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OPINION. La LPM actualisée ou comment j’ai épaissi le rideau de fumée

Le groupe MARS

Publié le 13 juillet 2026 à 05:00

Emmanuel Macron à l'Ile Longue

Emmanuel Macron à l'Ile Longue

DR

Le Quotidien Numérique

11 juillet 2026

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Pour le groupe MARS, la loi de programmation militaire n'est qu'une étape pour augmenter le budget des armées : sans budget, pas d'argent. Quand les crédits arrivent, il faudra régler la facture de la protection de nos alliés du golfe arabo-persique et cotiser de nouveau à la Facilité européenne de paix pour rembourser les cessions accordées aux forces ukrainiennes. Soit jusqu’à 3 milliards sur le budget des armées 2026.

La programmation militaire vient d’être actualisée, avec une augmentation de 36 milliards d’euros décidée par le législateur pour faire face à l’accroissement des besoins. Ne nous laissons pas tromper par ce nouvel exercice de communication politique : la nouvelle loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030 ne changera rien. D’abord parce que ce n’est pas le Parlement qui a le dernier mot. Ensuite parce que les enjeux sont ailleurs.

Avec l’annonce d’une telle rallonge, on pourrait penser que les militaires sont satisfaits. Il n’en est rien car ils ne voient pas la couleur de cet argent. Leur quotidien est fait de multiples privations qui les empêchent de se préparer correctement à un engagement majeur et les perspectives de missions extérieures sont moroses : le flanc Est et le Grand Nord ne font pas rêver.

Où est passé l'argent ?

Il est vrai que le budget des armées aura été doublé en dix ans, mais la communication a tué l’effet bénéfique de cet effort salutaire. Dans son quotidien, le militaire ne voit pas la concrétisation de cet effort : certes, on lui a changé récemment son treillis mais il ne bénéficie pas d’une double dotation en munitions d’entraînement. Les heures de vol n’ont pas augmenté. Les moyens navals non plus. C’est plutôt le contraire. Alors où est passé l’argent ? De la LPM promulguée aux dépenses militaires exécutées, il existe de nombreux filtres. Celui de la loi de finances annuelle pour commencer : pas de budget, pas de crédits, quoi qu’en dise la LPM.

Or, faute de majorité au Parlement, les deux dernières LFI ont été adoptées très tardivement, après une loi de reconduction des « services votés », comme au bon vieux temps d’avant la LOLF (loi organique relative aux lois de finances), voire d’avant la Ve République. Avec une loi de finances initiale (LFI) promulguée avec trois mois de retard, la « tuyauterie budgétaire » tarde à cracher ses euros. Et la conjoncture économique étant ce qu’elle est, Bercy anticipe la crise de trésorerie en gelant les crédits : les crédits sont là, mais on ne peut pas les dépenser, car on craint de manquer de cash. La signature des nouveaux contrats est reportée. Le paiement des factures aussi. Le montant des intérêts moratoires augmente tandis que le pouvoir d’achat des agents publics régresse. On ne voit pas l’argent parce qu’il n’y en a pas.

Avant de le dépenser, il faut le gagner : le budget de l’État, c’est comme celui de la Mère Michu. Quand les revenus arrivent en retard, on se serre la ceinture en attendant le facteur. Ou alors on emprunte à la voisine quelques œufs pour l’omelette du jour. On en est là. C’est la réalité budgétaro-financière de la France de 2026, étouffée par une dette à 120% du PIB et une charge d’intérêts qui devient le premier budget de l’État. Bravo aux Mozart de la finance qui nous gouvernent. Alors, pour faire semblant, on vote des LPM, ça ne coûte rien, juste quelques heures de sommeil de parlementaires.

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Des factures à payer mais pour les autres

Ensuite, quand les crédits arrivent enfin avec les jolies fleurs du printemps, on se rappelle que le budget des armées est bonne mère : elle a de nombreuses bouches à nourrir. A cet égard, l’année 2026 va être un grand cru. Il va falloir régler la facture de la protection de nos alliés du golfe arabo-persique, que nos aviateurs ont défendu à coup de missiles à un million d’euros l’unité pour détruire des drones iraniens à quelques dizaines de milliers de dollars. Il va falloir aussi cotiser de nouveau à la fameuse FEP (« facilité européenne de paix ») pour permettre à cet « instrument intergouvernemental » (c’est-à-dire non financé par le budget de l’UE) de rembourser les cessions accordées aux forces ukrainiennes, depuis que le nouveau gouvernement hongrois a décidé de lever le veto de son prédécesseur sur ces remboursements. Ces deux « bourrages » peuvent prélever jusqu’à 3 milliards sur le budget des armées 2026. Une paille.

