvois de migrants.
Ils permettraient notamment d’ouvrir des centres en dehors des frontières de l’UE pour y envoyer les personnes dont la demande d’asile aurait été rejetée, les « hubs de retours ». Ils sanctionneraient aussi plus durement les migrants qui refusent de quitter le territoire européen, avec des périodes de détention plus longues. Demandée par Rome, cette réforme de l’UE doit spécifiquement réhabiliter le grand projet italien de « centre de remigration » en Albanie, qui a été invalidé par la justice européenne et mis en pause.
Mais l’ambition européenne ne s’arrête pas là, les textes proposent aussi de renvoyer des migrants vers des pays dont ils ne sont pas originaires mais que l’Europe considère comme « sûrs ». Enfin, la Commission européenne pourra mettre ces faveurs commerciales dans la balance si un État devant reprendre des personnes immigrées ne se montre pas assez « coopératif ».
20 % d’entrées irrégulières en moins en 2024
Ces mesures sont bien plus coercitives que celles appliquées jusqu’alors sur le Vieux Continent, et ce, alors même que l’Europe a connu environ 20 % d’entrées irrégulières en moins par rapport à l’an dernier. Mais la pression sur les responsables politiques du Vieux Continent se fait toujours plus forte.
Et ce, notamment parce que près de quatre personnes sur cinq ayant reçu l’ordre de quitter l’UE ne respecteraient pas cette décision, selon les chiffres de Bruxelles. La faute, notamment, aux refus de coopérer de certains pays tiers. « Il faut que nous avancions afin de donner aux citoyens le sentiment que nous maîtrisons la situation », a martelé jeudi le commissaire européen Magnus Brunner, architecte de ce tour de vis migratoire.
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Bruxelles pourrait aller encore plus loin. Afin de « soulager » les pays se situant le long des routes migratoires, comme la Grèce et l’Italie, l’UE exigera bientôt que les autres États membres déplacent des demandeurs d’asile sur leur sol ou qu’ils versent une contribution financière de 20 000 euros par demandeur d’asile aux pays sous pression. Plusieurs pays, dont la Belgique, la Suède ou l’Autriche sont déjà sortis du bois en annonçant qu’ils n’accepteront pas les demandeurs d’asile d’autres États membres.
Des fonds européens utilisés pour bloquer les migrants plutôt que les intégrer
Ces propositions font bondir la gauche et les associations de protection de migrants qui dénoncent des mesures violant les droits humains. « Au lieu d’investir dans la sécurité, la protection et l’inclusion, l’UE choisit des politiques qui plongeront davantage de personnes dans le danger et l’insécurité juridique », alerte Silvia Carta de Picum, une ONG de protection des sans-papiers.
Un constat partagé par la Cimade, une autre ONG d’aide aux migrants. « Ces budgets pourraient utilement être redéployés pour permettre un accès inconditionnel au territoire européen pour les personnes bloquées à ses frontières extérieures afin que leurs situations soient examinées avec attention et impartialité ou encore pour permettre un accueil digne sur le territoire des États membres et assurer le respect effectif des droits de tou∙te∙s », regrette l’association.