OPINION. «La santé n’attend plus le médecin, elle se réinvente en ligne »
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Jeanne Bariller
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Par Jeanne Bariller, Spécialiste en communication santé, Directrice déléguée Havas Red Health Paris
Après Doctolib, voici ChatGPT Santé et ses avatars numériques. Une révolution qui promet de démocratiser l’accès à l’information médicale, mais qui soulève une question essentielle : sommes-nous en train de créer un patient (trop) autonome ou presque un patient livré à lui-même ?
La digitalisation de la santé s’est imposée dans nos vies : prise de rendez-vous simplifiée, téléconsultations, applications de suivi, forums d’entraide. L’État lui-même a pris part à cette transformation avec Mon espace santé, la plateforme publique qui centralise les données médicales, les ordonnances, les comptes rendus et propose des services numériques sécurisés. Une initiative nécessaire pour structurer un écosystème où le patient devient acteur de son parcours et où le médecin trouve de l’aide pour gérer un quotidien souvent pressurisé. Mais l’arrivée des IA conversationnelles change la donne. Elles offrent des réponses immédiates, vulgarisent des données complexes, personnalisent les conseils. Elles séduisent par leur accessibilité et leur efficacité.
Pourtant, derrière cette promesse se cachent des zones d’ombre : fiabilité des réponses, responsabilité juridique, risque de surconfiance. Une IA n’est pas un médecin, et l’illusion de compétence peut coûter cher.
Par ailleurs, chez les jeunes, l’usage des chatbots IA pour la santé mentale inquiète. Une étude révèle qu’1 adolescent sur 8 et près d’1 jeune adulte sur 5 (18-21 ans) les consultent pour des conseils psychologiques. Des tests montrent que ces outils peuvent fournir des réponses dangereuses, allant jusqu’à rédiger des lettres de suicide fictives. Plus de la moitié des interactions simulées sont jugées à risque, incluant des conseils sur l’automutilation ou l’usage de substances. L’absence de contrôle d’âge
et la dépendance émotionnelle renforcent le problème : certains jeunes ne prennent plus de décision sans « l’avis » de l’IA. Quand l’IA devient le confident, voire le substitut du psy, qui protège ces utilisateurs vulnérables ?
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Faut-il s’en méfier ? Oui, si nous laissons ces outils devenir des substituts au soin humain. Non, si nous les intégrons comme des leviers d’information pour dynamiser le secteur, améliorer la prévention, réduire les inégalités d’accès à l’information. On ne digitalisera jamais une perfusion par exemple, mais on peut transformer l’expérience patient en la rendant plus fluide, plus éclairée, plus proactive. L’IA peut être un formidable outil pour réinventer la relation entre le citoyen et le système de santé, à condition de ne pas franchir la ligne rouge : celle qui sépare l’information de la prescription. Et si l’IA inquiète lorsqu’elle guide le patient, elle rassure souvent lorsqu’elle assiste le médecin : un véritable bras droit digital capable de valider un diagnostic, d’explorer des pistes ou d’affiner une intuition clinique en un instant. 49 % des médecins voient d’un bon œil l’usage de l’IA pour établir des diagnostics et proposer des options thérapeutiques*.
La question n’est pas « faut-il interdire ChatGPT Santé ? » mais « comment l’encadrer ? ». Former les patients, accompagner les professionnels de santé à son usage et garantir la transparence des algorithmes. Car si l’IA ne remplacera jamais la main qui soigne, elle peut devenir l’alliée qui éclaire. À nous de décider si cette révolution sera un outil d’émancipation ou un facteur de confusion.
Si nous ne maîtrisons pas cette révolution, elle nous maîtrisera.
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*Enquête Medscape auprès de plus de1000 médecins français (2024)
(*) Jeanne Bariller est directrice déléguée de l’agence Havas Red Health Paris, partner d’Havas Paris et responsable de la cellule de crise sanitaire du groupe Havas. Spécialiste reconnue des enjeux de santé publique, des situations sensibles et des stratégies de gestion de crise, elle accompagne les institutions, entreprises et acteurs du secteur dans leurs communications les plus complexes. Elle débute sa carrière en 2010 auprès de Xavier Bertrand, alors ministre du Travail, de l’Emploi et de la Santé, où elle occupe la fonction de conseillère presse. Immergée au cœur des arbitrages politiques et médiatiques, elle contribue notamment à la communication autour du scandale du Mediator, expérience fondatrice qui ancre son expertise en crise sanitaire et en gestion de dossiers sensibles. Elle poursuit sa collaboration avec Xavier Bertrand quand il redevient député et maire de SaintQuentin en tant que conseillère communication à l’Assemblée nationale, approfondissant sa maîtrise des dynamiques institutionnelles et territoriales. Elle rejoint ensuite le groupe Havas, où elle se spécialise rapidement dans les politiques de santé et la communication de crise, jusqu’à piloter la cellule de crise sanitaire de l’entreprise. Jeanne Bariller joue un rôle clé dans le développement et le rayonnement d’Havas Red Health Paris, mettant son sens stratégique, sa connaissance fine des écosystèmes de santé et son expertise des situations sensibles au service d’un accompagnement de dirigeants et de marques.
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