INTERVIEW. Faut-il s'attendre à payer cinq euros pour un litre d'essence ? Peut-on imaginer de limiter la vitesse des avions et le poids des voitures ? Face au réchauffement climatique, l'essayiste bordelais Laurent Castaignède assume « des idées de rupture, nécessairement perturbantes, parfois révolutionnaires ». Pour cet ingénieur centralien, « la déviance c'est de croire que les solutions techniques seront généralisables sans questionner leur pertinence ni changer nos usages ». Dans un entretien à La...LA TRIBUNE - Quelles leçons retenez-vous du formidable essor des transports survenu depuis 50 ans ?
Laurent CASTAIGNÈDE (*) - Le principal enseignement c'est que la promesse a toujours été la même : des transports plus rapides et moins chers pour gagner du temps ! Mais, en réalité, les gens ne gagnent pas du temps, ils se déplacent plus loin ou plus souvent, que ce soit pour le travail ou les loisirs. Ce sont ces mêmes arguments que l'on retrouve aujourd'hui pour promouvoir les lignes à grande vitesse ou le low-cost aérien.
La deuxième leçon c'est une forme d'aveuglement vis-à-vis de la promesse technologique : plus les problèmes générés sont importants, plus ce « messianisme technologique », déjà dénoncé par Jacques Ellul, est appuyé et prend la forme d'un nouveau sacré. La déviance derrière cela c'est de croire que ces solutions techniques seront généralisables sans questionner leur pertinence ni changer nos usages.
Pourtant, quelles que soient ces solutions techniques envisagées, vous pointez des limites bien réelles...
Oui, le point commun à toutes ces solutions c'est qu'il n'y en aura pas pour tout le monde ! Que ce soit la voiture électrique, les agrocarburants, les carburants de synthèse ou même le mirage de l'hydrogène, il y a un problème fondamental de quantité disponible des ressources tant énergétiques que métalliques, pour les batteries, pour répondre à la totalité de la mobilité mondiale. Ces technologies devront donc nécessairement être fléchées vers certains usages en fonction de leur efficacité et de leur coût. Finalement, cela reposera la question survenue pendant la pandémie des usages essentiels et de ce qui relève des loisirs ou de l'agrément. Et cela est bien en concurrence avec d'autres usages que la mobilité.
Par exemple, l'hydrogène, même vert, a peu de chances d'être pertinent pour les transports tant les usages sont nombreux pour l'industrie. Ne parlons même pas de l'avion à hydrogène qui ne sera au mieux que pour du court-courrier et qui arrivera, de toute façon, bien trop tard pour répondre à l'urgence climatique actuelle.
Propos recueillis par Pierre Cheminade