OPINION. « Aider les régions à rebondir après des pertes d’emplois »

Lamia Kamal-Chaoui et Mark Pearson
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Lamia Kamal-Chaoui et Mark Pearson
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Par Lamia Kamal-Chaoui et Mark Pearson (*)
Avec une anticipation suffisante, un accompagnement personnalisé et des politiques adaptées au contexte local, les travailleurs peuvent retrouver un emploi, les familles retrouver la stabilité et les régions s’adapter. À défaut, la reprise est souvent plus lente dans les territoires les plus durement touchés.
Les statistiques nationales passent souvent à côté de ces réalités locales. Les récessions, les chocs commerciaux et les bouleversements technologiques n’ont pas les mêmes conséquences partout, et la reprise est rarement uniforme d’une région à l’autre. Une usine rouvre ailleurs. La production reprend. L’emploi se redresse. Pourtant, pour les travailleurs et les populations locales les plus directement touchés par le choc, le retour à l’emploi reste difficile lorsque les mesures de soutien interviennent trop tard et que les nouveaux emplois sont créés ailleurs plutôt qu’à proximité.
L’endroit où l’on vit continue de déterminer son avenir sur le plan économique. L’édition 2026 des Perspectives de l’emploi de l’OCDE montre que, dans la plupart des pays de l’OCDE, l’écart de taux d’emploi entre les régions les plus dynamiques et les régions les plus fragiles est supérieur à 20 points de pourcentage. Moins de la moitié de cet écart tient aux différences d’âge, de niveau d’études, de genre et de structure des ménages. Le reste dépend des opportunités qui s’offrent à l’échelon local.
Les chances d’ascension sociale sont aussi moindres dans les régions à faible revenu. Sur une période de cinq ans, les habitants des régions les plus pauvres ont près de 40 % plus de risques de stagner au bas de l’échelle des revenus que les habitants des régions les plus riches.
Si elle peut aider certains travailleurs à saisir de nouvelles opportunités, la mobilité à elle seule ne suffit pas. Chaque année dans les pays de l’OCDE, seuls 3 % environ de la population s’installent dans une nouvelle région. Même dans les pays où la mobilité est plus élevée, comme le RoyaumeUni ou la Corée, cette proportion n’atteint que 4 à 5 %.
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Rien de surprenant à cela. La décision de déménager pour trouver un emploi ne dépend pas uniquement de facteurs économiques : elle implique aussi parfois de laisser derrière soi des services de garde des enfants, un établissement scolaire, l’emploi de son/sa conjoint(e), son réseau de soutien ou un logement abordable. Certains travailleurs peuvent avoir besoin d’aide pour sauter le pas. Mais d’autres ont besoin d’un accompagnement et de débouchés là où ils résident déjà. Une stratégie efficace en matière de marché du travail devrait donc aider les personnes à déménager lorsque cela est dans leur intérêt, tout en améliorant la qualité et la disponibilité des emplois dans un plus grand nombre de territoires.
Il en va de même pour les travailleurs qui ont perdu leur emploi à la suite d’un changement structurel. Lorsque la reprise s’amorce dans une région, les pouvoirs publics peuvent faire en sorte qu’elle profite à ceux qui ont perdu leur emploi. Faute de quoi, les nouveaux emplois sont souvent pourvus par des travailleurs plus jeunes, de nouveaux entrants sur le marché du travail ou des travailleurs au profil de compétences différent. Les travailleurs seniors évincés des secteurs en déclin connaissent souvent des épisodes de chômage plus longs, tombent dans l’inactivité ou prennent une retraite anticipée. Pour les familles, un soutien apporté en temps voulu peut faire la différence entre une dégradation de leurs revenus et de leurs conditions d’emploi, et une transition réaliste vers un nouvel emploi.
