Marco Rubio, roi de Cuba. La chronique de François Clemenceau

Découvrez la chronique de François Clemenceau.
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« Mes parents ont tout perdu, leur maison, leur famille, leurs amis et même leur pays » : ainsi se présentait Marco Rubio dans son premier clip de campagne pour devenir sénateur de Floride au Congrès en 2010. La vérité, qu’il admettra plus tard, est que ses parents n’avaient pas fui la dictature communiste de Fidel Castro mais qu’ils avaient quitté Cuba en 1956, alors que le pays était dirigé par le sinistre autocrate Fulgencio Batista, réinstallé à la présidence avec l’aide directe de la CIA et indirecte de Lucky Luciano, parrain de la mafia de l’époque.
La mère de Rubio avait même tenté de revenir à Cuba en 1961 pour s’y installer avec ses deux premiers enfants une fois les révolutionnaires parvenus au pouvoir après des années de guérilla. Ce fut un échec et Marco Rubio, né en 1971 à Miami, aura donc été élevé dans le culte de ce pays perdu et dans l’amour d’une Amérique accueillante pour des Cubains en quête de libertés et de prospérité. Aujourd’hui, l’ex-sénateur de Floride, candidat malheureux à la présidentielle de 2016 et secrétaire d’État de Donald Trump depuis un an est désormais convaincu que le régime de La Havane peut tomber à tout moment.
Lors de son audition de confirmation à son poste de chef de la diplomatie américaine en février 2025, il avait même eu cette phrase passée presque inaperçue : « Les Cubains vivent avec à peine quatre heures d’électricité par jour, parfois plus, parce que le marxisme ne marche pas, parce que les dirigeants sont corrompus et incompétents et qu’ils doivent maintenant faire un choix. »
Pas tant pour des raisons stratégiques tenant au vieux catéchisme des républicains selon lesquels le Cuba d’aujourd’hui serait encore le pion avancé des Russes, des Chinois ou des Iraniens, à portée de missile de la côte Est des États-Unis, mais bien davantage pour des raisons de politique intérieure.
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Certes, le pourcentage d’Américains d’origine cubaine est infime, à peine 1 % de la population totale. Selon le dernier recensement disponible, ils étaient 3 millions à vivre aux États-Unis dont un gros tiers rien qu’à Miami, en Floride. Mais parmi ceux en âge de voter, plus de 70 % ont choisi Donald Trump en 2024. Or, le second mandat du milliardaire dont la deuxième Maison-Blanche se trouve à Mar-a-Lago s’achève en 2028. Et quoi qu’en pensent quelques comploteurs fâchés avec la Constitution, il n’y aura pas de troisième mandat.
La course à la succession de Donald Trump démarre donc dans quelques mois, à la sortie des élections de mi-mandat de novembre prochain. Ce n’est un secret pour personne que le vice-président, J.D. Vance, croit en ses chances, en seul héritier de la sphère Maga et bien décidé à en accentuer la pureté idéologique. Mais Marco Rubio n’a rien lâché de son côté de ses ambitions présidentielles passées.
Compte tenu de ses fonctions, il est aujourd’hui l’architecte de cette doctrine « Donroe » visant à rétablir une autorité des États-Unis dans sa sphère continentale. Lui, le fils d’immigrés cubains, pour qui le régime communiste des frères Castro et de l’actuel président, Miguel Díaz-Canel, est à la fois une insulte et une provocation.
Marco Rubio, probablement davantage que J.D. Vance, a néanmoins compris ce qui s’est passé le 9 décembre dernier à Miami. Pour la première fois depuis 30 ans, Eileen Higgins, une démocrate centriste, a remporté haut la main cette ville dont plus de la moitié de la population est hispanique et qui abrite Little Havana, berceau des réfugiés ayant fui le communisme tropical.
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La démocrate a battu un candidat républicain d’origine cubaine parrainé par Donald Trump en personne. Cela signifie que les électeurs américains dont le cœur bat au rythme de Cuba ne sont pas liés éternellement au Parti républicain, surtout lorsqu’il est incarné par un être bien plus intéressé par la richesse que par la liberté. Si Rubio est candidat en 2028, il pourrait bien leur prouver qu’il est tout l’inverse. Surtout si d’ici là Cuba – sous son ombrelle – décide d’en finir avec la dictature.
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