OPINION. « Simplifier pour tous ! »
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Luc Mérigneux
Renaud Marion
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Luc Mérigneux
Renaud Marion
Par Luc Mérigneux, DG France de Montea (*)
J’ai vu un grand projet industriel étranger renoncer à la France après plusieurs mois d’études et plusieurs centaines de millions d’euros envisagés d’investissement. Non parce que le territoire n’était pas pertinent, mais parce qu’aucun calendrier crédible ne pouvait être garanti.
Je travaille également sur la transformation d’une vaste friche industrielle destinée à accueillir de nouvelles activités économiques. Il aura fallu quatre années pour obtenir les autorisations nécessaires sur un site pourtant déjà artificialisé. Quatre années avant même le début de la reconstruction productive.
C’est précisément ce constat qui a conduit Emmanuel Macron à vouloir appliquer la “méthode Notre-Dame” à 150 projets industriels stratégiques : procédures accélérées, coordination renforcée, délais raccourcis. Le diagnostic est juste. Dans une économie où les décisions d’investissement se prennent en quelques mois, des procédures qui s’étendent sur cinq ou six ans deviennent dissuasives.
Mais cette évolution pose une question essentielle : pourquoi la simplification devrait-elle relever d’un régime d’exception ?
Car le sujet n’est pas qu’on accélère certains projets. Le sujet est qu’on admet implicitement que le droit commun ne permet plus de produire suffisamment vite. Lorsqu’un système a besoin de dérogations permanentes pour fonctionner normalement, c’est sans doute le système lui-même qui doit être revu.
Plus encore, cette logique fait entrer l’économie dans une forme de sélection administrative. Qui décide de ce qui est “stratégique” ? Selon quels critères ? Une plateforme logistique essentielle à un bassin industriel serait-elle moins stratégique qu’un autre projet labellisé par l’État ?
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Ce point est particulièrement sensible pour la logistique. Car elle reste encore trop souvent perçue comme une activité secondaire, alors qu’elle constitue l’infrastructure invisible de toute politique industrielle. Il n’existe pas d’usine compétitive sans chaîne d’approvisionnement performante, sans foncier logistique, sans hubs de distribution. Les entreprises recherchent d’ailleurs des acteurs capables d’inscrire leurs projets dans le temps long, avec une connaissance fine des territoires et une capacité à mobiliser rapidement du foncier déjà maîtrisé.
Mais il faut également sortir d’une opposition caricaturale entre administration et entreprises. Les collectivités et les services de l’État subissent eux aussi la complexité normative. L’empilement des textes et l’instabilité réglementaire créent une forme de paralysie collective où la prise de décision devient lente et risquée pour tous. Dans de nombreux projets de réindustrialisation ou de reconversion de friches, acteurs publics et investisseurs poursuivent pourtant le même objectif : recréer de l’activité et de l’emploi dans les territoires.
La simplification n’est donc pas seulement une demande des entreprises. C’est aussi une condition d’efficacité de l’action publique.
Les investisseurs n’attendent pas nécessairement moins de règles. Ils attendent des règles lisibles, stables et des délais prévisibles. Le droit est normalement conçu pour limiter l’arbitraire, pas pour organiser des exceptions à la norme commune.
La simplification administrative ne devrait donc pas être un privilège accordé à quelques projets considérés comme prioritaires. Elle devrait constituer le fonctionnement normal d’une économie qui veut réindustrialiser ses territoires.
Car au fond, un pays qui a besoin de procédures d’exception pour construire normalement est un pays dont le droit commun est devenu un obstacle à lui-même.
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(*) Luc Merigneux est Country Director France pour le groupe Montea, investisseur transgénérationnel et développeur, leader en Europe et spécialisé en immobilier logistique et industriel. Diplômé de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (DESup Immobilier d’entreprise) et de l'Université de Poitiers (Master 2, Droit et fiscalité de l'urbanisme et de la construction), il occupe depuis plus de 15 ans des fonctions stratégiques en investissement immobilier et développement d'actifs. Il rejoint Montea en 2022, après avoir précédemment exercé au sein de Nuveen Real Estate en tant que Directeur des Investissements, et auparavant chez AXA Reim en tant que Transactions Manager. Il accompagne aujourd’hui la croissance de Montea sur le marché français.
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