OPINION. « Quand le CAC 40 regarde le monde, la France recule »
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Gabriel Gaspard
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Par Gabriel Gaspard, Chef d’entreprise à la retraite, spécialiste en économie financière
Il reflète de plus en plus la santé de l’économie mondiale. Les investisseurs achètent des actions du CAC 40 pour parier sur le développement international des groupes, pas sur la croissance hexagonale. La part de la France dans le PIB mondial diminue. Les groupes du CAC 40 réalisent désormais une large part de leur chiffre d’affaires hors de France. La Banque de France note qu’environ 50% du capital est détenu par des non-résidents. Les dirigeants cherchent liquidité, valorisation et accès aux investisseurs internationaux. La cotation à New-York et la concentration d’activités outre-Atlantique répondent à ces objectifs. Il y a aussi des facteurs structurels : mondialisation des chaînes de valeur, pression des actionnaires, fiscalité et coûts locaux. Plus de 75% de leurs revenus sont réalisés à l’étranger, malgré cela, beaucoup recourent à des stratégies fiscales pour réduire leur imposition et optimiser leurs bénéfices en France. Pour la plupart des actionnaires du CAC 40, la meilleure voie reste l’optimisation fiscale transparente, assortie d’une gouvernance active. La délocalisation n’est justifiable que si elle s’inscrit dans une logique industrielle claire et après une évaluation rigoureuse des coûts et risques. Certes, le succès des entreprises du CAC 40 profite à l’image de la France et parfois aux sousfournisseurs français. Entre 2013 et 2023 la progression de l'effectif est de 0,53% et la performance de l'indice en euro a évolué de 138,69%. Compte tenu de la fuite des multinationales, les gouvernements successifs tardent à saisir que les PME et les ETI créent l'emploi et la croissance durable pour l'avenir. Jusqu'aux élections de mi-mandat aux États-Unis, le CAC 40 restera nerveux avec des variations incontrôlées des valeurs, du dollar, de l'or et du bitcoin, etc. Le potentiel de hausse du CAC 40 ne permet plus aux multinationales françaises de rattraper leur retard, les patrons et les fleurons du CAC 40 vont-ils poursuivre leurs exodes ? Et si 3 bulles financières américaines frappaient l’Europe ?
C’est ce qu'écrivait l’économiste Catherine Lubochinsky, déjà en 2021 dans une note pour l’Institut Messine : « Il apparaît clairement aujourd’hui qu’une des raisons de la perte de substance des Bourses est la modification du "parcours fonds propres" que font les entreprises, entrant plus tard (mais aussi plus grosses, et plus solides) sur le marché, après un détour plus ou moins long par le private equity (capital-investissement). » Aujourd'hui, la France compte environ 735 entreprises cotées, contre un millier en 2007-2008 avant la crise financière des subprimes. La raison ? Les faillites, les fusions-acquisitions et le choix de se financer hors marché. Les introductions en Bourse sont au quasi-point mort depuis plusieurs années. Les retraits de cote se multiplient. Cette tendance est largement due à la faible liquidité des segments consacrés aux petites et moyennes capitalisations. Le CAC 40 n'a progressé que de 10,42% en 2025. En 10 ans il a progressé de 65,31% grâce aux valeurs technologiques et au secteur du luxe. À part ceux qui ont tiré le ‘ticket gagnant’ beaucoup de sociétés cotées avaient de faibles performances. Après des années difficiles et une progression de 45,25% sur 10 ans, l’indice CAC Mid & Small (indice boursier français composé de capitalisations boursières de l’univers des PME) progresse d'environ 12% en 2025 grâce à la défense et aux biotechs. Reste à savoir si ce réveil est un feu de paille ou le signe d’une tendance durable.
Avec 82,52 milliards d'euros en 2008 et 156,88 milliards d'euros versés en 2019, les subventions aux entreprises sont devenues le premier poste de dépenses de l'État français. D'après Matthieu Aron et Caroline Michel-Aguirreles dans Le grand détournement (édition ALLARY), les milliardaires et les multinationales ont capté, chaque année, 270 Md€ de l'État. Les aides publiques aux entreprises sont en principe interdites (sauf cas particuliers) par le droit européen car elles « faussent ou menacent de fausser la concurrence en favorisant certaines entreprises ou certaines productions » (article 107 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne). Le CAC40 a progressé de 45,51%% de 2008 à 2025. Le taux d'évolution de la distribution de dividendes entre 2008 (43 milliards d'euros) et 2025 (107,5 milliards d'euros) est de 150%. Le PIB par habitant, qui permet d’évaluer de manière plus précise le niveau de vie d’un pays, a lui évolué uniquement de 7,06% sur la même période.
