OPINION. « Face aux canicules, ne pas se replier, s'ouvrir : sortir d'une vision étroite de l'économie »

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Wolfgang Rattay - reuters

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Ce serait une fuite en avant dans un combat perdu d’avance si nous en restions là. Car c’est précisément une vision « repliée » de l’économie qui nous entraîne, de plus en plus vite, vers une catastrophe. Un collectif de dirigeants d’entreprises, engagés dans la transition, appelle à ne pas céder à la tentation du repli, mais au contraire à sortir d’une vision étroite de l’économie et agir en conséquence.
Il nous faut sortir d'une vision étroite de l'économie, s’ouvrir au sens large du mot « économie ». Il vient du grec « oikonomia : l'art de gérer la maison. Mais aujourd’hui nous avons une vision très étroite de ce mot. Il s’agit uniquement de maximiser une différence (entre recettes et coûts) à l’intérieur un périmètre étroit, celui de l’entreprise, en oubliant la maison elle-même : le vivant, l'eau, les sols, le climat, et les personnes qui l’habitent avec nous et la font vivre (nos collaborateurs, les clients, tous ceux qui habitent et font vivre les territoires où nous oeuvrons).
Cette canicule révèle que cette conception étroite de l’économie, qui ne considère que la recherche de plus de biens, de vitesse, d’efficacité, mais sans aucune prise en compte de ce qui est au-delà, les limites planétaires, les interactions vivantes, avec la nature, entre les humains, nous entraîne dans une accélération mortifère.
En tant que dirigeants, nous le constatons tous les jours : conditions de travail dégradées, chaînes d’approvisionnement fragilisées, accès à l’eau qui se tend, infrastructures pensées pour un climat qui n’existe déjà plus… « Climatiser » toujours plus une économie qui aggrave les causes du problème, c’est, au mieux, traiter les symptômes sans s’attaquer à la maladie. Répondre uniquement par des mesures techniques d'adaptation serait insuffisant. On ne répare pas une maison qui brûle en isolant mieux les fenêtres. En tant que dirigeants, nous appelons à un changement de principe d’action : ne pas céder à la tentation du repli, mais s’ouvrir.
S'ouvrir à des finalités qui dépassent la seule performance économique, sans la nier. La performance financière reste nécessaire mais elle n'est plus suffisante pour piloter durablement une entreprise. Nous ne pouvons plus considérer la nature comme une simple ressource. Il est devenu clair que nous devons la préserver. Mais en rester là, c’est encore « économiser » la nature. Il importe d’aller au-delà : il nous faut chercher à établir un lien vivant avec elle, chercher à régénérer l'environnement (par exemple, dans l'agroalimentaire, regénérer les sols ; dans le bâtiment, créer des espaces qui absorbent le CO2). Et nous ne pouvons considérer les personnes que comme des « ressources » humaines ou des « acheteurs ». Il importe, là aussi, d’aller au-delà : il nous faut chercher à favoriser l'épanouissement de toutes les personnes : celles qui travaillent avec nous, celles qui sont nos clients, celles qui habitent les territoires où nous œuvrons (par exemple : concevoir le produit, le service, et son mode de commercialisation pour que l’usage qui en soit fait par le client lui permette de s’épanouir, de sortir de la compulsion de consommation, soit l’occasion d’une rencontre féconde avec d’autres. Cet exemple peut paraitre paradoxal. Mais ayons en tête l’exemple de Ford. Payer plus ses ouvriers était paradoxal mais ce fût le socle d’un miracle industriel). La résilience d'une entreprise se mesure désormais autant à la qualité de ses liens qu'à ses indicateurs financiers.
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S'ouvrir à des alliances. Le champ de vision et d’action d’une entreprise, seule, est limité. Pour aller au-delà de l’économie classique, regénérer la nature, épanouir les hommes, il est nécessaire de sortir du périmètre étroit de l’entreprise, d’aller au-delà, de chercher des alliés. C’est en s’alliant (avec d’autres dirigeants, avec les territoires, avec la puissance publique, avec les projets citoyens, avec la recherche) que peuvent être imaginées, puis réussies, des transformations que, seuls, nous ne pourrions pas même entrevoir.
S'ouvrir au temps long. Aller au-delà de l'instant présent, intégrer les contraintes prévisibles du futur. Il ne s'agit pas de chercher à disposer d'un plan parfait, mais de définir une première étape facile et rapide à réaliser, exemplaire, mobilisatrice, puis d'apprendre en avançant, en étant ouvert aux opportunités imprévisibles que cette dynamique créera.
La Convention des Entreprises pour le Climat, comme d'autres réseaux d'entreprises, de territoires, de chercheurs et d'initiatives citoyennes, montre que cette dynamique d'ouverture et de coopération existe déjà. Nous pouvons témoigner que cette ouverture est possible : nous avons déjà commencé à transformer nos entreprises selon des trajectoires partagées publiquement, convaincus qu'elles créent de la valeur en réduisant les risques que nous prenons à ne rien changer.
La question n'est plus de savoir s'il faut transformer notre économie en profondeur. Elle est de savoir si nous choisissons de le faire maintenant, dans une dynamique d'ouverture et de coopération, ou si nous laissons les contraintes physiques nous y forcer demain, dans la douleur, avec des marges de manœuvres de plus en plus réduites suite à de multiples replis progressifs.
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Les signataires de cette tribune s'expriment à titre personnel, en tant que dirigeants ayant engagé leur entreprise dans une trajectoire de transformation, notamment au sein de la Convention des Entreprises pour le Climat (CEC) :