Pourquoi les Français épargnent beaucoup mais n'ont pas beaucoup d'épargne

"Les Français épargnent beaucoup (en flux) mais n'ont pas beaucoup d'épargne (en stock)", souligne Rexecode.
Towfiqu Barbhuiya - Unsplash

"Les Français épargnent beaucoup (en flux) mais n'ont pas beaucoup d'épargne (en stock)", souligne Rexecode.
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C'est un paradoxe propre à la France : « les Français épargnent beaucoup (en flux) mais n’ont pas beaucoup d’épargne (en stock) », soulève une étude de l'institut Rexecode intitulée « Repenser l’allocation de l’épargne des ménages en France et en Europe : comment l’optimiser sous un prisme macroéconomique ? », publiée ce mercredi 27 mai.
« Alors que le taux d’épargne financière des ménages français est historiquement comparable à celui de leurs homologues américains et même plus élevé depuis quelques années, leur patrimoine financier est nettement inférieur lorsque rapporté au revenu disponible brut des ménages », souligne l'institut d'études économiques français.
« Si le patrimoine financier des Français était à la hauteur de celui des Américains, des Suédois ou des Danois, il serait presque deux fois plus élevé qu’aujourd’hui », avance l'étude. Cela explique « le rôle prépondérant des actionnaires étrangers dans le CAC 40, et la proportion majoritaire d’investisseurs étrangers dans la détention de la dette publique ».
Comment l'expliquer ? « Le patrimoine financier des Français se distingue à première vue par une proportion élevée des dépôts et de l’assurance-vie, conjuguée à une concentration supérieure chez les plus de 65 ans », observe l'institut Rexecode, mais par « une part limitée des actions (près de 19 % au global), y compris pour des déciles de revenus élevés ».
Ce qui « différencie les pays d’Europe du Nord et les États-Unis de l’Europe continentale et de la France », « c’est surtout la constitution d’un patrimoine financier plus risqué », poursuit l'institut. Cela s'explique par « l’existence ou l’efficacité de véhicules d’épargne de long terme généralisés à une part importante de la population ».
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Cela n'est pas sans conséquence « sur le rendement du patrimoine financier sur longue période, qui se compare défavorablement en France », selon Rexecode, qui estime de 3 à 4 points de pourcentage « l’écart de rendement annuel moyen entre le patrimoine financier des ménages français et scandinaves ».
« Plus que la fuite d’épargne vers les États-Unis parfois évoquée à l’échelle européenne, le sujet principal nous paraît être celui de la faible part des actions dans le patrimoine des Français et des Européens, qui introduit une asymétrie entre l’épargne allant vers les États-Unis et celle venant des États-Unis, à plus fort rendement », insiste Rexecode.
L'étude explique que « l’allocation très prudente de l’épargne des Français » ne s'explique pas par une « aversion au risque exceptionnelle » des Français, celle-ci étant « proche de la moyenne internationale », mais plutôt par d’autres facteurs : « la fiscalité, la réglementation, l’éducation financière et les stratégies commerciales du secteur financier ».
« Une allocation un peu plus portée sur les actions permettrait de délivrer un rendement sensiblement plus important, sans beaucoup plus de risques », selon Rexecode. « Sur les vingt dernières années, un tel changement aurait augmenté le patrimoine financier net des Français de près de 340 milliards d’euros de rendement supplémentaire, soit 12 % du PIB ».
L'étude soutient par ailleurs que « l’augmentation des fonds propres dans l’économie » stimulerait « l’investissement productif et l’innovation ». « Les pays d’Europe du Nord, qui bénéficient des fonds de pension les plus importants, sont aussi les pays qui présentent le plus haut niveau d’investissement dans les technologies innovantes », note l'étude.
Ainsi, « il existe en France et en Europe des goulets d’étranglement bien documentés dans le financement de l’innovation et le développement des entreprises, qu’une augmentation des financements en fonds propres permettrait de fluidifier. La fuite des « scale-ups » européennes vers les États-Unis pour les introductions en bourse pourrait notamment être freinée ».
« Pour toutes ces raisons, il paraît hautement souhaitable d’augmenter l’exposition aux fonds propres de l’épargne des Français et des Européens », conclut l'étude. « De tels changements seraient à la fois au bénéfice des épargnants et des entreprises, tout en renforçant la souveraineté économique et l’indépendance stratégique du pays et du continent. »