OPINION. « Présidentielle 2027 : l’épreuve de vérité pour le logement »
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Estelle Forget
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Par Estelle Forget, experte des politiques de logement et d’aménagement des territoires (*)
Le mandat d’Emmanuel Macron s’achève, et avec lui une promesse non tenue. Depuis 2017, le logement n’a jamais été traité à la hauteur de ce qu’il représente. Dans un contexte de crise économique et sociale, il aurait dû être un amortisseur. Il est devenu un accélérateur de fragilités. Et la loi logement, qui vient d’être annoncée, votée si tout va bien à la fin de l’année, ne changera rien à cette réalité. Elle donne l’illusion d’un sursaut. Elle traduit surtout une tentative tardive de reprise en main, dans un calendrier contraint de fin de mandat.
Le logement n’est pas un sujet technique. C’est un sujet politique au sens plein du terme. Il organise la vie des Français, conditionne l’accès à l’emploi, pèse sur le pouvoir d’achat, structure les choix familiaux. Il dit, au fond, comment une société tient … ou se défait.
La difficulté à se loger ne concerne plus seulement les plus modestes. Elle touche désormais les classes moyennes, les jeunes actifs, les familles. Dans les zones tendues, trouver un logement relève du parcours d’obstacles. Ailleurs, c’est l’abandon : logements vacants, centres dégradés, territoires qui décrochent.
Partout, le logement devient un frein : à l’emploi, à la mobilité, à la natalité. Un frein à la vie. Et surtout, il devient un poids. Premier poste de dépense des ménages, il rogne les marges, enferme les trajectoires, réduit les possibles.
Or c’est précisément là que se situe l’impasse. Pourquoi un pays qui investit autant loge-t-il si mal sa population ?
Pourquoi l’accès à la propriété (aspiration pourtant majoritaire des Français) devient-il de plus en plus inaccessible ? En réalité, cette aspiration dit quelque chose de profond, elle révèle un besoin de stabilité, de sécurité, de projection – celui de ne pas être assigné à résidence dans des territoires fragilisés.
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Cette crise, pourtant, ne provoque pas de mobilisation des ménages. Elle produit autre chose : une succession de renoncements silencieux. Et, c’est peut-être cela le plus inquiétant. Car, le logement est un puissant révélateur. Il peut structurer une société ou la déliter.
La France consacre des moyens considérables à son système de logement. Aides publiques, dispositifs fiscaux, soutien au logement social : l’effort est massif. Pour donner un ordre de grandeur autour de 40 milliards par an ! Et pourtant, les résultats ne suivent pas.
Les politiques se sont accumulées sans cohérence d’ensemble. Certaines ont produit des effets d’aubaine, d’autres ont accentué les déséquilibres. Le système dépense beaucoup, mais produit peu de solutions durables.
Le débat politique en matière de logement est à côté du sujet, et ce à double titre :
D’une part, le clivage traditionnel ne permet plus de répondre. À gauche, on régule davantage. À droite, on incite plus fortement. Dans les deux cas, on reste dans le même cadre, sans remettre en cause l’architecture du système. Comme dans le jeu de mikado, chacun ajuste à la marge, en évitant de déplacer les lignes de fond, de peur de faire bouger l’ensemble.
D’autre part, le plus préoccupant n’est pas seulement la crise. C’est son déni. Le logement reste un sujet éclaté, complexe, politiquement risqué. Chaque réforme crée des gagnants et des perdants. Alors on contourne, on ajuste, on diffère. Mais en évitant le sujet, on laisse s’installer les fractures.
La prochaine élection présidentielle ne pourra faire l’économie de cette question. Il ne s’agit plus d’arbitrer entre régulation et incitation, mais de repenser notre modèle : Sortir de l’empilement des dispositifs, retrouver une vision d’ensemble, du sens à l’action publique. Permettre à chacun de se loger dignement, sans se ruiner. Rouvrir des perspectives, notamment en matière d’accès à la propriété.
L’urgence est de réinscrire le logement dans un parcours de vie, et non pas le réduire à un simple produit. Le logement structure le quotidien, bien au-delà de ses dimensions économiques.
La question est simple : comment prétendre gouverner un pays si l’on ne traite pas ce qui organise concrètement la vie de ses habitants ? Ne pas faire du logement un sujet secondaire est une épreuve de vérité pour notre modèle social, le point de bascule de notre cohésion sociale.
Et cette fois, nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas…
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(*) Estelle Forget est experte du logement, de l'aménagement urbain et de l'adaptation des territoires aux dérèglements climatiques. Fondatrice du cabinet de conseil en développement durable Ergapolis, elle a accompagné de nombreux territoires et entreprises, en France et à l'international dans la définition de stratégies d'aménagement et de logement. Elle a vécu trois ans à Singapour, où elle a travaillé aux côtés du Dr Liu Thai Ker, considéré comme l'architecte du Singapour moderne, dont le modèle urbain et la politique de logement sont reconnus mondialement. Elle est l'autrice du Petit traité d'urbanisme et de planification de Singapour à l'usage des décideurs. Elle a également exercé des fonctions stratégiques au sein des Résidences Yvelines Essonne, acteur majeur du logement social en Île-de-France.
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