OPINION. « Cancer du sein localisé : faire mieux pour les patientes avec moins de coûts pour la société est possible ! »
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Avec 12 000 décès par an, le cancer du sein est non seulement le plus fréquent chez la femme, mais aussi le plus meurtrier. Le fardeau de la pathologie et du traitement est lourd avec un retentissement majeur sur la vie des personnes malades et de leurs familles.
Aujourd’hui, grâce aux tests de séquençage génomique (SG) il est possible d’améliorer le quotidien de plus d’une femme sur deux atteintes d’un cancer du sein « HER2- » au stade précoce en évitant d’associer une chimiothérapie non nécessaire au traitement de référence (hormonothérapie). Ces tests, disponibles en routine et remboursés dans tous les grands pays européens, permettent d’évaluer le niveau de risque génomique de la patiente : en dessous d’un certain seuil, la chimiothérapie peut être évitée, sans perte de chance comme cela a été confirmé par plusieurs études (notamment celles publiées en juin et juillet 2024 dans le New England Journal of Medicine et l’ESMO Open), dont une conduite auprès de plus de 10 000 patientes avec un suivi jusqu’à 12 ans.
En France, ces tests, ne font l’objet que d’une indemnisation partielle (moins de la moitié des coûts réels) et différée pour l’établissement prescripteur via un financement dérogatoire et temporaire du Ministère de la Santé (RIHN - Référentiel des actes Innovants Hors Nomenclature). Le Baromètre 2022 ‘État des Lieux des Pratiques de SG en France’ a clairement montré que cette absence de remboursement complet et systématique est un frein à la prescription de ces examens, notamment pour les hôpitaux plus petits avec une capacité de financement limitée. Cette situation va probablement se détériorer puisque qu’une baisse annuelle tarifaire de 20% est prévue dans le dernier décret RIHN de 2024. Notre collectif de sociétés savantes, d’associations de patients, de fédérations hospitalières et de Commissions Nationales Professionnelles (CNP) d’Oncologie et d’Anatomopathologie remercie la Haute Autorité de Santé (HAS), qui, consciente de ces enjeux a inscrit dans son programme de travail 2025 la revue des nouvelles données soumises par les CNP et les industriels concernés (demande de remboursement déposée le 12 septembre 2024).
Tant que les conclusions de la HAS ne seront pas publiées, la situation d’inégalité d’accès au soin et de perte de chance (moins de la moitié des 10 000 patientes éligibles semble bénéficier de ces tests) va perdurer avec de nouvelles femmes qui vont être exposées à des chimiothérapies parfois chères, potentiellement inutiles, voire délétères. Le coût d’opportunité est important pour :
Les patientes, avec des effets indésirables (alopécie, nausées, vomissements, fatigue, infections…) potentiellement évitables, une qualité de vie personnelle et professionnelle détériorée, des dépenses paramédicales supplémentaires et nonremboursées ; Les services hospitaliers dont les hôpitaux de jour sont encombrés ; La collectivité puisque ne pas prescrire une chimiothérapie équivaut à réduire les coûts de prise en charge de manière significative : non-prescription de produits, trajets vers les établissements évités et retour au travail plus précoce. Une étude basée sur les données de la CNAM et présentée au dernier congrès de la SFMPP, le 10 octobre dernier, par le Pr Roman Rouzier du Centre Baclesse de Caen, a confirmé les résultats de nombreuses études internationales : éviter une chimiothérapie en cas de cancer du sein pour les patientes éligibles (identifiées par les réunions de concertations pluriprofessionnelles - RCP) permet de baisser de façon significative le nombre (22%) et le coût (-50% soit -3 000€) des arrêts de travail pour la sécurité sociale !
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Il est donc possible de faire mieux pour les patientes avec moins de coûts pour la société, au moment où le gouvernement cherche des économies. Pour cela, il est nécessaire que ces techniques de diagnostic et de pronostic fassent le plus vite possible partie de notre arsenal de soins, partout sur le territoire et pour toutes les patientes légitimes.
Nous espérons que les résultats de l’évaluation par la HAS seront rendus publiques le plus vite possible afin de mettre fin à cette situation d’iniquité. N’attendons plus.
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(*) Signataires
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