OPINION. Crise au Moyen-Orient : « Suffocation de l'économie planétaire » (Michel Santi)
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Dado Ruvic - reuters
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Par Michel Santi, économiste (*)
Réduire Ormuz au pétrole brut serait en effet une erreur de cadrage. Ormuz n’est pas un robinet, mais la colonne vertébrale logistique du monde industrialisé. A travers laquelle transitent la nourriture — engrais azotés synthétisés à partir du gaz qatari —, médicaments — molécules pétrochimiques entrant dans la quasi-totalité des produits pharmaceutiques —, enfin kérosène sans lequel les avions restent cloués au sol.
Un blocus déclencherait une pénurie physique et simultanée en quelques semaines, et se traduirait en ruptures alimentaires, en flottes immobilisées, en fermetures d’usines, en rationnement hospitalier.
Pour mesurer l’échelle, l’embargo arabe de 1973 avait retranché 5 % de l’offre mondiale - et avait suffi à déclencher une récession globale. Un blocus d’Ormuz représente un choc quatre à cinq fois supérieur, dans une économie incomparablement plus interdépendante. Le diagramme ci-dessous retrace la mécanique en cascade, du goulet au déficit, de l’escalade au piège stratégique.
L’article 38 de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer garantit le droit de passage en transit dans les détroits internationaux. Bloquer un pétrolier chinois ou indien ne serait pas une mesure de pression économique, mais bel et bien une atteinte à la souveraineté maritime de puissances nucléaires.
La Chine, comme l’Inde, importent 40 % de leur pétrole du Golfe. Pékin dispose de navires de guerre dans la zone et d’accords d’accès naval avec Oman, avec le Pakistan, avec Djibouti. Accepter qu’un navire commercial chinois soit stoppé par la marine américaine en eaux internationales reviendrait à valider le précédent d’un contrôle américain de la navigation chinoise — y compris, demain, dans le détroit de Taïwan. Aucun dirigeant chinois ne le tolèrera jamais. Si la Chine décidait d’escorter préventivement ses tankers, la marine américaine devra alors choisir entre ouvrir le feu et s’effacer.
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En 1988, le croiseur USS Vincennes a abattu un Airbus d’Iran Air — 290 civils tués — après l’avoir confondu avec un chasseur F-14, dans un contexte de tensions bien inférieures. C’est dans cet espace saturé que se jouerait l’escalade — et non dans les capitales. Qui peut exclure le commandant nerveux, le navire qui n’obtempère pas, le coup de semonce mal calibré ?
La menace de blocus place Washington dans un dilemme. Exécutée, elle déclenche une crise mondiale dont l’Amérique est à la fois l’auteur et l’une des premières victimes. Retirée, elle affaiblira durablement la dissuasion américaine. Trente-trois kilomètres d'eau. Aucune sortie sans dommage.

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(*) Michel Santi est macro-économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales, écrivain. Il publie aux Editions Favre « Une jeunesse levantine », Préface de Gilles Kepel. Son fil Twitter.
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