OPINION. « Les Etats-Unis volent au secours de l'Argentine »
latribune.fr
Le président américain Donald Trump serre la main du président argentin Javier Milei lors de la 80e Assemblée générale des Nations Unies, à New York, New York, États-Unis, le 23 septembre 2025.
À New York, Trump et Milei se sont affichés ensemble lors de l'Assemblée générale des Nations unies. Leur poignée de main symbolise un rapprochement inattendu. Dans un contexte de crises économiques et monétaires, leur rencontre soulève interrogations et débats sur la stratégie internationale de ces dirigeants, entre convergences idéologiques et calculs géopolitiques à l’échelle globale. Par Michel Santi, économiste (*)
Le Trésor américain vient d’annoncer un ensemble de mesures de soutien financier massif à l’Argentine :
L’achat d’obligations argentines en dollars US,
la mise en place d’un crédit stand-by via le Fonds de Stabilisation des Échanges (ESF),
une ligne de swap de devises de 20 milliards de dollars avec la Banque Centrale argentine (BCRA).
Car, contrairement à toutes les fanfaronnades des néolibéraux libertariens de tous pays qui, depuis l’arrivée au pouvoir de leur mascotte Milei, espèrent reproduire cette grossièreté à travers le monde : l’Argentine implose.
Peso en chute libre, bourse en liquéfaction de près de 50 % (en dollars) à ce jour en 2025, 40 % de la population sous le seuil de pauvreté. La fierté du surplus budgétaire vantée haut et fort est évidemment un mirage, car accompli en sabrant les retraites, en réduisant massivement les aides sociales, y compris les soins aux handicapés. « Grand réformateur », Milei a précipité la récession brutale. Nonobstant ces « progrès impressionnants » (termes du Secrétaire d’État É.-U. au Trésor, Scott Bessent), les États-Unis déploient l’artillerie lourde et sont prêts à tout pour soutenir l’Argentine.
Corruption au cœur du pouvoir
Passons sur les arrière-pensées électoralistes du moment choisi par les autorités américaines, car Milei — face à une opposition de plus en plus déterminée — risque gros avant le vote crucial de mi-mandat du 26 octobre prochain. C’est vrai qu’il y a plus grave, à savoir des allégations circonstanciées de corruption concernant au premier chef la propre sœur du Presidente, Karina Milei, figure clé de son administration, impliquée dans un scandale explosif. Des enregistrements audio montrent qu’elle aurait exigé des commissions de 3 % à des laboratoires pharmaceutiques en échange de contrats avec l’Agence Nationale des Services pour les Handicapés (ANDIS). Il ne s’agirait là de rien moins que de médicaments vitaux destinés aux personnes handicapées qui auraient été retenus, aggravant la souffrance des plus vulnérables, dans un environnement déjà ravagé par l’austérité.
Une somme disproportionnée
Comment les États-Unis d’Amérique en viennent-ils à soutenir financièrement un tel régime ? Et si massivement, car ces 20 milliards promis représentent une multiplication par 2000 de l’aide accordée en 2023 à l’Argentine, laquelle dépassait à peine 8 millions de dollars ? L’émetteur souverain le moins fiable au monde qu’est l’Argentine exposera directement les contribuables américains. Dépassant 33 000 milliards de dollars, la dette publique US est dans une situation suffisamment inquiétante sans l’aggraver de 20 milliards ayant peu de chances d’être remboursés. Le gouvernement américain en est aujourd’hui réduit — oui — à émettre massivement des bons du Trésor à court terme (T-bills), faute de demande suffisante pour ses obligations à long terme. Signe d’une confiance ébranlée, les rendements sur les taux longs américains grimpent lentement mais sûrement.
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Les Swaps de Devises : outil technique ou arme politique ?
Une des bouées mises à disposition de l’Argentine par les USA est cette ligne de swap, facilité permettant à une banque centrale étrangère d’obtenir des dollars contre sa monnaie nationale, dans le but de stabiliser ses réserves et d’éviter une dépréciation brutale en l’occurrence du Peso. Ainsi, en 2008 et pendant la Covid-19, la Fed avait-elle ouvert ses vannes en faveur des grandes banques centrales (BCE, BoJ, BoE) pour éviter une crise mondiale de liquidités. L’Argentine n’ayant ni la crédibilité — encore moins la stabilité — de ces partenaires, ce swap doit donc être considéré pour ce qu’il est vraiment : un instrument politique au service de Milei. Cette opération de sauvetage politique revient au « bailout » d’un régime incompétent. Officiellement destiné à renforcer Milei face aux « spéculateurs », il transforme un outil de stabilité et le subvertit en ingérence électorale. Ironie du sort : c’est ce même Milei, prétendu chantre d’un État minimaliste, qui se tourne à présent vers un « bailout » étatique massif, au lieu d’explorer des alternatives décentralisées, plus en adéquation avec son idéologie.
L’échec de Milei est donc patent
Et ce swap de devises condamné à n’être qu’un pansement sur une hémorragie qu’il sera impossible de juguler. Alors que les Américains risquent le shutdown de leur État, c’est des milliards qui vont fuir leur pays pour prendre la route d’un autre où la corruption prive les handicapés de soins. Nous vivons bien dans une matrice dystopique où les priorités sont inversées.
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(*) Michel Santi est macro-économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales, écrivain. Il publie aux Editions Favre « Une jeunesse levantine », Préface de Gilles Kepel. Son fil Twitter.