Fermetures de fours verriers en France : le déclin d'une industrie de proximité

Une ligne de fabrication de bouteilles en verre blanc dans l'usine charentaise de Verallia.
Louise Baratault / La Tribune

Une ligne de fabrication de bouteilles en verre blanc dans l'usine charentaise de Verallia.
Louise Baratault / La Tribune
Mardi, les salariés de l'usine de bouteilles en verre de Chateaubernard (Charente) ont appris que l'un des trois fours du site sera définitivement arrêté en juin prochain. 66 emplois sont concernés. Leur employeur, le fabricant français Verallia, se dit directement touché par les conséquences de la crise du cognac qui tarit la demande de bouteilles.
Le four, qui produit du verre blanc, est installé en plein cœur du vignoble charentais. Le numéro 1 du cognac, Hennessy, est son principal client. Une industrie locale, composante d'une chaîne de valeur très riche tant sur l'amont que sur l'aval de la production de spiritueux. L'annonce constitue donc un choc. « On sait que le cognac va redémarrer à un moment ou un autre. Pourquoi ne pas activer le chômage partiel en attendant ? Verallia fait de la stratégie à court terme et met en péril l'avenir du site », s'offusque Dominique Spinali, délégué CGT.
L'usine compte encore un four électrique, inauguré en 2024, de faible capacité et un four classique qui tourne au gaz et produit des bouteilles vertes pour le marché du vin. Un secteur qui est lui aussi fortement impacté par une baisse des ventes.
De quoi conduire l'industriel à un plan de réorganisation de ses activités en Europe. En plus de l'extinction d'un feu en Charente, un autre four sera éteint à Essen en Allemagne, supprimant cette fois 300 emplois. L'usine fournit les bouteilles de la marque de bière Heineken. Sollicitée, Verallia n'a pas répondu à notre proposition d'entretien.
Le plan dévoilé cette semaine par l'industriel fait écho à celui déployé l'an dernier par son premier concurrent, l'américain OI-Glass. Celui-ci a fermé deux usines et plusieurs fours en Europe, majoritairement en France (Gironde et Gard). L'effondrement du marché viticole en est la cause principale. Sur son usine de Vayres, située en plein dans le vignoble bordelais, un four a été définitivement arrêté tandis que l'autre va rester éteint jusqu'en septembre, officiellement, pour procéder à des travaux d'entretien. Mais l'interruption va aussi permettre d'écouler les stocks qui saturent le site.
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Si certains débouchés sont à la peine, les résultats des deux firmes sont eux au beau fixe. La marge dégagée s'élève à 13 % en 2025 pour OI-Glass et grimpe même à 20 %, bien qu'en retrait de quatre points par rapport à la période précédente, chez Verallia sur les trois premiers trimestres. Les prix des produits en verre ont en effet augmenté d'en moyenne 20 % depuis la crise énergétique de 2022.
1 700 emplois condamnés par les arrêts de fours en France et en Europe entre 2024 et 2026
Derrière les leaders du marché mondial, les autres fabricants font aussi face à un déséquilibre : les appareils de production sont surdimensionnés par rapport aux besoins actuels. Si la consommation d'alcools est en repli, le secteur des arts de la table connaît également un coup de mou. C'est pour cela que la verrerie historique d'Arc (Pas-de-Calais), fabricant de verres notamment, se trouve en redressement judiciaire. L'offre de reprise déposée prévoit l'arrêt d'un four employant près de 500 personnes.
Même morosité chez le fabricant de flacons haut de gamme Saverglass, qui applique un plan de suppressions d'emplois sur 112 personnes dans son usine du Havre. La direction justifie la manœuvre en disant « faire face aux profonds changements des modes de consommation qui impactent les vins et spiritueux et à la mise en place de barrières douanières sur ces produits ». Certains pourraient ainsi s'implanter à l'étranger ou y renforcer leurs usines. C'est ce que devrait faire Verallia, en transférant la production de son site allemand vers le Brésil selon la présentation faite aux salariés cette semaine.
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Les fabricants ont intérêt à rester au plus près de leurs clients puisque les contenants en verre sont des produits qui se transportent mal. Vides, cassants et lourds : la marchandise cristalline représente un coût de transport qui nuit gravement à sa compétitivité. Ce qui explique que les usines de verre aient jusqu'ici été implantés au cœur des vignobles. La crise du vin met ainsi à mal l'une des dernières industries de proximité encore bien implantée sur le sol français.