« La faute à Bruxelles, vraiment ? » La chronique d’Apolline de Malherbe

Retrouvez la chronique d'Apolline de Malherbe.
LTD/CHRISTOPHE MEIREIS/ABACAPRESS

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LTD/CHRISTOPHE MEIREIS/ABACAPRESS
La France a voté NON à l’accord avec le Mercosur vendredi 9 janvier. Tous les partis se sont prononcés contre. Tous. Et les députés, en novembre dernier, avaient voté à la quasi-unanimité contre (sauf une députée isolée qui avait reconnu ensuite s’être trompée de bouton au moment du vote). Le Mercosur, source de tous les maux de nos agriculteurs ? Comme c’est facile ! Quel bouc émissaire confortable. C’est pas nous, c’est l’Europe ! Le retour du fameux « c’est la faute à Bruxelles ! ».
Cette année, pour la première fois depuis cinquante ans, notre balance commerciale agricole sera négative. Et on ne peut pas blâmer l’accord avec le Mercosur, pas encore adopté ! Nos concurrents ne viennent pas d’Amérique du Sud ; nos concurrents, c’est l’Espagne, l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Ukraine… Un exemple : on importe désormais environ 50 % de notre consommation de volaille. Comment s’en étonner ? La concurrence est déloyale : on accepte d’importer ce que l’on interdit à nos agriculteurs de produire.
Jérôme Bayle, leader de la contestation, éleveur bovin de Haute-Garonne, était mon invité vendredi 9 janvier sur RMC : « Nous, on est hyper vigilants sur la traçabilité française, on sait d’où vient chaque bête, et on sait ce qu’elle a mangé. Ici, on doit demander des tas d’autorisations pour pouvoir faire des bâtiments de 30 000 à 40 000 poulets. Et pendant ce temps-là, on importe sans droits de douane du poulet ukrainien qui a grandi dans des hangars de 2 millions de poulets et qui sont piqués aux antibiotiques et aux hormones de croissance. C’est absurde. »
L’Ukraine, c’est un dilemme moral. Quand la Russie a attaqué le pays, l’UE a baissé les droits de douane pour permettre aux agriculteurs ukrainiens de trouver de nouveaux débouchés. Mais cette solidarité a aussi entraîné un nouveau concurrent, qui ne joue pas avec les mêmes règles environnementales et sociales que nous.
Et puis il y a nos lois, qui ne sont pas appliquées : la loi Egalim impose depuis le 1er janvier 2024 50 % de label de qualité dans toute restauration collective. Dans les faits, elle n’est pas appliquée, et les contrôles ne sont pas effectués. La loi Duplomb, du vent : adoptée en juillet ; un mois plus tard, une partie a été censurée par le Conseil constitutionnel, et l’autre partie est toujours en attente des décrets ! Le gouvernement promet qu’ils seront publiés à la fin du mois…
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Pour installer une nouvelle exploitation agricole ou en agrandir une, il faut aujourd’hui en moyenne deux ans. De nombreux agriculteurs m’ont appelée sur RMC pour raconter ces demandes d’autorisations auprès du ministère, de la préfecture, des instances de protection de l’environnement, avec des obligations de réunions publiques… Permis, paperasse, contraintes, qui a le temps d’attendre ? Quel jeune agriculteur a deux ans devant lui pour espérer obtenir des autorisations ?
Le problème majeur, ce n’est donc pas le Mercosur, c’est la concurrence déloyale. Être exigeant, oui, mais encore fallait-il l’être avec tout le monde. On a imposé à nos agriculteurs des normes que nos concurrents n’imposaient pas.
Depuis plusieurs semaines, que ce soit sur les sujets du commerce, avec les combats contre Shein et les petits colis, que ce soit sur l’industrie, avec la disparition des dernières usines d’acier ou la fermeture de Brandt, et désormais avec la colère agricole, ce qui me frappe, c’est de voir que nous sommes souvent les artisans de notre propre malheur. Les gouvernements successifs, par idéologie et par zèle, s’intéressant davantage à l’image vertueuse qu’ils donneraient d’eux-mêmes qu’à l’impact réel de leur politique, ont pris de mauvaises décisions. Ou des décisions inapplicables.
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Ce qui m’intéresse, ce ne sont pas leurs déclarations, c’est le réel. Et dans la vie réelle, on peut se désoler de ce tsunami de petits colis, mais ce sont nos lois qui les ont laissés entrer. On peut se désoler de nos usines qui ferment, mais ce sont nos lois qui les ont empêchées de tourner. On peut se désoler de nos fermes en péril, mais il faut avoir l’honnêteté de reconnaître que ce sont nos lois qui leur ont imposé de moins produire.