Le lecteur averti est en train de se dire : « mais tout cela est illégal ! » Et oui, la LPM prévoit bien que les surcoûts OPEX et l’assistance à l’Ukraine soient financés en interministériel, la défense ne cotisant qu’à hauteur de sa part dans le budget de l’État. Mais non, ce sera 100%. Bercy considère la LPM comme une simple déclaration d’intention, un simple violon dans lequel on se soulage. Avec l’appui de Matignon. Et l’approbation tacite du Château. Au prétexte de préparer la guerre de demain (avec les « surmarches » et tout le tintouin), le budget des armées sert surtout à financer le soutien de la France à celle des autres.

Autres bouches à nourrir, les coopérations européennes. Non pas les grands succès médiatiques comme le SCAF ou l’Eurodrone, mais les dizaines de modestes projets du fonds européen de défense que la France doit cofinancer alors qu’elle n’en a nul besoin. Ce sont certes de petits montants (quelques dizaines de millions d'euros tout de même chaque année), mais ils finissent par capter une part non négligeable de la marge de manœuvre de la DGA, sans parler du temps que tout cela faire perdre à ses agents, un temps précieux qui est détourné des vrais besoins de réarmement de notre pays. Et comme si cela ne suffisait pas, voilà qu’arrive « l’instrument SAFE » dont la France ne voulait pas entendre parler jusqu’à l’an dernier, et pour lequel il faut à présent s’endetter pour acquérir à plusieurs ce qui couterait moins cher tout seul. Mais, voyez-vous Mère Michu, c’est que notre pays doit montrer l’exemple. Une réputation de cornard, ça s’entretient !

Vers le déclassement et la soumission

Et quand le ministère des armées peut enfin dépenser pour son compte, il règle les factures en retard et lance les commandes les plus urgentes. Et voilà pourquoi l’adjudant Kronenbourg ne voit pas la couleur de « l’effort de défense de la nation ».

C’est ainsi que la France, telle la vache laitière, regarde passer les trains tout en nourrissant son petit monde. Car le monde ne nous attend pas pour réarmer. Au-delà de l’agressivité retrouvée des vieux empires désireux de secouer le joug d’un occident trop longtemps (et injustement) dominateur, les relations internationales sont désormais caractérisées par le primat du rapport de forces et des situations conflictuelles au lieu d’un système régulé par le droit, que les occidentaux eux-mêmes piétinent depuis près de 30 ans.

Ce ne sont pas seulement les frontières qui sont contestées, mais aussi ces espaces autrefois libres et désarmés tels que la haute mer, les fonds marins, l’espace extra-atmosphérique et le cyberespace, qui deviennent des champs d’affrontement. La conséquence de cet état de fait, qui remplace l’état de droit, est une peur qui conduit à s’armer. Le réarmement est une tendance globale à laquelle l’Europe participe désormais, avec retard mais résolument : + 30% de dépenses en deux ans pour les pays de l'OTAN hors Etats-Unis. De son côté, la France fait semblant, à grands coups de LPM. Ces artifices de communication sont la droite ligne vers le déclassement et la soumission.

La vérité est ailleurs

Car les enjeux sont ailleurs. Oui, il faut réarmer, mais pas n’importe comment. L’échéance des élections générales de 2027 se rapproche, mais personne ne répond à la vraie question : comment vivre demain en sécurité dans un monde où le droit n’est plus respecté ? Augmenter la LPM, même si cet effort profitait vraiment à nos armées (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui), n’est pas une bonne réponse. Ou plutôt, elle ne suffit pas. L’effort de défense ne vient que mettre en œuvre une politique. Quelle est-elle aujourd’hui pour préparer la défense de demain ? On ne sait pas.

