OPINION. « La souveraineté énergétique : un impératif stratégique »
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Emmanuel Fages
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Par Emmanuel Fages, associé senior pour le cabinet de conseil Roland Berger (*)
La France n’échappe pas à cette dépendance. Chaque année pour financer notre approvisionnement énergétique, nous importons entre 60 et 80 milliards d’euros d’énergies fossiles. Cette facture représente une part considérable du déficit commercial français devenu structurel - près de la moitié en période de crise énergétique justement.
Dans ce contexte, la souveraineté énergétique est redevenue un impératif. Et conséquence bénéfique, elle ne s’oppose pas à l’ambition climatique : elle la renforce.
Réduire notre dépendance énergétique suppose d’écrire une trajectoire : remplacer autant que possible les énergies fossiles importées par une énergie produite localement. Cela signifie électrifier.
Mobilités, chauffage, procédés industriels : partout où cela est possible, l’électrification permet de substituer au pétrole et au gaz importés une production domestique d’électricité. Elle transforme ainsi une dépendance extérieure structurelle en une production énergétique largement nationale.
Or l’électricité, en France, est presque entièrement « bas-carbone ». Souveraineté et décarbonation convergent. Les énergies que la France importe massivement sont fossiles : pétrole et gaz. Réduire leur consommation permet donc à la fois de renforcer notre indépendance énergétique et de diminuer nos émissions.
Grâce à son parc nucléaire et à un potentiel renouvelable encore important, la France dispose déjà d’une base solide d’électricité bas-carbone. L’électrification devient ainsi le levier central pour reprendre le contrôle de notre approvisionnement énergétique tout en avançant vers la neutralité climatique. C’est l’une des logiques structurantes de la PPE3 récemment publiée.
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L’électrification est le pilier de la souveraineté énergétique. Mais tout ne pourra pas être électrique.
A un horizon prévisible, c’est le cas de l’aviation ou encore de certaines activités industrielles qui nécessitent des procédés à très haute température où un combustible gazeux reste difficilement substituable.
La souveraineté énergétique doit donc aussi s’organiser autour des molécules énergétiques nécessaires à ces usages : hydrogène décarboné produit par électrolyse, développement du biogaz et du biométhane, ou encore carburants liquides renouvelables, notamment les biocarburants avancés issus de résidus de biomasse ou d’algues.
Ces solutions peuvent réduire significativement la dépendance structurelle de l’économie française aux importations énergétiques, en complétant l’électrification là où celle-ci atteint ses limites.
Conjuguer électricité bas carbone et molécules renouvelables ne signifie pas souveraineté totale.
L’Europe a largement perdu la bataille industrielle du photovoltaïque et reste dépendante pour les batteries. Même pour les éoliennes ou les électrolyseurs, où des acteurs européens existent encore, la pression concurrentielle entraîne une part croissante d’importations, notamment en provenance de Chine en particulier.
La dépendance énergétique ne disparaît pas : elle se déplace, des hydrocarbures vers les équipements. En amont, la transition accroît aussi notre besoin en métaux et minéraux critiques, cuivre, lithium, cobalt ou terres rares , dont l’extraction et le raffinage sont fortement concentrés géographiquement.
Sans stratégie d’approvisionnement, de diversification et de recyclage, la transition énergétique pourrait se transformer en nouvelle vulnérabilité.
Elle doit donc être pensée aussi comme une stratégie industrielle et géopolitique. Au niveau européen, cela implique d’adapter la régulation pour soutenir les gaz renouvelables et les carburants liquides bas-carbone, mais aussi de relocaliser une partie de la fabrication des équipements stratégiques tels que les panneaux photovoltaïques, batteries, électrolyseurs.
Cette stratégie aura un coût. En effet, produire en Europe, sécuriser des chaînes d’approvisionnement et développer des filières émergentes est plus onéreux à court terme que l’importation d’équipements ou de combustibles à bas prix. Cependant ce surcoût est celui de l’indépendance et de la résilience.
La souveraineté énergétique est donc un choix stratégique nécessaire qui engage à la fois notre sécurité économique, notre compétitivité et notre capacité à respecter nos engagements climatiques. Pour y parvenir, trois priorités s’imposent : accélérer l’électrification bas-carbone, développer les molécules renouvelables et reconstruire une base industrielle énergétique européenne.
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(*) Emmanuel Fages est associé senior pour le cabinet de conseil Roland Berger, il possède plus de 20 ans d’expérience dans le secteur de l’énergie, couvrant à la fois les utilities, les marchés de l’énergie et les enjeux liés à la transformation de l’usage énergétique des entreprises. Il intervient particulièrement sur les nouveaux modèles économiques liés à la décentralisation de l’énergie, sur l’économie des services énergétiques ainsi que sur la conception de stratégies énergétiques intégrées. Son expertise fonctionnelle s’étend de la stratégie corporate et business unit à l’adoption des technologies digitales, notamment dans les opérations (digital plant, industrie 4.0), en passant par la structuration de nouveaux business models. Emmanuel a accompagné de nombreux acteurs dans leurs décisions stratégiques à fort impact, qu’il s’agisse d’investisseurs financiers, de grands énergéticiens ou d’industriels aux consommations critiques.
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