OPINION. « PME et ETI : les artisans de l’ombre de la transition écologique »
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Notre maison brûle et, plutôt que d’éteindre l’incendie, certains allument la climatisation.
Face au dérèglement climatique, à la raréfaction des ressources et à l’extinction des espèces, une alliance inédite entre populistes, régimes autoritaires et certains lobbys industriels s’emploie à enterrer l’impératif de transition. Désinformation massive, coupes dans la recherche, discours réactionnaires : le court-termisme reprend la main.
Pourtant, loin du tumulte, des milliers de PME et d’ETI avancent, discrètement, mais sûrement, prouvant que performance économique et engagement environnemental peuvent non seulement coexister, mais se renforcer mutuellement.
Contrairement à l’impression d’un recul généralisé, l’opinion française reste largement favorable à des mesures environnementales ambitieuses, même contraignantes pour le pouvoir d’achat. Selon l’étude Parlons Climat 2025, les deux tiers des Français estiment que le gouvernement manquerait à ses engagements s’il n’agissait pas contre le changement climatique.
Cette constance montre que, malgré les vents contraires politiques et médiatiques, le socle d’adhésion à la transition reste solide. Le véritable enjeu n’est donc pas de convaincre de la nécessité d’agir, mais de replacer la transition écologique au cœur du débat public, avec un narratif positif, mobilisateur et crédible, capable de rallier largement au-delà des cercles convaincus.
En dépit des renoncements politiques et de l’agitation médiatique, les PME et ETI gardent le cap. Leur agilité, leur proximité avec les réalités du terrain et leur capacité à innover vite leur permettent de transformer les contraintes en opportunités. Elles ne se contentent pas de discours : selon le METI, 77 % des dirigeants y voient une opportunité stratégique, contre 66 % il y a trois ans, et neuf sur dix ont déjà réalisé leur bilan carbone.
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Certaines, comme la Cartonnerie Gondardennes, ont anticipé de longue date les limites planétaires, par exemple en réduisant de 73 % leur consommation d’eau grâce à un circuit fermé et à la récupération des eaux pluviales, tout en recourant à la cogénération et à la méthanisation pour décarboner leur production.
Antoine Fiévet, emblématique président du Groupe Bel, qui a mené la transition responsable de l’entreprise familiale, aujourd’hui entreprise à mission, a souvent partagé sa conviction que les entreprises qui n’intègrent pas dès à présent les impératifs de climat, de ressources naturelles et de biodiversité risquent vite de disparaître. Les PME et ETI l’ont bien compris, à l’image de Tikamoon, triple championne de la croissance selon Les Échos, alignent désormais objectifs économiques et respect de la planète, assumant une trajectoire vers la société à mission.
Des acteurs de services comme Rougerie + Tangram réinventent leur métier en intégrant un laboratoire R&D dédié aux matériaux biosourcés et à des projets sobres en carbone.
Des groupes plus grand public comme Léa Nature démontrent qu’un pacte d’engagements environnementaux ambitieux peut soutenir une forte croissance, tandis qu’Aroma-Zone a bâti un modèle de production et de distribution accessible tout en maîtrisant son empreinte écologique.
À travers ces exemples, une constante se dessine : la capacité à lier performance et responsabilité, innovation et ancrage local, vision de long terme et résultats tangibles.
Résister ne suffit plus. Il faut affirmer haut et fort que la transition écologique — sociale et environnementale — est inéluctable et qu’elle doit être préparée activement. Les PME et ETI sont en première ligne pour inventer ce futur, créer les métiers de demain et inspirer confiance aux citoyens. Leur engagement discret, mais constant prouve qu’il est possible de concilier croissance, innovation et respect des limites planétaires.
Choisir cette voie, c’est refuser un monde régi par la loi du plus fort, où les dernières ressources seraient accaparées au lieu d’être gérées et régénérées collectivement. C’est préférer l’intelligence à la prédation, l’action au renoncement, la coopération au chacun-pour-soi. Et c’est comprendre qu’au-delà de la survie, il y a une promesse : celle d’un modèle économique créateur de valeur, porteur de sens et de prospérité durable.
Dans la bataille qui s’ouvre, les soldats de l’ombre de la transition écologique ne portent pas de drapeau. Mais ce sont eux qui, à force de pragmatisme, d’innovation et de conviction, tracent déjà la route que d’autres, tôt ou tard, devront emprunter. C’est là toute la force silencieuse de ces entreprises : agir aujourd’hui comme si l’avenir dépendait d’elles… ce qui est exactement le cas.
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(*) Le Cercle des Pionniers de la RSE, un think-tank rassemblant d’anciens directeurs RSE
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