Les uns placent leur « espérance » dans cette idole qu’est devenue la construction européenne, sans se soucier de savoir si l’UE dispose de la moindre compétence en matière de défense, ni d’évaluer les résultats de ses initiatives, aussi coûteuses qu’inutiles. Les autres font semblant de croire que notre pays sera capable demain de financer seul toutes les dimensions d’une défense à 360° alors que cela fait au moins un siècle que ce n’est plus le cas, la situation financière étant autrefois bien moins dégradée. Entre ces deux familles idéologiques (appelons-les « fédéralistes » et « nationalistes ») végète une majorité silencieuse tout aussi aveugle qui se berce d’illusions dans l’espoir que tout change pour que rien ne change : nos voisins sont nos amis, l’oncle Sam sera toujours là pour nous sauver, nous gagnerons toujours car nous sommes les gentils. D'ailleurs, Mère Michu, l'oncle Donald s'est montré charmant au sommet OTAN d'Ankara, c'est bien la preuve qu'il n'y a pas à s'inquiéter...

Pas besoin d’être complotiste pour comprendre que la vérité est ailleurs : face à la brutalisation des relations internationales, y compris désormais en Europe, alors que l’intervention des Etats-Unis à nos côtés en cas d’agression russe n’est plus garantie, en dépit des récentes minauderies du Président Trump, il y a effectivement quelque chose à changer. Soit on se soumet aux empires, russe pour les uns, américain pour les autres, européen (c'est à dire germanique) pour d’autres encore, soit on continue dans la voie tracée par la vision gaullienne, plus ou moins assumée par les successeurs du fondateur de la Ve République.

Européaniser complètement l'OTAN

Dans cette hypothèse (les autres ne méritent pas d’être discutées), la priorité des priorités, c’est, non de construire le fameux « pilier européen de l’OTAN », mais d’européaniser complétement l’alliance afin de ne plus dépendre des humeurs du protecteur américain. Plus facile à dire qu’à faire, encore faut-il le dire, c’est-à-dire se fixer un objectif concret, avec des jalons à respecter pour y parvenir : à telle échéance, la nouvelle alliance européenne sera autonome dans tel et tel domaine, et ainsi de suite. Ensuite, c’est une affaire d’exécution. Bercy sera lié par les traités que nous aurons signés avec nos alliés et qui prévaudrons sur la supervision de Bruxelles, parce que l’UE sera priée de faciliter le réarmement de ses États membres.

Mais avant d’en arriver là, il va falloir s’organiser autrement avec nos alliés. L’étape préalable, c’est qu’ils prennent conscience du caractère inéluctable du départ des Américains, et donc de la nécessité de ne plus compter sur eux. « L'amour » exprimé à Ankara est à cet égard tout sauf une bonne nouvelle. Ensuite, il faudra se répartir les tâches. Et ce n’est pas une mince affaire, car, à l’OTAN, les Américains tiennent tout, les autres alliés ne font guère que de la figuration. Cette situation convenait à tout le monde, mais à présent, c’est fini. Il faut donc vraiment tout changer.

Les premiers à l’avoir compris (en-dehors des Gaulliens historiques) sont les Polonais. En se dotant d’une puissante force terrestre conventionnelle, ils se donnent les moyens de parer à toute éventualité, tout en continuant à flatter l’allié américain pour qu’il reste le plus longtemps possible. Les Allemands du chancelier Merz ont également fini par comprendre tout l’intérêt d’une situation qui leur est éminemment favorable, du fait de leur position centrale, de leur puissance économique et financière, d’une UE aux ordres de Berlin et d’une clientèle diplomatique dans les pays de sous-traitance de leur industrie. Ils ont donc naturellement vocation à remplacer les Américains. Sauf qu’ils n’en ont pas les moyens militaires, même en y consacrant 3,5% de leur puissant PIB. Ils ont donc besoin de leurs alliés pour compléter les capacités qui font défaut à leur Bundeswehr d’opérette, c’est-à-dire à peu près tout. A commencer par la dissuasion nucléaire.

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Le débat est ouvert. Dans les mois qui nous séparent des échéances électorales à venir, discutons des voies et moyens de tout changer dans la défense de l’Europe sans porter atteinte à nos intérêts vitaux ni à notre souveraineté. Voire de trouver de nouveaux relais de croissance pour financer l’effort de défense nécessaire, quand le rideau de fumée des LPM en cours sera dissipé. Bonne fête nationale!

Le groupe MARS

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