Le verrier OI-Glass déclenche des plans sociaux dans ses usines en France

Maxime Giraudeau

L'usine de bouteilles en verre d'OI-Glass en Gironde emploie 240 salariés.
Agence APPA

Maxime Giraudeau

L'usine de bouteilles en verre d'OI-Glass en Gironde emploie 240 salariés.
Agence APPA
[Mis à jour le 09/04/25 à 10h avec le communiqué d'OI-Glass]
« Oh, la boulette... » C'est sans doute ce qu'a dû penser un cadre d'OI-Glass après avoir envoyé par erreur un e-mail à un représentant du personnel, révélant par inadvertance les projets de licenciements à venir. C'est en tout cas ce qu'imaginent les salariés de l'industriel du verre, selon le titre d'un tract syndical récemment diffusé. Selon des représentants du personnel interrogés par La Tribune, le message, adressé il y a quelques semaines, mentionne l'ouverture de plans sociaux sur deux sites en France.
Une information que la direction du groupe a confirmé mardi dans un communiqué, révélant des « ajustements opérationnels » à venir sur les sites de Gironcourt (Vosges), Puy-Guillaume (Puy-de-Dôme) et Reims (Marne). Le site de Vayres (Gironde) va connaître l'arrêt définitif d'un four et celui de Vergèze (Gard) pourrait tout bonnement fermer. 320 suppressions d'effectifs nettes sont attendues, soit 15 % du personnel français du groupe. Les discussions vont être entreprises avec les salariés jusqu'à la fin de l'année.
L'usine girondine est une des plus concernées par la crise du verre. A proximité du plus grand vignoble français, elle produit des bouteilles principalement pour les vins de bordeaux. Elle compte 240 salariés avec un four à oxygène, inauguré en 2023 et peu polluant, ainsi qu'un four en fin de vie, arrêté l'an passé. C'est celui-là qui ne redémarrera pas et pourrait laisser sur le carreau une centaine de personnes.
L'autre usine qui va faire les frais du ralentissement du marché du verre est celle de Gironcourt dans les Vosges. Le groupe américain y dispose de trois fours qui alimentent notamment le marché de la bière. Là encore, OI-Glass s'était engagé dans la construction d'un nouveau four l'an passé avec l'annonce d'un investissement de 55 millions d'euros. L'un des fourneaux pourrait s'arrêter définitivement et impacter un tiers des 350 salariés du site.
La possible fermeture de l'usine de Vergèze, dans le Gard, est liée aux déboires de la célèbre eau gazeuse Perrier. A la suite d'une contamination de la nappe phréatique, son exploitant Nestlé Waters doit envisager un arrêt de la production, selon les conclusions d'un rapport de l'Agence régionale de Santé.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Les suppressions d'emplois chez OI-Glass - annoncées par les salariés mais pas encore confirmées par la direction - s'inscrivent dans le cadre du plan « Fit to win » (« S'ajuster pour gagner ») présenté dans les grandes lignes par l'industriel l'été dernier. Le plan d'OI-Glass a déjà été mis à exécution en Europe : des fours ont été éteints aux Pays-Bas et en Écosse, des lignes arrêtées en Allemagne, le siège restructuré en Italie et une usine a même fermé à Barcelone. 460 salariés ont déjà été licenciés à l'échelle du continent, où le groupe américain compte une trentaine de sites.
Une stratégie contrainte, dit-il, par le ralentissement de la demande sur les marchés des vins et spiritueux. Entre aléas climatiques et guerres commerciales, les filières viticoles, comme le bordeaux ou le cognac, sont en effet en proie à une rapide baisse des ventes depuis plusieurs années. « Ce ralentissement, combiné à une surcapacité et à une forte concurrence, a incité l'entreprise à envisager des actions supplémentaires pour améliorer sa compétitivité à long terme », précise le groupe.
« Nos dirigeants ont quand même fait des marges colossales durant les dernières années, mais ils en veulent toujours plus. Après le Covid, les viticulteurs ont stocké des bouteilles à outrance et les verriers en ont profité pour faire monter les prix. Ils vendent moins aujourd'hui alors ils nous disent qu'il faut supprimer des fours et des salariés », retrace, amer, un membre du personnel. En 2024, le groupe a enregistré un chiffre d'affaires de 6,5 milliards de dollars, en repli de 8 % sur un an, pour un bénéfice de 748 millions contre 1,2 milliard l'année précédente. Cette année-là, la filiale France enregistrait un résultat record de 43 millions d'euros.
À lire également
OI-Glass a réunit ce mardi 8 avril un comité d'entreprise européen, qui définit précisément les contours des plans sociaux pour la France. Les représentants des neuf usines françaises sont conviés ce mercredi à un CSE extraordinaire au siège de Vaulx-en-Velin.
Maxime Giraudeau
L'État lance la mission sauvetage des papeteries de Condat
Flying Whales : la future usine de dirigeables XXL reçoit un nouvel avis favorable
Everwatt liquidée : la plus grande toiture solaire urbaine de France cherche un repreneur
Métaux critiques : la raffinerie près de Bordeaux décrétée in extremis d'intérêt public majeur