Une piscine de stockage de combustibles usés à l'usine de retraitement des déchets nucléaires d'Orano à La Hague, près de Cherbourg, en janvier 2023. (Photo d'illustration)
L’administration américaine lance un appel aux États volontaires pour accueillir des sites de stockage de déchets radioactifs. En contrepartie, ces territoires recevront des investissements massifs dans des réacteurs nucléaires de nouvelle génération (SMR) et des data centers. Ce projet vise à quadrupler la capacité nucléaire du pays d'ici à 2050 pour répondre aux besoins de l'intelligence artificielle.
Pour soutenir l’appétit électrique colossal de l’intelligence artificielle, l’administration américaine propose un pacte inédit aux États volontaires : accueillir des centres de stockage de déchets radioactifs en échange de mégacomplexes technologiques. Pour nourrir les ogres numériques que sont les data centers d’OpenAI, Google ou Microsoft, l’administration Trump vient de sortir une carte que personne n’osait plus abattre : le « campus nucléaire intégré ». Le principe est d’une simplicité désarmante et d’une audace politique brutale. On ne demande plus à un territoire de devenir la « poubelle » de la nation, on lui propose de devenir le cerveau énergétique du XXIe siècle… à condition d’en accepter les entrailles.
Le département de l’Énergie (DOE) a ainsi lancé un appel aux États volontaires. Le marché ? Recevoir des milliards de dollars d’investissements, des milliers d’emplois et des réacteurs de nouvelle génération (SMR), à la condition sine qua non de construire, sur place, un site de stockage géologique profond. Un « trou » définitif pour des déchets dont personne ne sait quoi faire depuis soixante ans.
La fuite en avant des petits réacteurs
L’ambition affichée est de quadrupler la capacité nucléaire américaine d’ici 2050 pour atteindre 400 gigawatts. Pour y parvenir, le pouvoir mise sur les SMR (Small Modular Reactors), ces réacteurs de poche censés être plus simples et moins chers. Mais derrière le marketing de la « start-up nation » de l’atome, la physique est têtue. Une étude de l’Académie nationale des sciences (PNAS) rappelle que ces petits réacteurs pourraient générer jusqu’à trente fois plus de déchets périphériques que les centrales classiques pour la même quantité d’électricité produite.
En France, le projet Cigéo à Bure (Meuse) fait face à des résistances similaires. Si l’Hexagone a choisi la voie du retraitement à La Hague, les États-Unis, eux, ont longtemps hésité. En couplant l’IA — symbole de futurisme — avec le stockage nucléaire — symbole de fardeau — Washington tente de briser le syndrome « NIMBY » (Not In My Backyard).
Le mirage du recyclage
Pour dorer la pilule, le gouvernement évoque le « retraitement » des combustibles usés. Un mot doux pour suggérer que le déchet n’en est pas un, mais une ressource. Pourtant, les experts sont formels : même avec le meilleur recyclage du monde, il reste une part fatidique de résidus hautement radioactifs qu’il faudra bien enterrer. Ross Matzkin-Bridger, ancien du DOE, ne mâche pas ses mots : « Chaque fois qu’on a tenté le retraitement à grande échelle, cela a été un gouffre financier et un risque sécuritaire. »
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Les candidats potentiels, comme l’Utah ou le Tennessee, louchent sur la manne fiscale. Mais à quel prix ? Celui de lier leur destin géologique à une industrie qui, à Dounreay en Écosse ou à Hanford aux États-Unis, laisse derrière elle des factures de démantèlement qui s’étalent sur un siècle.