Nationalisation d’ArcelorMittal : fracture politique sur fond de crise de l’acier
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Le texte stipule que "la société ArcelorMittal France est nationalisée", pour un coût évalué à trois milliards d'euros.
SM - REUTERS - Stephane Mahe
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Le texte stipule que "la société ArcelorMittal France est nationalisée", pour un coût évalué à trois milliards d'euros.
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L’Assemblée nationale a adopté jeudi en première lecture la proposition de loi de La France insoumise (LFI) visant à nationaliser ArcelorMittal France, dans un climat de fortes tensions politiques et sociales autour de l’avenir de la sidérurgie. Un vote salué par les Insoumis comme une « victoire historique », tandis que Jean-Luc Mélenchon évoquait une « page d’histoire à l’Assemblée nationale ».
Le texte, adopté par 127 voix contre 41, a reçu le soutien de toute la gauche. Le RN s’est abstenu, la majorité présidentielle a voté contre. Malgré ce succès, l’aboutissement législatif demeure improbable. Le Sénat, dominé par la droite et le centre, devrait bloquer l’initiative. Le député Horizons Sylvain Berrios estime ainsi que la loi « ne sera pas appliquée », et Jean-Philippe Tanguy (RN) assure que la chambre haute « ne votera jamais votre loi et il n’y aura pas de nationalisation avant la présidentielle ». La rapporteure Aurélie Trouvé s’y oppose : « Je ne vois pas pourquoi nous n’y arriverons pas (...) plus ça ira, plus on verra comme une évidence politique qu’il faut nationaliser ArcelorMittal ».
Le texte stipule que « la société ArcelorMittal France est nationalisée », pour un coût évalué à trois milliards d’euros. Pour les Insoumis, il s’agit de « l’unique solution » afin de préserver les 15 000 emplois directs, d’enrayer le plan social lancé en avril et de relancer la décarbonation des hauts-fourneaux.
Le gouvernement rejette frontalement cette approche.
Le ministre de l’Industrie Sébastien Martin juge que la loi « fragiliserait l’emploi au lieu de le protéger », rappelant que la menace principale vient d’un « tsunami » d’acier asiatique à bas prix. Selon lui, la réponse doit se trouver « à Bruxelles », via l’instauration de droits de douane de 50 % au-delà d’un certain seuil d’importations, que Paris souhaite appliquer dès 2026. Le camp présidentiel partage cette ligne : « Arrêtez de faire croire qu’un changement de propriétaire, ça résoudra (le) problème », avertit Marie Lebec (Renaissance).
Les socialistes, partisans d’une « mise sous tutelle » plutôt qu’une nationalisation, ont néanmoins voté pour. Le RN défend, lui, une « golden share », conférant à l’État un droit de veto sans prise de contrôle totale.
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Vendredi matin, le ministre de l’Économie Roland Lescure a durci le ton sur le réseau social Bluesky. Il dénonce une « réponse populiste à un problème structurel » et fustige « la pseudo-alliance officieuse, opportuniste et contre-nature de LFI et du RN », qui « ne réglera en rien les enjeux de concurrence déloyale ». Il affirme enfin : « La France a besoin d’un cap industriel clair, pas d’une prétendue formule magique que serait la nationalisation », assurant que « nous continuerons à nous opposer » au texte.
Le vote s’est déroulé sous le regard de salariés du groupe, tandis qu’environ 300 manifestants — selon la police — se rassemblaient aux Invalides à l’appel de la CGT. Pour Gaëtan Lecocq, délégué syndical à Dunkerque, « Le plan acier est en train de passer au Parlement européen. Il sera voté le 3 décembre. Donc ça veut dire qu’il faut qu’on tienne la pression jusque là-bas ».
En parallèle, LFI a profité de sa niche parlementaire pour faire adopter deux autres textes : une résolution contre l’accord UE-Mercosur et une proposition de loi sur l’accès postal dans les Outre-mer.
Cette avancée politique offre à LFI une victoire symbolique mais laisse ouverte la question centrale : comment protéger une filière stratégique affaiblie, entre nationalisation, arsenal européen et outils hybrides comme la « golden share » ? La réponse, pour l’exécutif, ne pourra venir que du marché européen, désormais arbitre de la bataille de l’acier.
(avec AFP)
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