La chute de Maduro précipite Cuba vers la crise énergétique
latribune.fr
En décembre, La Havane a connu un effondrement partiel de son réseau électrique. L’arrêt de la livraison du pétrole vénézuélien, qui alimentait les centrales thermiques, va précipiter Cuba dans le marasme énergétique.
Entre l’asphyxie pétrolière, la réactivation de la loi Helms-Burton et un réseau électrique en décomposition, le régime cubain affronte une crise de survie inédite sous la pression de Donald Trump.
« Le régime cubain est prêt à tomber. » La déclaration de Donald Trump, survenant après l’opération militaire ayant conduit à la capture de Nicolás Maduro, marque une rupture brutale dans l’équilibre caribéen. Si la chute imminente du castrisme est prophétisée sans succès depuis 1959, le contexte de 2026 transforme cette rhétorique en une stratégie de pression maximale. Pour Washington, la chute de Caracas n’est pas une fin, mais l’accélérateur final de l’effondrement cubain.
Cette offensive diplomatique s’appuie sur une réalité économique désormais systémique. Les indicateurs convergent vers une décomposition structurelle : chute libre de la production nationale, pénuries chroniques de biens de première nécessité et inflation galopante sur les marchés informels. Ce déclin est indissociable des soixante-quatre ans de sanctions étatsuniennes qui verrouillent l’accès aux financements internationaux, un isolement renforcé par le maintien de Cuba sur la liste des États commanditaires du terrorisme (SSOT).
Le réseau électrique en décomposition
Le Système électrique national (SEN) constitue le point de rupture le plus critique. L’infrastructure, héritage de l’ère soviétique, repose sur des centrales thermoélectriques dont l’obsolescence est totale. La centrale de La Havane affiche 53 ans d’activité, celle de Cienfuegos 45 ans, et Santiago 40 ans, alors que leur cycle de vie optimal ne dépasse pas 25 ans. En janvier 2026, le déficit de production atteint régulièrement 50 % de la demande, plongeant le pays dans un délestage organisé et permanent.
La capture de Maduro aggrave cette vulnérabilité technique en coupant le dernier cordon ombilical énergétique de l’île. Les flux de la compagnie vénézuélienne PDVSA, déjà tombés à moins de 8 000 barils/jour fin 2025 (contre 93 000 barils en 2011), sont désormais sous contrôle ou interception directe du département d’État américain. Sans le pétrole de Caracas et avec des alternatives russes ou mexicaines dérisoires, La Havane perd son dernier levier de stabilité sociale.
Helms-Burton : l’arme juridique de l’asphyxie financière
L’administration Trump 2.0 a fait de la loi Helms-Burton son principal levier d’exclusion économique. La réactivation stricte du Titre III permet aux exilés cubains de poursuivre toute entreprise étrangère exploitant des biens nationalisés après la Révolution. Cette insécurité juridique majeure paralyse l’investissement direct étranger (IDE). Les groupes hôteliers espagnols et canadiens, piliers historiques du secteur, suspendent leurs projets face au risque de bannissement du marché américain.
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Cette asphyxie financière touche de plein fouet Gaesa, le conglomérat militaire qui contrôle plus de 60 % de l’économie, du tourisme à la distribution de carburant. En tarissant les sources de devises de Gaesa, Washington vise directement le cœur financier du pouvoir cubain. La dollarisation partielle de l’économie et l’inflation du marché informel, où le dollar dépasse les 450 CUP, achèvent de pulvériser le pouvoir d’achat des citoyens.
Transition énergétique « sauvage »
Contrairement à la « période spéciale » des années 1990, le régime ne peut plus compter sur la résignation d’une population épuisée. La dégradation brutale du système de santé, les inégalités croissantes entre ceux qui ont accès aux devises et les autres, ainsi que l’exode des jeunes cadres créent un déficit de compétences critique.
On observe également une « transition énergétique forcée » : les élites et le secteur privé émergent se détournent du réseau public pour investir dans des groupes électrogènes et des panneaux solaires chinois. Cette micro-privatisation de l’énergie fragilise le contrôle social de l’État : en devenant autonomes pour leurs besoins vitaux, ces segments de la population échappent progressivement au pacte de dépendance qui liait le citoyen au Parti.
Une stratégie régionale incertaine
L’hostilité de Washington, portée par des figures comme Marco Rubio, s’inscrit dans une volonté de solder l’héritage de la Révolution. En liant le sort de La Havane à celui de Caracas, Donald Trump utilise cette crise comme un levier politique et psychologique. Si la résilience de l’appareil sécuritaire cubain est éprouvée, l’absence de relais stratégique — la Russie étant mobilisée en Ukraine et la Chine restant prudente — place le président Miguel Díaz-Canel dans une impasse historique.