Les 270 Md€ doivent être répartis sur des investissements publics et productifs et à la création de 3.5 millions de PME et ETI sur 5 ans ; à condition toutefois que les fonds soient alloués à des projets de haute qualité (industries vertes, numériques, de la santé, etc.). Déjà en 2020, le FMI insistait sur le rôle déterminant de l'investissement public pour accompagner la transition vers "le monde d'après". Selon ses projections, une hausse des dépenses publiques équivalente à 1% du PIB pourrait générer un effet de levier significatif : une croissance du PIB de 2,7%, une augmentation de l'investissement privé de 10% et une progression de l'emploi de 1,2%. Enfin, une part de cet "argent magique" doit obligatoirement servir à créer 3,5 millions de PME en cinq ans à l'image du modèle allemand du "Mittelstand". Financer les PME et les ETI de l'amorçage jusqu'à la cotation en bourse, du crédit ou prêts participatifs aux fonds propres à taux zéro, etc. en s'appuyant sur un réseau de caisses de crédit publiques, qui pourraient emprunter, si nécessaire, directement auprès de la BCE conformément au traité de Lisbonne.
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La taxe sur les transactions financières (TTF) mérite d’être revue. L’idée remonte à Keynes et Tobin pour freiner la spéculation. Elle a resurgi après 2008. La France a instauré une TTF en 2012, portée à 0,4% en 2025. Elle ne touche qu’une part des échanges et a rapporté moins de 1,8 Md€ en 2024. Le RoyaumeUni prélève 0,5% et a levé 4,4 Md€ en 2023. Il faut durcir la TTF française : 0,5% sur les titres très valorisés et une surtaxe sur les opérations "intraday". Il faut aussi harmoniser la taxe en Europe. Un mécanisme de réciprocité et un guichet unique électronique faciliteraient la collecte et limiteraient les abus. Cette réforme vise à réduire la spéculation et financer la transition. Revoir la progressivité de l’impôt sur le revenu en ajoutant une tranche exceptionnelle pour très hauts revenus plutôt que des mesures ponctuelles. Rétablir l’ISF mérite d’être examiné : la transformation en IFI en 2018 a fait passer les recettes de 1,29 Md€ en 2018 à 1,83 Md€ en 2022, alors que l’ISF aurait rapporté environ 6,3 Md€ en 2022, soit un manque à gagner de à 4,5 Md€. Il faut repenser la taxation des revenus du capital. Pour l'OFCE la "flat tax" ou PFU à 30% en 2017 "devrait réduire la fiscalité de l'ordre de 4 milliards d'euros et cette baisse serait largement concentrée sur les ménages les plus aisés". En 2026, cette "flat tax" est passée seulement à 31,4%. Les "carried interests" doivent être taxés comme des revenus ordinaires lorsque la nature de la rémunération le justifie. Le régime actuel, qui peut aboutir à une imposition proche de 30–34%, crée des distorsions. Taxer ces gains comme des traitements et salaires limiterait les arbitrages excessifs et renforcerait la justice fiscale. De même il convient d’encadrer fiscalement les SPAC : ces véhicules offrent des gains potentiels très concentrés et des mécanismes d’attribution préférentielle qui échappent parfois à une taxation équitable. Clarifier leur traitement fiscal et aligner les incitations sur la création de valeur réelle s’impose. Enfin, il faut taxer autrement les rachats d’actions et les dividendes massifs. Les rachats accroissent mécaniquement le cours et concentrent les bénéfices. La réintroduction d’une contribution progressive sur les distributions, pensée pour respecter [le régime mère-fille et les directives européennes, permettrait de limiter les effets de levier purement financiers sans pénaliser les investissements productifs. Pour finir, les "actions sur invitation", à savoir les entreprises non cotées les plus en vues vendent leurs titres à une poignée d’initiés, doivent être exclues. Dans le même temps, le marché grand public se réduit rapidement. Ces huit pistes visent un objectif simple : restaurer l’équilibre entre attractivité pour l’investissement et justice fiscale, tout en favorisant la croissance réelle et l’emploi.
"Les actions sont les choses à posséder pour le long terme. La productivité augmentera et les actions grimperont avec elle." Warren Buffett
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