OPINION. « L’eau ne doit pas devenir un luxe »

Jean-Marc Foucher
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Par Jean-Marc Foucher, Maire de Villeconin et président de la Communauté de communes ENTRE JUINE ET RENARDE
Il est difficile de se figurer que certaines des ressources les plus élémentaires sont soumises à une telle tension qu’elles pourraient devenir la cause de conflits sociaux et même géopolitiques. Que ce soit à l’échelle internationale ou locale, il est une « bombe à retardement » qui risque de se déclencher : l’eau. Oui, l’accès à l’eau pourrait devenir une des plus grandes sources d’inégalités en France dans les prochaines décennies. Dans la majorité de nos régions et départements, le service de l’eau est aujourd’hui confronté à un dilemme : comment investir pour garantir l’avenir tout en maintenant une facture supportable pour nos concitoyens ?
Cessons de mentir. Rendre l’eau potable disponible a un coût important. Maintenir la qualité de l’eau à son maximum doit être protégée face aux pollutions. Plus que ces dernières, c’est le changement climatique qui nous impose de sécuriser ce bien collectif. Des investissements sont indispensables mais ils risquent de peser lourdement dans les budgets des collectivités et, à travers elles, sur les finances des foyers.
À cette pression financière s’ajoute une fracture : celle des territoires. Les grandes métropoles bénéficient d’économies d’échelle, quand les zones rurales ou périurbaines, moins denses, doivent répartir les coûts sur un nombre plus limité d’usagers. Il en résulte une injustice très claire. Demain, dans certaines communes, l’eau risque de devenir plus chère qu’ailleurs, au point d’exclure les plus modestes. Ce qui est vital et doit être garanti à tous pourrait se transformer en facteur d’inégalité et de déclassement.
L’accès à l’eau n’est pas seulement une question technique ou budgétaire, c’est une question de dignité, de justice sociale et d’égalité républicaine. Garantir une eau de qualité, accessible à tous, est une exigence démocratique.
Oui, il faut investir massivement pour sécuriser nos réseaux et préparer l’avenir. Mais non, nous ne pouvons pas demander aux ménages, déjà confrontés à l’inflation et à la hausse du coût de la vie, de porter seuls cette charge.
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Si rien n’est fait, les conséquences seront lourdes. Dans nos territoires, déjà marqués par la raréfaction des services publics, la hausse du prix de l’eau ne ferait que renforcer le sentiment d’abandon. Beaucoup de nos concitoyens ont déjà le sentiment d’être les oubliés de la République. Qu’en sera-t-il quand il y aura une hausse non maîtrisée du prix de l’eau ? Cela ne ferait qu’alimenter cette défiance. L’eau, en plus des enjeux de société, pourrait devenir un nouveau motif de division.
Disons clairement que cette perspective n’est pas souhaitable. Il est de notre responsabilité collective de bâtir un modèle de financement et de gestion de l’eau qui conjugue efficacité, équité et solidarité. Pour cela, nous proposons une réforme nationale ambitieuse, articulée autour de plusieurs axes :
Ces propositions ne sont pas de simples ajustements techniques. Elles répondent à une exigence de justice et traduisent la certitude que l’eau n’est pas un bien marchand comme les autres, mais un droit fondamental.
La question de l'eau nous oblige à débattre et à trancher sur ce que nous voulons.
Faut-il attendre que les fractures se creusent et que la colère monte ? Ou bien préférons-nous anticiper, et mettre en place dès aujourd’hui qui tend vers l’équité et la durabilité ?
L’eau est le service public du XXIᵉ siècle. Comme hier l’école, l’électricité ou la santé, elle doit rester accessible, de qualité et disponible pour les générations futures. Tout dépend des choix que nous faisons aujourd’hui.
L’eau ne doit jamais devenir un luxe.