INFOGRAPHIE. À elles seules, les énergies solaire et éolienne ont pour la première fois produit plus d’électricité que l’ensemble des fossiles dans l’Union européenne en 2025. Le tout renouvelable n'est cependant pas pour demain, tant la dépendance au nucléaire et au gaz reste élevée.
C’est historique. Pour la première fois dans l'Union européenne, le solaire et l’éolien ont produit plus d’électricité que les énergies fossiles. Ces deux sources renouvelables ont représenté 30,1 % de l’électricité produite par les Vingt-Sept en 2025 (soit 841 térawattheures (TWh)), contre 29 % pour l’ensemble des fossiles (809 TWh), d’après le rapport annuel European Electricity Review, dévoilé ce jeudi par le centre de réflexion Ember.
C’est surtout l’essor du solaire qui a permis d’y parvenir. La production générée grâce au soleil a augmenté de +20 % entre 2024 et 2025, passant de 307 à 369 TWh, grâce à une forte expansion du parc photovoltaïque dans les pays européens. Elle représente désormais 13,2 % du total de l’électricité produite dans l’UE.
La production de l’éolien a en revanche légèrement reculé (-2,5 % sur un an), en raison de conditions moins venteuses sur l’année. Elle reste néanmoins supérieure au solaire (473 TWh, soit 16,9 % de la production totale).
Ce dépassement du solaire et de l’éolien sur les fossiles n’est pas une surprise. Ces deux sources vertes ont suivi une progression constante cette dernière décennie et plus particulièrement encore les cinq dernières années, portées par des politiques plus favorables à la suite de l’adoption du Pacte vert pour l'Europe (le fameux « Green Deal ») en décembre 2019. Si bien que l’ensemble des renouvelables fournissent aujourd’hui près de la moitié de l'électricité de l’UE (47,6 %, soit 1 331 TWh).
À l’inverse, les énergies fossiles ont fortement reculé sur la même période. Surtout le charbon, qui touche à sa fin dans l’UE. Sa production a encore baissé en 2025 (- 5 % sur un an), atteignant un nouveau plus bas historique à 257 TWh. « Ce changement est remarquable, sachant qu'il y a dix ans, le charbon représentait près d'un quart de la production d'électricité de l'UE (24,6 %) », relève Ember.
Newsletter
Industrie et service
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité industrielle.
La principale source de production d’électricité de l’UE reste néanmoins toujours le nucléaire. Même si sa part ne cesse de reculer d’année en année, l’atome représente encore près du quart de la production totale (23,4 % en 2025, soit 652 TWh).
Pour autant, l’UE est loin d’être prête à se sevrer des énergies fossiles. Le gaz assure encore 16,7 % de sa production totale d’électricité (466 TWh), soit quasi autant que l’éolien.
Surtout, pour la première fois en cinq ans, cette part a augmenté (+8 % entre 2024 et 2025). Si elle demeure inférieure à son niveau d’avant la crise énergétique, elle montre que le bloc européen n’est pas en mesure de s’en passer pour le moment.
Autre problème : le gaz nécessaire est en grande partie importé. Ce qui fait planer le risque de « chantage énergétique de la part des exportateurs de combustibles fossiles » sur l’UE, souligne Ember dans son rapport. Si le centre de réflexion ne cite aucun pays, l’allusion fait sans nul doute référence à la dépendance de l'Europe au gaz russe, même si elle a baissé ses importations depuis le début de la guerre en Ukraine. Ainsi qu’à celle au gaz naturel liquéfié (GNL) américain, vers lequel elle s’est davantage tourné en compensation.
Un avis partagé par l'Agence internationale de l'énergie (AIE). « Je n'ai jamais vu les risques liés à la sécurité énergétique se multiplier à ce point, ni l'ombre menaçante que la géopolitique et le secteur énergétique dans son ensemble projettent sur la sécurité énergétique », a alerté mardi Fatih Birol, le directeur exécutif de l’institution, à l'occasion du Forum économique mondial de Davos.
L’UE a de quoi réagir pour ne pas subir la situation. Ember préconise ainsi aux Vingt-Sept d'augmenter les capacités de stockage par batteries, de renforcer les réseaux électriques et d'accroître la flexibilité de la demande.
« En investissant dans l'ensemble du système électrique pour exploiter le potentiel des batteries, des réseaux et des technologies électrifiées, l'UE peut tirer parti de sa propre production d'énergie renouvelable afin de stabiliser les prix et de se prémunir contre le chantage énergétique », affirme Beatrice Petrovich, auteure du rapport du think tank.
L’intérêt des batteries est grand puisqu’elles permettent de décaler l’utilisation de l’électricité par rapport au moment où elle est produite. En 2025, le déploiement des batteries s’est justement accéléré, stimulé notamment par une baisse des coûts. La capacité des grandes batteries de l'UE a ainsi dépassé les 10 GW, alors qu’elle n’était encore que de 4 GW deux ans auparavant. De bon augure même si c’est encore loin de suffire.