OPINION. « 70 % des fusions échouent… Et si la solution était biologique ? »
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Lucile Morin
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Par Lucile Morin, dirigeante d’Essencialy (*)
Nous continuons à penser les fusions comme des « opérations ». Or une fusion n’est pas une équation. C’est une greffe entre deux organismes vivants. Et lorsque l’on sait que l’être humain partage 70% d’ADN avec le végétal, peut-être est-il temps de l’envisager comme une piste de solution sérieuse.
En biologie, toute greffe repose sur une loi simple : on ne peut pas tout greffer avec tout. Peu importe la qualité de la technique ou la puissance des moyens, si les ADN sont trop éloignés, le système le rejette.
En entreprise, cette “compatibilité génétique” correspond notamment au facteur culturel : nature même de l’entreprise, rapport au pouvoir, au risque, au temps, au contrôle. Deux organisations peuvent être parfaitement complémentaires sur le papier et radicalement incompatibles dans leur manière de fonctionner.
L’erreur la plus fréquente consiste à analyser la complémentarité stratégique sans évaluer la compatibilité culturelle. On raisonne en synergies de marché, en économies d’échelle, en accès à de nouveaux segments. On oublie de poser la question la plus déterminante : ces deux systèmes peuvent-ils réellement devenir un ?
Mais la biologie va plus loin. Avant toute greffe, l’arboriculteur ne se demande pas seulement si les deux espèces sont compatibles. Il se demande : que souhaite-t-on obtenir ? Quel fruit cherche-t-on à créer ?
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C’est précisément la question qui manque dans de nombreuses opérations de croissance externe. Quel produit ou service inédit doit naître de la rencontre de ces deux entreprises ? Quelle valeur nouvelle pour les clients voulons-nous rendre possible ? Quelle position nouvelle voulons-nous conquérir sur le marché ? Et partant de là, de quoi avons-nous réellement besoin ?
Sans intention stratégique claire, la fusion reste une opération de structure. Deux arbres rapprochés, quelques branches ajustées — mais aucun fruit véritablement nouveau. La conséquence ? Tantôt on impose les process du groupe, tantôt on promet de préserver l’agilité. Tantôt on centralise, tantôt on laisse faire. L’organisation se retrouve en tension permanente. Le résultat : décevant.
Dans une greffe végétale, le porte-greffe fournit les ressources et l’ancrage. Le greffon apporte la qualité du fruit. Si l’on veut conquérir un marché instable, il faut un porte-greffe résilient et un greffon agile. Si l’on vise l’optimisation, il faut une base robuste et un greffon compatible avec la discipline opérationnelle.
Transposé au monde économique, cela signifie qu’une fusion réussie repose sur trois décisions structurantes : clarifier l’intention, évaluer la compatibilité réelle, choisir le mode d’intégration cohérent avec l’objectif visé.
La plupart des échecs ne viennent pas d’un manque d’expertise financière. Il vient d’un défaut d’alignement organique. Une fusion n’est pas une opération, c’est un rapprochement entre deux systèmes vivants. Et comme tout organisme, une entreprise cherche d’abord à préserver son équilibre. Si l’intégration menace son identité profonde, elle résiste. Si la fusion ne respecte pas les lois universelles du vivant. L’issue est simple : l’échec. L’investissement : perdu.
Les dirigeants qui réussissent leurs opérations de croissance externe ont un point commun : ils raisonnent en véritables architectes du vivant …tout en tenant compte bien sûr de la dimension business, dans un juste équilibre entre les deux. Ils savent que la création de valeur durable ne naît pas d’une absorption brutale mais d’un geste précis entre continuité et transformation.
La finance peut initier l’opération. Seule la biologie organisationnelle permet de concrétiser la greffe et d’augmenter ainsi les chances d’obtenir des fruits nombreux et espérons-le juteux !
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(*) Lucile Morin est présidente d'Essencialy, agence spécialisée dans l'accompagnement humain des transformations. Diplômée de Sciences Po Toulouse et Executive Coach certifiée HEC Paris, elle conjugue 15 ans d'expérience en direction générale, transformation des organisations et conseil en communication à 10 ans de pratique du coaching individuel, d'équipe et d'organisation.
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