OPINION. « Mythos ou réalité : les organisations face à l’impératif d’adaptation »
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Stéphanie Ledoux
Alain Potignon
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Stéphanie Ledoux
Alain Potignon
Par Stéphanie Ledoux, CEO Alcyconie, experte en gestion de crises cyber, hybrides et systémiques & VP Pôle d’Excellence Cyber (*)
L’annonce de Mythos par Anthropic, présenté comme un modèle capable d’identifier et d’exploiter des vulnérabilités à grande échelle, et donc susceptible de générer un véritable tsunami de failles, a rapidement suscité de nombreuses réactions. Le débat s’installe, marqué par une part de scepticisme, alimentée par les précédents coups d’éclat médiatiques d’Anthropic. Effets d’annonce, promesses technologiques, maturité encore incertaine : les interrogations sont légitimes.
S’en tenir à ce débat reviendrait pourtant à passer à côté de l’essentiel.
Mythos n’est probablement pas un cas isolé. Il constitue plutôt le parangon émergent, la première manifestation visible d’une tendance appelée à se généraliser. La question n’est donc pas tant de savoir si ce modèle tiendra toutes ses promesses, mais si les organisations sont prêtes à faire face à ce qu’il annonce.
Avant même les impacts techniques, une première tension se fait déjà sentir au sommet des organisations. Les comités exécutifs, les conseils d’administration et les investisseurs sollicitent des réponses immédiates : sommes-nous exposés ? Sommes-nous prêts ?
Face à ces questions, les équipes sont souvent encore en phase d’analyse. Non par manque de compétence, mais parce que le rythme d’évolution est rapide, les incertitudes nombreuses et la visibilité encore partielle.
La première crise n’est donc pas technique. Elle est une crise de lisibilité et de réassurance. Elle marque surtout le début d’une adaptation nécessaire des organisations à une réalité qui change de nature.
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Dans ce contexte, se préparer à MYTHOS ne consiste ni à céder à l’alarmisme ni à réagir à une annonce.
Il s’agit d’adopter une posture lucide, d’anticiper et de tirer parti de la fenêtre de temps encore disponible avant la diffusion à grande échelle des capacités offertes par les modèles de frontière.
Structurer des chaînes de commandement claires, faire de la « résilience en profondeur » une réalité (cloisonnements, sauvegardes…), renforcer la capacité d’arbitrage dans l’urgence, s’entraîner à faire face à des crises multiples, y compris sur la supply-chain : autant de conditions pour bâtir un dispositif réellement « IA ready ».
Avec l’arrivée de ces modèles, une phase transitoire s’ouvre. Les capacités offertes par l’intelligence artificielle pourraient, dans un premier temps, bénéficier davantage aux attaquants avant de renforcer durablement les dispositifs de défense.
Ce déséquilibre systémique sera sans doute limité dans le temps, mais suffisant pour créer une tension réelle sur les organisations. Il mettra simultanément sous pression leur capacité à corriger et leur capacité à absorber.
Les activités de correction des vulnérabilités vont devoir profondément évoluer. Depuis des années, les entreprises fonctionnent sur un triptyque implicite : prioriser, planifier, traiter. Ce cadre se fissure. Le Patch Tuesday cède progressivement la place au patch streaming : des correctifs en continu, rendus plus complexes par l’explosion du volume de vulnérabilités exploitables et la réduction des délais d’exploitation, sans pour autant permettre ni rendre raisonnable l’application de correctifs sans tests préalables.
Dans le même temps, le volume de crises d’origine cyber est probablement appelé à croître. L’industrialisation des attaques, combinée à leur amplification par l’IA, les rendra plus nombreuses, plus ciblées et probablement plus difficiles à contenir. Cette dynamique s’accompagnera d’une médiatisation accrue, plus rapide et plus directe, exposant les organisations à des impacts réputationnels immédiats.
Les organisations devront ainsi faire face à une équation inédite : maintenir un effort de correction permanent tout en absorbant une succession d’incidents et de crises. Or leurs dispositifs ont été pensés pour des événements ponctuels, pas pour des crises en série.
Dans ce contexte, un changement de posture s’impose : tout ne pourra plus être corrigé.
Alors même que les organisations n’ont jamais été aussi exigeantes vis-à-vis de leur système d’information, avec une attente de disponibilité immédiate et une tolérance quasi nulle à la moindre latence, il faudra pourtant accepter des arbitrages devenus inévitables. Des décisions structurantes devront être prises dans des délais contraints, pouvant conduire à exposer temporairement certains actifs, voire à interrompre volontairement certains services afin de préserver les activités les plus critiques.
Ces choix seront, par nature, cornéliens. Ils engageront directement la continuité de l’activité, la relation client et la performance économique (manque à gagner voire pénalités), et ne pourront être portés qu’au plus haut niveau de l’organisation.
Ce qui se joue avec Mythos n’est donc pas seulement une évolution technologique, mais la capacité des organisations à s’ajuster durablement, dans l’incertitude, à une réalité qu’elles doivent désormais intégrer.
Jamais les enjeux cyber n’ont été aussi visibles des décideurs. Cette exposition crée une responsabilité : elle impose de dépasser les débats d’experts pour engager une action concrète sur notre autonomie stratégique et réduire cette dépendance croissante qui se profile. Elle appelle à doter notre industrie de l’IA des moyens idoines et à activer pleinement le levier dont nous disposons : celui de nos choix et de nos fournisseurs. Nous en avons le devoir. À défaut, nous ne serons que les pions d’une rivalité stratégique entre grandes puissances de l’IA.
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(*) Stéphanie Ledoux est la fondatrice et PDG d’Alcyconie. Réserviste opérationnelle au COMCYBER, Stéphanie Ledoux est diplômée de Kedge Business School, de la Fachhochschule Münster de NEOMA Business School, et titulaire d’un Executive MBA en cybersécurité et intelligence économique. Avec plus de 20 ans d’expérience dans la gestion de crise (aérien, ferroviaire, industrie) et de 12 ans d’expatriation, Stéphanie accompagne entreprises et institutions en France et à l’international sur des enjeux de résilience face aux menaces numériques, de gestion et de communication de crise cyber et de prise de décision en contexte incertain, avec une approche pragmatique adaptée à un contexte de forte instabilité et de crises de forte amplitude.
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