Des gens font la queue pour entrer dans une agence bancaire à La Havane, alors que les Cubains de tous horizons se mettent en mode survie, faisant face à des coupures d'électricité apparemment interminables et à la flambée des prix des denrées...
Le décret-loi 114/2025 légalise la création de sociétés mixtes entre l'État et les PME privées, une rupture historique avec le monopole productif public. Cette réforme vise à oxygéner une économie asphyxiée, tout en maintenant un contrôle politique strict sur les secteurs stratégiques.
Les informations à retenir
Quelles sont les conséquences du décret 114/2025 sur l'économie de Cuba ?
Le décret 114/2025 autorise la création de PME mixtes associant capitaux publics et privés nationaux, une première depuis la révolution.
Ces entités disposent d'une autonomie de gestion (import/export, prix, salaires) mais restent exclues de la santé, de l'éducation et de la défense.
L'objectif est de capter le dynamisme des 10 000 petites et moyennes entreprises existantes pour relancer la production dans un contexte de crise monétaire et de sanctions américaines.
Le décret-loi 114/2025, publié début mars 2026, marque une étape structurelle pour l’économie cubaine. En légalisant la « société à responsabilité limitée mixte », le gouvernement autorise la fusion organique entre des entités étatiques et des acteurs privés nationaux, principalement des petites et moyennes entreprises (mipymes). Cette évolution permet désormais à l’État d’entrer au capital de sociétés privées ou, inversement, de proposer des actifs publics à la gestion conjointe.
Cette nouvelle grammaire juridique ne se limite pas aux prises de participation. Elle introduit des contrats d’association économique permettant l’exploitation commune d’actifs ou la production sous marque partagée sans créer de nouvelle entité. Tout projet reste cependant soumis à l’arbitrage du ministère de l’Économie et de la Planification (MEP), qui filtre les partenaires selon leur « moralité fiscale » et leur adéquation avec les priorités nationales.
Certaines limites idéologiques demeurent pourtant infranchissables. La santé et l’éducation restent des sanctuaires étatiques, tout comme les activités liées aux forces armées, hors de leurs propres circuits commerciaux. La valorisation des apports publics est également encadrée par une certification stricte des autorités compétentes, évitant toute privatisation sauvage des actifs de la nation.
Une autonomie opérationnelle sous haute surveillance
Les sociétés mixtes issues de ce décret bénéficient de prérogatives opérationnelles élargies. Elles sont désormais autorisées à exporter, importer et gérer des comptes bancaires en devises étrangères, y compris hors des frontières nationales. Cette flexibilité s'accompagne d'une liberté de fixation des prix et des structures salariales, rompant avec la rigidité du plan central, même si elles doivent continuer de rapporter des indicateurs stratégiques tels que leur consommation d'énergie.
Toutefois, cette autonomie s'inscrit dans un cadre administré. Le ministère de l'Économie conserve un droit de veto à chaque étape de la vie de l'entreprise. En réalité, cette réforme acte une situation de fait : depuis 2021, le secteur privé s'est imposé comme le pivot de la distribution et de l'importation de biens de consommation courante. La loi cherche donc à canaliser ce dynamisme pour irriguer un appareil productif public sous-exploité et en manque chronique de capitaux.
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
La réforme intervient alors que l'île traverse sa pire crise depuis trente ans. Le tourisme peine à retrouver ses niveaux prépandémie, tandis que le retrait des soutiens vénézuéliens et le durcissement de l'embargo américain étranglent l'approvisionnement en carburant. L'inflation, alimentée par la fin du double taux de change en 2021, a laminé le pouvoir d'achat des Cubains, rendant l'apport logistique des 10 000 mipymes du pays indispensable à la survie du quotidien.
Pivot cubain pour la France ?
Pour les entreprises françaises, ce pivot cubain redéfinit la cartographie des partenaires potentiels. Le commerce bilatéral a chuté de 60 % en 2024, tombant à 37,9 millions d'euros. Cuba n'est plus qu'un partenaire marginal pour Paris (151e client), mais l'ouverture des structures mixtes pourrait relancer des secteurs où l'expertise française est reconnue : l'agroalimentaire, la rénovation hôtelière et l'efficacité énergétique.
L'assouplissement des règles de représentation commerciale, annoncé début 2026, facilite désormais l'installation de bureaux légers sans obligation de volume d'affaires minimal. Ces structures peuvent servir de tête de pont pour des alliances avec des partenaires privés locaux. Néanmoins, le risque pays demeure « rouge vif ». L'instabilité monétaire, les retards de paiement récurrents et les sanctions extraterritoriales américaines imposent une prudence extrême et un recours systématique aux instruments de garantie publique.