Laurent Castaignède préconise de doubler progressivement le prix des carburants en augmentant les taxes pour permettre de financer des alternatives à la voiture individuelle.
Faut-il volontairement renchérir le prix de l’essence et du diesel jusqu’à trois euros du litre tout en finançant massivement des mesures d’accompagnement et des alternatives à la voiture individuelle ? C’est la thèse défendue par Laurent Castaignède, ingénieur spécialiste de l’empreinte environnementale des transports (*). Il dresse un parallèle avec les politiques publiques de lutte contre le tabac.
Le prix de l'essence en France s'affichait dimanche 17 mai au plus haut depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, tant sur le SP95-E10 que sur le SP98, à l'heure où les négociations entre l'Iran et les Etats-Unis ne présagent pas d'une issue rapide.
LA TRIBUNE - Quel regard portez-vous sur la situation actuelle, alors que les prix de l’essence et du diesel devraient demeurer durablement au-delà des deux euros le litre ?
LAURENT CASTAIGNÈDE - Il faut prendre un peu de recul. Si l’on regarde froidement l’histoire des transports sur 150 ans, on constate un développement de tous les transports, dont l’automobile, grâce à la combinaison d’une hausse de la vitesse et d’une baisse du coût kilométrique.
Cela entraîne depuis quelques décennies une forte augmentation de la demande et donc une forme de surmobilité qui entraîne des embouteillages tant pour les déplacements contraints que pour les déplacements de loisirs. Chacun s’en plaint et cela a des conséquences climatiques et économiques négatives. Donc si on veut enrayer cette tendance, il faut augmenter le coût des déplacements en voiture individuelle.
Peut-être sur un plan purement climatique ! Mais non, en réalité, parce qu’il s’agit d’une situation totalement subie qui pénalise douloureusement les ménages modestes très dépendants à la voiture. Il faut organiser la hausse des prix des carburants au lieu de la subir.
Le problème, c’est que nous n’avons pas voulu collectivement le faire. Depuis les années 1950, le prix des carburants est resté relativement stable alors même que le prix hors taxe a beaucoup augmenté. Cela s’explique par la baisse progressive des taxes qui sont passées d’environ 80 % du prix TTC à 50 % aujourd’hui.
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