Zendaya et Robert Pattison incarnent deux fiancés, le premier film réalisé par Agnès Jaoui ressort en salles et Robert Aramayo incarne un Écossais atteint du syndrôme de Gilles de la Tourette : retrouvez nos critiques cinéma pour la semaine du 30 mars 2026.
Le mariage de l’année (4,5⭐️/5)
Après avoir été révélé à Hollywood avec Dream Scenario (2023), où Nicolas Cage incarnait un anonyme apparaissant dans les rêves d’inconnus et accédant ainsi à une célébrité perturbante, le réalisateur norvégien Kristoffer Borgli persiste dans la comédie dramatique originale avec The Drama, hybridation grinçante de la comédie de remariage et du thriller psychologique.
Tout ici est affaire de décalage, de perte de repères et de malaise. Charlie (Robert Pattinson), Anglais installé à Boston, où il est conservateur de musée, file le parfait amour avec Emma (Zendaya), jeune directrice littéraire au charme aussi renversant que discret. Ils sont jeunes, beaux et heureux, leur mariage s’annonce sous les meilleurs auspices. Mais à quelques jours de s’unir, Emma révèle innocemment à Charlie et à leurs témoins un terrible secret… Leur amour va-t-il y survivre ?
Dans une mise en scène élégante qui tend au huis clos, The Drama invoque de grandes œuvres européennes sur le sentiment amoureux et la relation à autrui, d’Ingmar Bergman à Michael Haneke, et fait émerger de cette relation passionnée une fable morale à la toxicité brûlante et au comique de situation vicieux. À la performance de l’écriture, qui passe avec naturel du drame personnel amoureux au drame collectif et politique de la violence armée, il faut ajouter l’art du casting de Kristoffer Borgli.
Quel plaisir en effet de voir Robert Pattinson, star planétaire depuis Harry Potter et Twilight, s’emmêler le corps et le cœur avec Zendaya, elle-même mondialement célèbre pour ses rôles dans la série Euphoria et la saga Spider-Man. Alors qu’on les verra prochainement ensemble dans les superproductions L’Odyssée de Christopher Nolan etDune – Troisième partie de Denis Villeneuve, ce duo s’empare ici d’un format mineur mais le joue en mode majeur, animant quasi à lui seul cette production de 30 millions de dollars.
Accéder à ces stars de passage en France pour présenter The Drama était une gageure. Priée d’envoyer à l’avance leurs questions, une poignée de journalistes a pu assister à leur conférence de presse, tenue en vidéo depuis un palace parisien. « Je pense que, pour un acteur, il faut aller vers ces choses dont on se dit: “ça me perturbe”. C’est de cette seule manière qu’on peut espérer aussi “perturber” le public et créer un frisson », explique Robert Pattinson qui, pour le rôle, sort de sa zone de confort.
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Dans The Drama, où son amour pour Emma n’a d’égal que sa lâcheté face à la situation, l’acteur montre ainsi une vis comica inédite. Et face à lui, Zendaya compose une partition délicieusement ambiguë. « J’ai aimé mettre au jour la fragilité d’Emma, qui est à la fois cet enfant qui cherche à être aimé et accepté et cette femme adulte qui va se marier, détaille l’actrice. Cette faille qu’elle a, je pense que nous l’avons tous. »
À l’heure où les auteurs européens s’érigent en contre-pouvoir d’un cinéma américain en recherche de son nouveau canon, The Drama rassemble ces différentes sensibilités pour un mariage parfaitement réussi où le pire a la saveur du meilleur.
🍿 The Drama, de Kristoffer Borgli, avec Robert Pattinson, Zendaya, Alana Haim, Mamoudou Athie. 1h45. Sortie ce mercredi 1er avril.
Gros maux (4⭐️/5)
À la dernière cérémonie des Bafta, l’équivalent des Oscars outre-Manche, Plus fort que moi, du Britannique Kirk Jones, a obtenu trois récompenses dont deux pour son acteur principal, Robert Aramayo. Quand on sait que ce dernier avait face à lui Leonardo DiCaprio, Timothée Chalamet ou Ethan Hawke notamment, on salue d’autant plus la performance.
Le jeune acteur y incarne John Davidson, né en Écosse en 1971 et qui est atteint d’une maladie neurologique décrite pour la première fois au XIXe siècle par un médecin français, Gilles de La Tourette. Particulièrement spectaculaire, l’affection se caractérise par un ensemble de tics et de tocs, souvent renforcés par des jurons et insultes pour le moins corsés.
On suit le destin de John, qui a bel et bien existé, depuis l’apparition de ses symptômes en 1983 jusqu’à l’âge adulte, où il devient le porte-parole de ses semblables et dispense des formations pour informer sur la maladie dont il souffre. À telle enseigne que John Davidson, présent dans la salle de remise des Bafta, n’a pu s’empêcher de proférer des grossièretés qui furent entendues également à l’antenne.
