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Sécuriser Ormuz : quand l’échec de la mer Rouge préfigure la tempête

latribune.fr

Publié le 25 mars 2026 à 14:48

Sécuriser Ormuz nécessiterait des moyens considérables : une douzaine de navires de guerre, appuyés par une couverture aérienne permanente et des capacités de déminage.

Sécuriser Ormuz nécessiterait des moyens considérables : une douzaine de navires de guerre, appuyés par une couverture aérienne permanente et des capacités de déminage.

BT/ - REUTERS - Benoit Tessier

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Après la leçon coûteuse de la mer Rouge, protéger le détroit d’Ormuz s’annonce comme un casse-tête stratégique et économique.

La crise du détroit d’Ormuz place les puissances occidentales devant une équation redoutable : sécuriser l’une des artères vitales de l’économie mondiale sans reproduire l’échec coûteux observé en mer Rouge. Après des mois d’opérations infructueuses face aux rebelles houthis, l’hypothèse d’une mission similaire dans le Golfe apparaît à la fois indispensable… et potentiellement ingérable.

Car l’enjeu dépasse de loin celui du détroit de Bab el-Mandeb. Près de 20 % des flux mondiaux de pétrole et de gaz naturel liquéfié transitent habituellement par ce goulet stratégique aujourd’hui bloqué par Iran. La fermeture prolongée de cette voie maritime a déjà provoqué un choc d’une ampleur inédite sur les marchés énergétiques, alimentant une flambée des prix et ravivant les craintes de pénuries durables.

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« Il n’y a aucun substitut au détroit d’Ormuz », a estimé mardi le directeur général de Kuwait Petroleum, cheikh Nawaf Saoud Al Sabah. « C’est le détroit du monde entier, tant au regard du droit international que de la réalité pratique. » Une affirmation qui résume la dépendance structurelle de l’économie mondiale à ce corridor étroit.

Le précédent de la mer Rouge pèse lourd

L’expérience récente en mer Rouge agit comme un avertissement. Lancée fin 2023, l’opération occidentale de sécurisation n’a pas permis de restaurer durablement la confiance des armateurs. Malgré des centaines de drones et missiles interceptés, quatre navires ont été coulés en deux ans, et le trafic commercial s’est largement détourné de la zone, préférant contourner l’Afrique au prix de surcoûts logistiques majeurs.

Pour Joshua Tallis, analyste au Center for Naval Analyses, l’opération a été « un match nul (...), voire une défaite stratégique ». Un constat qui fragilise la crédibilité d’une intervention similaire dans une zone autrement plus militarisée.

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Une menace d’un autre ordre

Contrairement aux Houthis, les forces iraniennes disposent d’un arsenal sophistiqué et d’une profondeur stratégique considérable. Drones à bas coût, missiles, mines flottantes, embarcations piégées : la panoplie est vaste et adaptée à une guerre d’attrition dans un espace maritime contraint.

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« Défendre les opérations de convois dans le détroit d’Ormuz est nettement plus difficile qu’en mer Rouge », prévient le contre-amiral à la retraite Mark Montgomery, qui a participé en 1988 à l'escorte de pétroliers américains à travers le détroit d'Ormuz pendant la guerre Iran-Irak. La géographie joue ici un rôle clé : les côtes montagneuses iraniennes surplombent directement le détroit, offrant des positions de tir rapprochées. À certains endroits, quelques minutes suffisent pour qu’un drone atteigne sa cible.

Les analystes soulignent également la capacité des Gardiens de la révolution à dissimuler leurs équipements dans un réseau de bases côtières, de grottes et d’infrastructures souterraines, compliquant toute tentative de neutralisation préventive.

Une opération militaire à haut risque

Sécuriser Ormuz nécessiterait des moyens considérables : une douzaine de navires de guerre, appuyés par une couverture aérienne permanente et des capacités de déminage. Mais même un tel dispositif ne garantirait pas une protection totale.

« Un destroyer peut intercepter des missiles, mais il ne peut pas simultanément balayer les mines, contrer des essaims de drones-bateaux provenant de plusieurs directions et gérer des perturbations de GPS », notent les analystes de SSY, un cabinet spécialisé dans l’analyse du marché maritime.

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Le risque humain et politique est également élevé. « Si (les Américains) perdent un destroyer dans cette opération (...), cela change complètement la donne. Cela représente 300 personnes », avertit Tom Sharpe, ancien commandant de la Royal Navy.

Pressions politiques et incertitudes stratégiques

À Washington, le dossier est devenu central pour Donald Trump, confronté à une inflation persistante et à la hausse des prix de l’essence. Le président américain oscille toutefois sur la stratégie, évoquant tour à tour une implication directe de la marine américaine ou un effort porté par les alliés.

Dans le même temps, les discussions au Conseil de sécurité de l’ONU s’intensifient, certains États plaidant pour des mesures autorisant « tous les moyens nécessaires » pour garantir la liberté de navigation. Même en cas d’intervention, le rétablissement du trafic ne serait ni rapide ni garanti. « Il faudra peut-être mener ces opérations pendant des mois avant de parvenir à neutraliser définitivement la menace que représentent les Gardiens de la révolution islamique », estime Bryan Clark, du Hudson Institute.

D’ici là, l’économie mondiale reste suspendue à l’évolution de ce point de passage critique. Sans réouverture rapide, la crise énergétique pourrait se transformer en choc inflationniste global, affectant bien au-delà des marchés pétroliers l’ensemble des chaînes de valeur industrielles et alimentaires. Ormuz n’est plus seulement un enjeu géopolitique : c’est désormais un test de résilience pour l’économie mondiale.

latribune.fr

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