Pourquoi l’Art déco passionne encore : six pièces iconiques à voir au MAD
Notre sélection d'œuvres iconiques Art déco
LTD/DR
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Le musée parisien n’avait pas connu pareille affluence depuis l’expo Christian Dior en 2017 – 708 000 visiteurs en six mois, un record ! Depuis l’ouverture le 22 octobre de l’exposition « 1925-2025. Cent ans d’Art déco », la fréquentation du MAD est passée de 1500 personnes par jour à… 4 500.
« Le succès est tel que nous mettons en place à partir de ce week-end [13-14 décembre] et jusqu’au 11 janvier deux nocturnes supplémentaires, le samedi jusqu’à 21 heures et le dimanche jusqu’à 20 heures, annonce Bénédicte Gady, directrice du MAD et commissaire générale de l’exposition. Onze mille exemplaires du catalogue, déjà tiré à 6 500 exemplaires, sont en cours de réimpression. »
Pour célébrer le centenaire de l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de Paris, événement qui attira, d’avril à novembre 1925, 16 millions de visiteurs dans 150 pavillons (représentant 21 pays) installés des Invalides au Grand Palais, le MAD a sorti le grand jeu. Meubles, arts de la table, mode, bijoux, céramiques, affiches…
Signées des plus grands maîtres (Jacques-Émile Ruhlmann, René Lalique, Pierre Chareau, Eileen Gray… ), 1200 pièces au total – dont certaines, iconiques, sélectionnées ci-dessous – sont présentées au fil d’une exposition fleuve captivante déployée sur trois étages.
Avec en point d’orgue, dans la grande nef, la voiture-salon de première classe Étoile du Nord, ornée de marqueteries de bois (1929), qui reliait Paris à Amsterdam. Autour, les maquettes grandeur nature de trois luxueux compartiments (wagon-bar, voiture-restaurant et cabine individuelle avec douche) de l’Orient-Express, lancé en 1883 entre Paris et Constantinople, et qui reprendra du service en 2027.
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« Faire le lien entre 1925 et 2025, à travers la permanence des savoir-faire, est essentiel pour montrer combien l’Art déco, par sa modernité, continue à inspirer les artistes, observe Bénédicte Gady. Voyez comme les motifs géométriques très épurés reviennent à la mode, comme la beauté des matériaux et de leur mise en œuvre est recherchée. » « Le côté très festif de l’Art déco, qui évoque les Années folles, explique aussi l’appétence du public pour ce style que l’on retrouve aujourd’hui dans la décoration des cafés, restaurants », ajoute Anne Monier Vanryb, commissaire de l’exposition.
Si l’événement parisien de 1925 marque l’acte de naissance du style Art déco – caractérisé par une grammaire visuelle très codifiée qui remet à l’honneur motifs antiques ou exotiques, corbeilles de fleurs ou de fruits, silhouettes longilignes stylisées –, l’expression Art déco elle-même n’apparaît que dans les années 1960 lorsque le musée des Arts décoratifs présente en 1966 son exposition « Les Années 25. Art déco, Bauhaus, Stijl, Esprit nouveau ». « Le musée a donné une légitimité scientifique à cette formule, l’Art déco, qui s’est répandue comme une traînée de poudre, rappelle Bénédicte Gady. Cette appellation est ainsi devenue une référence commune, une sorte d’évidence. »

Ce cabinet dont la porte est ornée d’un vase contenant un énorme bouquet de fleurs (composé d’amarante, d’ébène et d’ivoire), est un chef-d’œuvre du décorateur Jacques-Émile Ruhlmann. Il est présenté à côté d’un chiffonnier (vers 1775) en chêne plus classique – même si l’abattant est aussi décoré d’une grande corbeille de fleurs en bois précieux – de Jean-Henri Riesener, célèbre ébéniste du XVIIIe siècle, période qui a beaucoup inspiré les créateurs de l’Art déco.

Présenté à l’exposition de 1925 au pavillon de la Société des artistes décorateurs, le chiffonnier d’André Groult en hêtre, acajou, ivoire et galuchat (peau de raie tannée), est dit « anthropomorphe » eu égard à ses formes généreuses et sa silhouette. « C’est la Joconde, en plus rigolote, du musée des Arts décoratifs ! s’exclame la conservatrice Anne Monier Vanryb, commissaire de l’exposition. Malgré ses courbes galbées, ses lignes rondes et sensuelles, c’est une icône de l’Art déco en raison de son décor rayonnant et géométrique imprimé sur le galuchat qui le recouvre. »

Le somptueux bureau en hêtre et placage de palmier (comme les rayonnages de la bibliothèque qui l’entoure), signé de l’architecte décorateur Pierre Chareau et de l’ébéniste Eugène Printz, constitue un fastueux cabinet de travail présenté dans le pavillon de la Société des artistes décorateurs de l’exposition de 1925. La particularité de ce bureau emblématique du mouvement Art déco, qualifié de « folie » par son auteur, est d’être coiffé d’une coupole escamotable qui s’ouvre comme un éventail, permettant de moduler l’éclairage naturel selon l’ouverture des vantaux.

Ce grand vitrail (2,25 mètres sur 1,56 mètre, en verre imprimé et gravé et plomb) est l’œuvre du peintre et verrier Jacques Gruber, plus connu pour son inspiration Art nouveau. Habile à transcrire l’effervescence de la vie moderne et le succès du chemin de fer, il conçoit un cycle consacré à la production de l’acier pour l’immeuble parisien des Aciéries de Paris et d’Outreau. Dans ce vitrail présenté en surplomb de la grande nef, le train figure au premier plan tandis que les ouvriers au centre sont représentés par des silhouettes géométriques très simplifiées.

Ce vase noir en verre opaque soufflé moulé et poli doit son nom aux motifs d’aigles stylisés représentés sur ses deux frises, au pied et à l’encolure. Cette pièce de René Lalique n’est pas sans rappeler – en raison de sa source d’inspiration – une autre des réalisations du maître verrier, le vase « Perruches » (1919), qui ressemble à une grosse boule bleue, également présenté dans l’exposition. Aigles, perruches, paons, antilopes… : le vocabulaire Art déco fait aussi la part belle aux motifs animaliers stylisés et épurés.

Réalisé par l’ébéniste Jean-Brieuc Chevalier, ce grand panneau en bois brodé de pièces métalliques habillera une suite de l’Orient-Express du XXIe siècle, réinterprété dans l’esprit Art déco par l’architecte ensemblier Maxime d’Angeac. Cette technique novatrice de la broderie sur bois rappelle, sans la copier, la marqueterie typique de l’Art déco. Au-dessus du panneau en bois brodé contemporain sont présentées cinq pièces de marqueterie en acajou et bois teintés (vers 1929) dont les motifs floraux ornaient naguère les voitures-lits de la Compagnie internationale des wagons-lits.
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ℹ️ 107, rue de Rivoli (Paris 1er). Du mardi au dimanche de 11 à 18 heures, nocturnes les jeudi et samedi jusqu’à 21 heures et dimanche (20 heures). Jusqu’au 26 avril 2026. Entrée : 15 euros, gratuit pour les moins de 26 ans de l’Union européenne.