Quant au film proprement dit, il réussit le tour de force de se transformer en feel-good movie tant le réalisateur parvient à désamorcer les tensions inévitables à travers des scènes de pure comédie. C’est ainsi que sous la forme d’un biopic (trop) classique, Plus fort que moi emporte malgré tout l’adhésion, en provoquant des rires salutaires.
🍿Plus fort que moi, de Kirk Jones, avec Robert Aramayo, Maxine Peake, Shirley Henderson, Peter Mullan. 2h01. Sortie ce mercredi 1er avril.
L’otage (5⭐️/5)
« Ce n’est pas un doc sur le 7-Octobre, c’est un film sur l’expérience d’une famille. » En martelant ces propos avec force, Brandon Kramer, le réalisateur américain de Holding Liat, ne diminue en rien la portée de ce documentaire absolument saisissant. Le 7 octobre 2023, Liat Beinin Atzili, une enseignante de nationalité américaine, était enlevée avec son mari Aviv dans le kibboutz de Nir Oz.
Commençait alors pour sa famille, une terrible course contre la montre entre Israël et les États-Unis, afin de tenter d’obtenir sa libération. Un père, une mère, une sœur, un fils : chaque membre de cette famille d’abord sidérée réagit et agit à sa manière. Et c’est en cela que le film nous tend un miroir qu’il faut affronter : que ferions-nous et que penserions-nous dans une telle situation cauchemardesque ? Mêlant sans cesse l’intime à l’universel, passant des conflits individuels à des tensions internationales, Holding Liat interroge également et profondément nos propres identités traumatisées.
🍿 Holding Liat, de Brandon Kramer. 1h37. Sortie ce mercredi 1er avril.
Éternel Bacri (5⭐️/5)
Le Goût des autres, le premier film réalisé par Agnès Jaoui, a plus d’un quart de siècle et n’a rien perdu de son charme, de son efficacité et de son acuité. Les scénaristes louent son écriture ciselée et ses dialogues percutants. Les cinéastes s’inspirent de sa fluidité. Les actrices et les acteurs, enfin, évoquent son casting impeccable avec admiration et envie. Quant aux spectateurs, ils ont toujours plébiscité ses passages sur le petit écran et se réjouiront assurément de cette nouvelle sortie au cinéma qui fera sans doute de nouveaux adeptes.
Coauteur du scénario avec Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri est l’un des atouts majeurs du film. Il est comme un nouveau M. Jourdain se trouvant face à des précieux et des précieuses bien ridicules à force de snobisme et de mépris social. Si Le Goût des autres n’a pas pris une ride, c’est précisément parce qu’il s’inscrit dans cette tradition d’un théâtre puis d’un cinéma bien décidés à pourfendre les clichés et à tourner en dérision nos gros et petits défauts.
🍿 Le Goût des autres, d’Agnès Jaoui, avec Anne Alvaro, Jean-Pierre Bacri, Agnès Jaoui, Alain Chabat, Brigitte Catillon. 1h52. Ressortie ce mercredi 1er avril.
Ode à la joie végétale (4⭐️/5)
En 1908, 1972 et 2020, dans le jardin botanique d’une université allemande, trois vies isolées se déroulent. Celle de Grete (Luna Wedler), première femme chercheuse acceptée à l’université, celle de Hannes (Enzo Brumm), étudiant plus artisan que penseur, et enfin celle de Tony (Tony Leung Chiu-wai), chercheur en neurosciences confiné pour cause de pandémie. Mais s’ils sont isolés, ils ne sont pas seuls.
Dans le jardin, un ginkgo biloba ancestral est le témoin de leurs existences et le trait d’union entre elles. À la manière de 2001 – L’odyssée de l’espace ou de Tree of Life, Silent Friend d’Ildikó Enyedi fait œuvre de « pleine conscience ».
De l’infiniment petit à l’infiniment grand, le temps humain se fond dans le temps végétal. Les époques s’inscrivent dans un continuum vertigineux. Formidablement sensuel, associant le noir et blanc du début du XXe siècle à la chaleur des années 1970 puis à la précision clinique des images contemporaines, Silent Friend déjoue le piège anthropomorphique de son sujet en misant sur ses puissantes sensations. Un film miraculeux conçu comme une photosynthèse amoureuse et de laquelle éclôt une humanité totale. À voir absolument.
🍿 Silent Friend, d’Ildikó Enyedi, avec Luna Wedler, Tony Leung Chiu-wai, Enzo Brumm, Léa Seydoux et Sylvester Groth. 2h27. Sortie ce mercredi 1er avril.