Les recommandations pour l’action publique sont donc claires. L’accompagnement au retour à l’emploi doit être mis en place plus tôt et ne pas se limiter à des programmes de reconversion généralistes. Les travailleurs peuvent avoir différents besoins : orientation professionnelle, évaluation des compétences, accompagnement dans leur recherche d’emploi, formations qualifiantes de courte durée ou aide concernant la garde des enfants, les déplacements domicile-travail, le logement ou le déménagement. Le bon dosage dépend du travailleur concerné, du marché du travail local et des secteurs d’activité porteurs à proximité.
Dans tous les pays de l’OCDE, les pouvoirs publics ont depuis longtemps conscience de l’importance de la dimension territoriale, comme l’illustrent quelques exemples bien connus : politique de cohésion de l’UE, Commission régionale des Appalaches aux États-Unis ou, plus récemment, la Pride in Place Strategy au Royaume-Uni. Or, trop souvent, les politiques territorialisées ne font pas partie des grandes priorités de la politique économique : elles sont considérées comme utiles à la cohésion sociale, mais accessoires s’agissant de la productivité, de la compétitivité et de la résilience.
Il faut que cela change. Une coordination entre politique industrielle et politique régionale s’impose – non pas pour sauver des secteurs en déclin, mais pour valoriser les atouts des territoires, favoriser l’émergence de nouvelles sources de croissance et rendre les régions plus attractives pour y vivre, y travailler et y investir. Bien souvent, cela passe d’abord par les fondamentaux : transports, compétences, logement, accueil des jeunes enfants et infrastructure numérique.
Les approches les plus efficaces s’appuient aussi sur les institutions locales. Les services publics de l’emploi, les administrations locales, les entreprises, les syndicats, les organismes de formation et les organisations locales sont à même de cerner les risques en amont et d’aider les travailleurs à saisir de nouvelles opportunités.
Les politiques territorialisées jouent un rôle fondamental non seulement pour la compétitivité, mais aussi pour la confiance du public. Nous n’échapperons pas à de nouveaux chocs économiques, qu’ils soient dus à la technologie, aux échanges, à la transition climatique ou à l’évolution de la demande mondiale. Les citoyens ne jugeront pas la reprise uniquement au regard des moyennes nationales, mais aussi des possibilités qu’ils voient se concrétiser dans leur quotidien.
Lorsqu’ils entrevoient de réelles perspectives pour eux-mêmes, leur famille et leur région, ils ont davantage confiance dans la capacité des politiques publiques à améliorer concrètement leur situation. En outre, les pays tirent le meilleur parti de leur main-d’œuvre lorsque la croissance bénéficie à un plus grand nombre de régions. C’est ainsi que, lorsqu’un nouveau choc survient, la reprise peut être plus largement partagée, plus rapide et plus durable.
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(*) Lamia Kamal-Chaoui est la Directrice du Centre de l'OCDE pour l'Entrepreneuriat, les PME, les Régions et les Villes depuis 2016. En tant que membre clé de l’équipe de direction exécutive de l'OCDE, Mme Kamal-Chaoui soutient le Secrétaire général dans la réalisation de la mission de l’OCDE, visant à promouvoir la croissance économique et le progrès social, tout en contribuant à d'autres agendas mondiaux tels que le G20 et le G7, l'Accord de Paris sur le changement climatique et la mise en œuvre des Objectifs de Développement Durable des Nations Unies. Mark Pearson est directeur par intérim de la Direction de l’emploi, du travail et des affaires sociales. Il supervise les travaux de l’Organisation dans les domaines de l’emploi, de la santé, des migrations et des politiques sociales. Depuis 2009, il dirige les travaux de l’Organisation en matière de santé, démontrant qu’un système de santé solide est essentiel à une économie forte et productive. Sous sa direction, l’Organisation s’est attachée à aider les pays à élaborer des politiques efficaces pour prévenir les choix de mode de vie néfastes, à moderniser leurs effectifs de santé et à accélérer la numérisation du secteur de la santé. Tout au long de la pandémie de COVID-19, il a soutenu les pays dans leur gestion de crise et a piloté une initiative à l’échelle de l’OCDE en faveur d’une mobilité internationale sûre.