Cœur artificiel Carmat : une reprise à l’arraché par son président pour éviter la liquidation

Depuis sa cotation en Bourse en 2011, la biotech a brûlé 550 millions d'euros de cash.
REUTERS - Christian Hartmann

Depuis sa cotation en Bourse en 2011, la biotech a brûlé 550 millions d'euros de cash.
REUTERS - Christian Hartmann
C’est l’une des entreprises françaises les plus emblématiques du secteur biomédical. Son nom est relativement connu : Carmat, premier fabricant au monde de cœurs artificiels.
Après avoir frôlé la liquidation, ce lundi, le tribunal des affaires économiques de Versailles a retenu l’unique offre de reprise déposée par le président du conseil d’administration, Pierre Bastid. « Ce seront 39 salariés qui seront licenciés pour motif économique », l’offre de reprise portant sur 88 des 127 salariés début décembre, selon le texte du tribunal.
Pierre Bastid, président du conseil d’administration et actionnaire à hauteur de 17 % de Carmat avait été le seul à déposer une nouvelle offre, associé la holding de la famille Ligresti, Santé Holding, autre actionnaire historique de Carmat. Ce nouveau plan passe donc par le rachat des actifs de la société puis la création de la nouvelle structure privée baptisée Carmat SAS, financée à parts égales entre ces repreneurs liés par un pacte d’actionnaires.
Cette décision marque le dénouement d’une véritable descente aux enfers. Le 1er juillet 2025, l’entreprise est officiellement placée en redressement judiciaire. Une situation qui met la lumière sur une dégradation constante de sa situation financière.
Dès juin 2025, Carmat a d’ailleurs publié un communiqué indiquant qu’elle risquait une insolvabilité en l’absence d’apport immédiat de trésorerie (environ 3,5 millions d’euros requis pour éviter la cessation des paiements à la fin du mois). Dans la foulée, elle suspend sa cote à la Bourse de Paris, son titre perdant près de 65 % de sa valeur. Pour sauver l’entreprise, un appel d’offres public est lancé afin de trouver repreneurs ou investisseur.
Les détails sur cette séquence à lire ici 👉 Splendeur et misère de la biotech Carmat, placée en redressement judiciaire
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Ces chiffres alarmants mettent en lumière l’ampleur du défi financier auquel est confronté Carmat, une entreprise à la pointe de l’innovation médicale, mais dont le modèle économique reste lourd en matière de dépenses de recherche, développement et production.
Si Carmat n’a pas attiré d’autres repreneurs que Pierre Bastid, passionné par le projet, c’est parce que l’entreprise et ses dirigeants, notamment le directeur général Stéphane Piat, n’ont pas réussi à renouveler la confiance des investisseurs après des déconvenues en séries.
L’entreprise a en outre brûlé 550 millions d’euros depuis sa cotation en Bourse, en 2011. Et sa dette avait atteint 50 millions d’euros, une somme qu’elle devait en grande partie à la Banque européenne d’investissement (BEI).
La dégringolade de l’entreprise est aussi liée à des problèmes techniques et de production. La difficulté à évangéliser les chirurgiens du monde entier à l’usage de la pompe cardiaque, ainsi que la compétition d’instruments concurrents moins chers et produits à échelle industrielle (bien que moins innovants), ont aussi pesé. Enfin, le cœur artificiel de Carmat reste à ce jour incompatible pour les femmes et les enfants.
L’article qui explique cet aspect à lire par là 👉 Biotech : pourquoi Carmat a perdu la confiance des investisseurs
Tous ces éléments font que l’entreprise est aujourd’hui comparée au « Concorde » de la prothèse cardiaque. En clair, une machine très innovante, mais trop cher à produire. « Carmat, on n’y a jamais cru », a même taclé cet été le patron de Bpifrance Nicolas Dufourcq, sur BFM Business. De quoi déplaire aux investisseurs, qui regardent en priorité un critère clé : la possibilité de produire la prothèse de manière industrielle pour que l’entreprise trouve sa rentabilité.
Interrogé par La Tribune en septembre dernier, Pierre Bastid, le président de Carmat, s’est pourtant montré optimiste. Pour lui, il y a bien un marché pour ce cœur artificiel. « Tous les ans, 200 000 personnes meurent d’insuffisance cardiaque en Europe et en Amérique du Nord. Pour moitié, la seule façon de les sauver, c’est avec une greffe humaine », expliquait-il. Or, le nombre de donneurs est largement insuffisant, ce qui crée, selon lui, un boulevard pour la biotech. Et d’ajouter : « Carmat n’a besoin de produire que 500 pièces pour atteindre la rentabilité. »
Aujourd’hui, 122 transplantations avec la prothèse Carmat ont été réalisées depuis le début de la commercialisation. Avec 19 patients qui vivent en ce moment avec un implant de ce type. Celui-ci coûte 200 000 euros, un prix élevé qui induit une prise en charge partielle ou totale par le système d’assurance maladie du pays dans lequel le patient vit.
Plus d’explications dans cet article 👉 Complexe, coûteux, le cœur artificiel de Carmat est-il devenu le nouveau Concorde français ?