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Energie et IndustrieEnergie

Les Etats-Unis frôlent le statut d’exportateur net de pétrole, une première depuis 1943

latribune.fr

Publié le 16 avril 2026 à 09:54

La flambée du Brent, liée aux tensions géopolitiques, a creusé l'écart avec le brut américain WTI.

La flambée du Brent, liée aux tensions géopolitiques, a creusé l'écart avec le brut américain WTI.

/FW1FP/Dave Gregorio - REUTERS - Eli Hartman - Eli Hartman

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Portées par la crise au Moyen-Orient et la flambée des prix, les exportations américaines de pétrole atteignent des niveaux historiques, au point de frôler un basculement inédit depuis plus de 80 ans.

Les États-Unis frôlent un basculement historique sur le marché pétrolier mondial. Portées par une demande exceptionnelle en provenance d’Europe et d’Asie, leurs exportations de brut ont atteint des niveaux proches des records, au point de ramener les importations nettes à un plancher inédit. Une situation qui illustre à la fois le bouleversement des flux énergétiques mondiaux et les limites structurelles de l’appareil logistique américain.

La semaine dernière, les États-Unis ont ainsi failli devenir, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, un exportateur net de pétrole brut, leurs livraisons s’envolant face à des acheteurs en quête urgente de volumes alternatifs. En cause : la crise majeure déclenchée au Moyen-Orient. « La guerre israélo-américaine contre l’Iran, déclenchée le 28 févier, a provoqué la plus importante perturbation jamais enregistrée sur le marché mondial de l’énergie. Le blocage de facto exercé par Téhéran sur le détroit d’Ormuz, voie de passage stratégique par lequel transite environ un cinquième du pétrole et du gaz dans le monde, bouleverse l’économie. »

Des exportations à 5,2 millions de barils par jour

Privés d’une partie des flux en provenance du Golfe, les raffineurs européens et asiatiques se sont tournés vers les États-Unis, premier producteur mondial. « Les raffineurs d’Asie et d’Europe, qui dépendent de ces approvisionnements, ont acheté des cargaisons de substitution partout où ils le pouvaient, ce qui a fortement stimulé la demande de pétrole en provenance des Etats-Unis, premier producteur mondial de brut. »

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Résultat, les importations nettes américaines ont chuté à seulement 66.000 barils par jour, un plus bas depuis le début des statistiques hebdomadaires en 2001. Dans le même temps, les exportations ont grimpé à 5,2 millions de barils par jour, un sommet en sept mois. Sur une base annuelle, les États-Unis n’ont plus été exportateurs nets depuis 1943.

Ce basculement traduit une recomposition accélérée des flux mondiaux. « La hausse des exportations américaines de brut montre que les acheteurs du bassin Atlantique et d’Asie s’approvisionnent de plus en plus loin », observe Janiv Shah, vice-président des marchés pétroliers chez Rystad. Fait inédit, certains pays diversifient désormais leurs sources : la Grèce, par exemple, s’est tournée pour la première fois vers le brut américain.

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Flambée du Brent

Selon les données de Kpler, près de la moitié des exportations américaines ont été dirigées vers l’Europe la semaine dernière, contre plus d’un tiers vers l’Asie, une part en nette progression sur un an. Parmi les principaux acheteurs figurent notamment les Pays-Bas, le Japon, la France, l’Allemagne et la Corée du Sud. Même la Turquie pourrait redevenir cliente, un tanker chargé de 500.000 barils étant en route vers ses côtes, une première depuis au moins un an.

Cette ruée s’explique aussi par l’écart de prix entre les références internationales. La flambée du Brent, liée aux tensions géopolitiques, a creusé l’écart avec le brut américain WTI, atteignant jusqu’à 20,69 dollars le baril. Une situation qui renchérit les importations pour les États-Unis tout en rendant leur pétrole particulièrement compétitif à l’export. Les cargaisons destinées à l’Europe se négocient désormais à des niveaux records, proches de 150 dollars le baril.

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Mais cette dynamique se heurte déjà à des contraintes physiques. « Les Etats-Unis sont cependant désormais proches de leur seuil limite en termes d’exportation, selon des analystes et des traders. » Les infrastructures – oléoducs, terminaux portuaires et flotte de tankers – plafonnent la capacité autour de 6 millions de barils par jour.

Contrainte logistique

« Le marché teste déjà le plafond des exportations avec 5,2 millions de barils par jour exportés la semaine dernière. Chaque baril supplémentaire à partir de ce seuil coûte plus cher en fret et en logistique que le précédent », souligne Bekzod Zukhritdinov, négociant basé à Dubaï. Selon Kpler, les exportations devraient se maintenir autour de ce niveau en avril, au maximum des capacités disponibles.

Des ajustements restent possibles. Le recours à la Réserve stratégique américaine pourrait injecter davantage de brut moyen acide, libérant indirectement des volumes exportables de pétrole léger. Mais la contrainte logistique demeure déterminante. La disponibilité limitée de supertankers et la hausse des coûts de fret pourraient freiner l’élan, malgré une demande toujours soutenue.

Signe de cette tension, environ 80 supertankers vides convergent actuellement vers le golfe du Mexique pour charger du brut dans les semaines à venir. Une mobilisation exceptionnelle qui souligne à quel point le marché pétrolier mondial est entré dans une phase de stress extrême, où chaque baril disponible devient stratégique.

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