« Tu marches, tu ne portes pas de sac et ton logement te suit » : l'expérience inédite qui mêle voile et randonnée

Randonnée entre Hendaye et Zumaia, sur la côte basque, avec une flotille de cinq voiliers.
LTD/Les Sentiers de la mer

Randonnée entre Hendaye et Zumaia, sur la côte basque, avec une flotille de cinq voiliers.
LTD/Les Sentiers de la mer
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Il est à peine 17 heures quand Virginie apparaît sur un ponton du port de Banyuls-sur-Mer, dans les Pyrénées-Orientales, les joues cramoisies, un bâton de marche dans chaque main. Avec sa mère, sa sœur et son beau-frère, elle rentre d’une journée de randonnée sur les sentiers littoraux. Leur hôtel ? Un voilier d’un peu plus de 13 mètres qui les a déposés là au petit matin et dans lequel ils passeront la nuit. Depuis cinq jours, ce bateau les suit tout le long de leur périple sur la jolie Côte Vermeille, qui s’étend d’Argelès-sur-Mer jusqu’aux portes de l’Espagne.
Chaque année, la famille de Virginie a l’habitude de se retrouver pour une randonnée itinérante. Et pour l’anniversaire de sa mère, la fonctionnaire de 45 ans a voulu marquer le coup avec une expérience « qui sort un peu de l’ordinaire ». C’est là qu’elle est tombée sur Les Sentiers de la mer, une start-up inédite en France, fondée en 2020, qui met en relation des randonneurs et des plaisanciers pour des séjours imaginés conjointement. Pour les premiers, c’est un voyage itinérant mais confortable ; pour les seconds, c’est une aide financière précieuse pour alléger les frais de port et d’entretien du bateau. « Tu marches, tu ne portes pas de sac, ton logement te suit et le soir tu as une douche chaude à la capitainerie, s’exclame Virginie. Pour nous, c’était le modèle de voyage parfait ! »
Cette idée, c’est celle de Joseph Durand, 77 ans, « à la fois marin et montagnard ». Le concept est simple : la marche en journée, le bateau pour la nuit et pour les déplacements. « Les critères de sélection des hôtes sont simples, précise Joseph Durand. Avoir un voilier suffisamment petit pour pouvoir entrer dans tous les ports, avoir le plaisir de l’accueil, être amoureux de son territoire, et, surtout, avoir envie de partager. C’est d’ailleurs pour cela que les séjours se font tous en demi-pension. » La plateforme Les Sentiers de la mer s’occupe de mettre les plaisanciers et les marcheurs en relation – et prend pour cela 20 % de commission. L’alchimie, ensuite, se fait toute seule, « randonneurs et marins, ça matche toujours, ça relève de l’évidence ! » affirme le vieux briscard.
Une délicate odeur de pommes au four s’élève du carré de L’Odyssée. « J’ai fait un crumble ! » annonce fièrement Thierry, le propriétaire du voilier, en ouvrant son petit four à gaz. Sur une des plaques électriques, un bouillon frémit dans une casserole pour y pocher poissons et fruits de mer. Ce soir, c’est fideuà, une spécialité espagnole proche de la paella mais qui utilise des pâtes à la place du riz. « Je ne me voyais pas rester devant la télévision pendant ma retraite, raconte Thierry. On voulait rencontrer du monde, faire découvrir notre passion pour la voile. » C’est d’ailleurs la troisième fois qu’il trimbale des randonneurs, toujours sur le même trajet. « Ça ne sert à rien d’aller loin pour découvrir de belles choses, ici la faune et la flore sont si riches ! » s’enthousiasme le plaisancier.
Comme le veut la tradition – depuis cinq jours –, l’apéro se fait en l’honneur de Monique, qui fête ses 80 ans. Sur les bateaux voisins, on entend le « tap, tap » des cordages, le grincement des poulies au rythme de la houle. « Dormir au port, s’amuse Virginie, c’est un peu comme rester sur une île après le départ des touristes le soir, ça fait presque village. » Aucun membre de la famille n’était jamais monté sur un voilier. « Rien qu’en mettant le pied dessus, on a l’impression d’être ailleurs, il n’y a même pas besoin de prendre la mer ! » s’étonne encore la randonneuse. Dans l’embarcation, la famille a dû s’habituer au petit roulis, aux verres qu’on ne remplit pas à ras bord et au vent qui siffle entre les mâts la nuit.
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Le lendemain matin, à 5 h 30, la fine équipe s’apprête à rejoindre Canet-en-Roussillon par la mer. « Ce qu’ils nous disent en général, c’est qu’ils redécouvrent la lenteur, le calme », remarque Thierry alors que le navire louvoie sans un bruit devant le lever du soleil. Monique s’extasie : « Être à cheval entre la terre et la mer, c’est fou, c’est fou ! » Sur la côte, on aperçoit Port-Vendres, Collioure en face, plus loin Saint-Cyprien. Dans les terres, le mont Canigou, recouvert de neige, perce une enveloppe de nuages. « Le paysage n’est pas du tout le même depuis la terre ou depuis la mer, dit-elle. C’est un peu comme prendre un train dans un sens et dans l’autre. »
🥾 Trois autres façons de randonner
Ramer. Envie de plus d’aventure ? C’est ce que promettent les séjours itinérants en kayak dans lesquels on se déplace à la force des pagaies, de crique en crique inaccessibles par la route. En fin de journée, une plage sauvage devient le campement d’un soir, pour une immersion totale entre mer et nature.
nomade-aventure.com
Rouler. Et si l’idée est de voyager en famille, sans guide, la location d’une roulotte tractée par un cheval de trait invite à une expérience empreinte de simplicité. Le premier jour, un cocher initie aux bases du harnachement et de la conduite de l’attelage avant de laisser les rênes aux voyageurs à travers le Bocage vendéen. Entièrement équipée, la roulotte permet des escapades de deux à sept jours en toute autonomie.
roulottesudvendee.com
Dessiner. L’île de Ré, Chinon, la Vallée des Peintres, Annecy… C’est par la pointe du crayon ou du pinceau qu’Anaïs Groisy propose la découverte d’un territoire. Cette autrice et illustratrice orléanaise organise des itinéraires de « carnets de balade » où l’on prend le temps, chaque jour, de se poser pour apprendre à maîtriser la perspective, les proportions, les ombres ou encore la lumière.bahini-illustration-patrimoine.com
⛵ À l’abordage
Créée pour rapprocher les amoureux de la nature à pied, à vélo, en surf ou en voilier, la start-up Les Sentiers de la mer met en relation voyageurs et plaisanciers pour des séjours itinérants sur mesure. Environ 85 bateaux de plaisanciers ont rejoint l’aventure : en Bretagne, en Vendée, sur la côte basque, la Côte Vermeille, la Côte d’Azur, les Baléares et les îles Canaries. Sur le site Internet, les marins se présentent en répondant à quelques questions et proposent des excursions qu’ils ont l’habitude d’effectuer, appelées « inspirations ». Elles peuvent servir de base à l’élaboration de voyages affinés avec les randonneurs… et les aléas de la météo.
Pour un voyage de sept jours et six nuits, pour quatre personnes – comme celui de Virginie –, comptez 2.500 euros.
lessentiersdelamer.com
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