États-Unis : la Fed se décide enfin à baisser ses taux

L’actuel président de la Fed, Jerome Powell.
Reuters

L’actuel président de la Fed, Jerome Powell.
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La décision était attendue depuis un bon moment par Donald Trump, qui mettait une pression maximale sur le patron de la Réserve fédérale américaine. Ce mercredi en début de soirée, Jerome Powell a donc tranché : la Fed a décidé de baisser ses taux directeurs d’un quart de point. Ils sont désormais compris entre 4 % et 4,25 %, soit toujours beaucoup plus hauts que ce que souhaite le président américain.
Cette baisse est une première depuis un an, quand l’institution avait réduit d’un demi-point de base ses taux en septembre, d’un quart de point en novembre, et enfin un quart de point en décembre. De sorte que les taux américains s’étaient établis dans la fourchette 4,25 %-4,5 %, sans bouger jusqu’à ce mercredi.
Les investisseurs ont anticipé ce mouvement baissier depuis plusieurs semaines. Et ce, en raison de la publication de cet indicateur clé, suivi comme le lait sur le feu par la Réserve fédérale, en plus de l’inflation : la dégradation du marché du travail américain. La semaine dernière, l’agence statistique des États-Unis a ainsi noté qu’entre février 2024 à mars 2025, plus de 900 000 emplois ont été détruits.
En outre, le rythme mensuel des créations d’emplois a été deux fois moins rapide que prévu, soit 70 000 postes de plus, au lieu des 150 000 envisagés. « Les chiffres de l’emploi ont clairement bousculé cet été la balance des risques de la Fed, qui était jusqu’alors assez équilibrée entre l’inflation et l’emploi », observait ce mercredi auprès de La Tribune Philippe Tranchet, directeur de la gestion obligataire chez Mandarine Gestion. « Les créations d’emplois ont ralenti, le taux de chômage a progressé mais reste bas », ont, en effet, commenté les gouverneurs de la Fed dans leur communiqué.
Mais un autre facteur, plus insolite, a influencé la tournant de la banque centrale américaine. La démission surprise d’une gouverneure, Adriana Kugler, a permis au président Donald Trump de placer en tant que gouverneur de la Fed l’économiste Stephen Miran. Ce fidèle du président républicain, à la tête du Comité des conseillers économiques (CEA) de la Maison-Blanche, est un fervent partisan de la baisse des taux.
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Le Sénat à majorité républicaine s’est d’ailleurs dépêché de confirmer la nomination de Stephen Miran lundi soir, ce qui lui a permis de prêter serment mardi matin, juste à temps pour participer au vote au sein du conseil des gouverneurs de la Fed. S’il n’est pas le seul à voter au sein de ce comité, son influence n’est pas négligeable. D’autant que ces derniers mois, au sein du même conseil émerge une opposition de plus en plus manifeste de gouverneurs pro-Trump, en faveur d’un cycle de baisse des taux.
Stephen Miran est pourtant le seul à avoir voté contre la décision annoncée ce mercredi soir, regrettant une baisse dans une proportion trop timorée. Il aurait, en effet, voulu voir les taux d’intérêt reculer d’un demi-point.
Selon la médiane de leurs prévisions, les gouverneurs anticipent désormais deux autres baisses de taux (d’un quart de point chacune) en 2025, ce qui impliquerait une nouvelle détente à chacune des réunions programmées d’ici la fin de l’année. De leur côté, les marchés espèrent, eux, trois baisses de taux de 25 points de base en 2025, et au moins à trois nouvelles baisses de même ampleur d’ici-là mi-2026.
En outre, le débat porte aujourd’hui sur cette question, évoquée par Jamie Dimon, le patron de la banque JP Morgan, la semaine dernière au micro de CNBC : « L’économie américaine ralentit. Est-ce qu’elle s’oriente vers une récession ou juste un ralentissement ? Cela reste à déterminer. »
« La Fed ne s’engagera à rien, mais c’est le début d’un cycle de détente », estimait à l’AFP ce matin Diane Swonk, économiste chez KPMG, qui pense que « les changements dans la gouvernance » vont concourir à rendre l’institution plus accommodante.
Les responsables de la Fed se sont néanmoins montrés un peu plus optimistes, ce mercredi, concernant la croissance américaine : ils la voient désormais à 1,6 % à la fin de l’année, contre 1,4 % au moment de leurs prévisions de juin. Cela représente néanmoins toujours un fort ralentissement par rapport à la croissance enregistrée en 2024 (+2,8 %).
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Demeure enfin ce sujet : l’inflation aux États-Unis, qui s’accélère à 2,9 % sur un an au mois d’août, contre 2,7 % en juillet. C’est encore bien au-dessus de la cible de 2 % visée par la Fed. Et les droits de douane imposés par Donald Trump ne sont pas étrangers à la situation, selon les experts. Lors du symposium de Jackson Hole fin août, le patron de la Fed a d’ailleurs évoqué le sujet : pour lui, l’impact des nouveaux tarifs douaniers sur les prix est soit transitoire, soit durable. L’avenir proche le dira.