Patrimoine : pourquoi 10 % des enfants concentrent déjà 74 % de l’épargne des mineurs
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10 % des enfants détiennent 74 % de l’épargne : l’Inégalité dès le berceau
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10 % des enfants détiennent 74 % de l’épargne : l’Inégalité dès le berceau
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L’ouverture d’un livret A ou d’une assurance-vie à la naissance relève du rite de passage pour de nombreuses familles françaises. Cette pratique culturelle est massive : plus d’un tiers des nourrissons (35 %) dispose d’un produit financier à son nom avant même de savoir marcher. À l’approche de la majorité, ce taux grimpe à près de 75 %.
Pourtant, cette universalité de façade, décortiquée par Marion Leturcq dans le bulletin Population & Sociétés de l’Ined, dissimule une concentration du capital d’une rare intensité. Si le montant moyen détenu au nom d’un mineur s’établit à 1 300 euros, ce chiffre est un trompe-l’œil statistique. Dans la réalité des comptes bancaires, la moitié des enfants en France ne possède rien, ou des sommes symboliques (moins de 500 euros à 16-17 ans pour 50 % d’entre eux).
À l’opposé du spectre, une élite de 10 % des mineurs détient des montants supérieurs à 3 150 euros dès le plus jeune âge. Plus spectaculaire encore : ces 10 % d’enfants les mieux dotés captent à eux seuls 74 % de la masse totale de l’épargne constituée pour les mineurs. Les inégalités de richesse ne sont pas une conséquence tardive de la carrière professionnelle ; elles sont installées dès la maternité.
Fait rare dans les statistiques économiques pour être souligné : le genre ne discrimine pas encore les enfants face au capital. L’étude de l’Ined est formelle : l’épargne constituée est strictement similaire pour les filles et les garçons, tant en fréquence d’ouverture qu’en montants. Environ 55 % des filles comme des garçons possèdent au moins un actif financier.
Cette égalité parfaite tranche brutalement avec la réalité adulte, où l’écart de patrimoine entre femmes et hommes se creuse inexorablement (un phénomène d’individualisation du patrimoine documenté par ailleurs par l’Ined). Durant l’enfance, seule l’origine sociale dicte sa loi.
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L’absence d’épargne pour 40 % des enfants issus des ménages modestes n’est pas un choix d’arbitrage, mais une impossibilité comptable. Les données de l’Ined prennent une autre dimension à la lumière du dernier rapport « Revenus et patrimoine » de l’Insee (2024). Avec un taux de pauvreté des enfants atteignant 20,6 % en France, une partie significative de la jeunesse est exclue d’emblée de toute logique d’accumulation.
La structure familiale agit comme un accélérateur de précarité. Le niveau de vie médian des familles monoparentales plafonne à 16 910 euros par an, contre plus de 26 000 euros pour les couples. Dans ce contexte de survie financière, constituer un pécule pour la progéniture devient une chimère. À l’inverse, chez les 10 % des foyers les plus riches, l’épargne tourne à plein régime : à 16-17 ans, un adolescent sur dix de cette catégorie dispose déjà de plus de 19 000 euros.
La démographie familiale redessine aussi la carte des capitaux. L’enfant unique bénéficie d’une concentration mécanique des flux, avec une épargne moyenne de 3 100 euros. Dans une fratrie de trois enfants, la dilution opère : le montant chute sous la barre des 2 000 euros par tête.
Mais le véritable levier caché réside dans la profondeur généalogique. La présence de grands-parents vivants constitue un avantage compétitif majeur. Les donations et présents d’usage alimentent les livrets bien au-delà des capacités des seuls parents : un enfant ayant encore ses quatre grands-parents détient en moyenne 3 300 euros, contre 1 900 euros lorsque cette génération a disparu.
Ces disparités précoces conditionnent la vitesse de démarrage dans la vie adulte. Les sommes accumulées, qui passent de 350 euros pour les nourrissons à 2 330 euros en moyenne pour les 16-17 ans, financent des actifs critiques : permis de conduire, véhicule, caution d’appartement ou frais de scolarité.
Face à ce constat, la France fait figure d’exception en n’ayant mis en place aucun mécanisme correctif d’ampleur, contrairement à des pays comme le Royaume-Uni ou le Canada qui ont expérimenté des Child Trust Funds ou Child Development Accounts. Pour l’heure, l’épargne des mineurs reste une affaire privée, laissant les dynamiques familiales reproduire, voire amplifier, les écarts de richesse d’une génération à l’autre.
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