OPINION. « Défense européenne efficace et souveraine : c’est le moment d’être industriellement inventif »
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Franck Vigilant et Jean-Marc Vigilant
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Par Franck Vigilant, CEO de Mews Partners, spécialiste des questions de défense et du général Jean-Marc Vigilant, officier général de l'armée de l'air et de l'espace, chercheur associé à l'IRIS et président d'EuroDéfense – France.
Depuis l'arrivée de Donald Trump au pouvoir et la prise de conscience de l'Europe face aux nouveaux équilibres géopolitiques, le vieux continent se ressaisit de sa propre défense. Des investissements massifs sont annoncés par l'OTAN, par l’Agence Européenne de Défense, par la Commission Européenne, par chaque gouvernement en Europe... contribuables et industriels pourraient croire à un assouplissement des contraintes budgétaires. Or, le contexte économique actuel, avec une dette publique dépassant 110% du PIB en France et 90% en moyenne dans la zone euro, impose précisément l'inverse : maximiser la valeur de chaque euro investi et saisir l’opportunité de se transformer en profondeur. Voici quelques pistes de réflexion à destination de l’industrie pour renforcer la Défense européenne.
Les industriels ont l’occasion de déployer des stratégies de lignes de produits en s'appuyant sur des socles techniques pérennes et en programmant des dépenses limitées, focalisées sur des périmètres d’évolutions réduits. Cette approche génère d'importantes économies d'échelle tout au long de la chaîne de la base industrielle et technologique de défense (BITD). Elle permet aussi une meilleure segmentation de l'offre pour répondre à la variabilité inévitable des besoins opérationnels.
Ensuite, l'augmentation des volumes de production va permettre de tirer pleinement profit de démarches d’amélioration continue et de Lean en jouant sur la répétabilité. L'enjeu est également de revoir la conception des produits et chercher des ruptures à ancrer dans les standards pour optimiser les coûts, et appliquer les principes du « Design for Manufacturing ».
Ces initiatives permettront aux industriels de faire des promesses réalistes aux donneurs d'ordre publics en termes de ratio valeur / coût et de les tenir.
Si la performance industrielle concerne tous les acteurs de la filière, le sujet mérite d’être élargi à l’échelle du continent et de tout l’écosystème qui pourrait y contribuer, y compris certains nouveaux venus.
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Tout d’abord, les startups et acteurs de la Tech européens innovants, particulièrement dans l'IA, peuvent disrupter les pratiques existantes. Les industriels traditionnels doivent adapter leurs architectures produit pour accueillir facilement ces innovations et évoluer vers des approches agiles permettant une intégration continue selon le principe du : « Code in the morning, fly in the afternoon ! »
D’autres secteurs industriels historiques comme l'automobile, forts d'expérience en productivité et production de masse, peuvent aussi contribuer à la montée en cadence, en mobilisant leur outil et leur savoir-faire industriel. L'exemple de Renault s'engageant dans la production de drones l'illustre bien.
Il devient alors crucial de gérer les capacités industrielles à l'échelle du continent pour éviter que des initiatives silotées ne limitent les effets d’échelle et multiplient ainsi les dépenses.
Par ailleurs, la valeur créée doit être partagée de manière équitable et engendrer des retombées économiques proportionnelles aux investissements consentis, condition nécessaire à l’acceptabilité sociale des efforts de guerre, aujourd’hui très limitée en Europe. C'est le principe du Geo Return appliqué dans le spatial et qui favorise des collaborations entre industriels de différentes nations.
Renforcer la Défense européenne impose une transformation rapide : réviser les méthodes industrielles et les règles de collaboration, repenser les schémas industriels et les produits, chercher l'efficacité à tous les niveaux, former les ingénieurs à de nouvelles pratiques, et faire évoluer les cadres réglementaires et modèles de financement. C'est le prix de l'acceptabilité politique de ce changement de cap.
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(*) Jean-Marc Vigilant est un général de division aérienne (2S) et pilote de chasse avec plus de 3 000 heures de vol et 90 missions de guerre. Ancien directeur de l'École de guerre (2020-2022) et ancien commandant des forces françaises de l'opération Chammal au Levant (2018-2019), il a notamment été directeur de cabinet du commandant suprême allié pour la transformation de l'OTAN à Norfolk. Président d'EuroDéfense-France, chercheur associé à l'IRIS, fondateur du cabinet de conseil BeVigilant et senior advisor défense chez Mews Partners, il est officier de la Légion d'honneur et commandeur de l'Ordre national du mérite. Diplômé de CentraleSupélec, Franck Vigilant a passé plus de dix ans au sein du groupe PSA Peugeot Citroën avant de rejoindre le conseil. Présent chez Mews Partners depuis 13 ans, il y a exercé des responsabilités croissantes jusqu’au poste de CEO de Mews Partners. Il est également auditeur de la 21e promotion du cycle des hautes études pour le développement économique (CHEDE).
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