Joel Meyerowitz, photographe : « J’ai pensé l’Empire State Building comme si c’était le mont Fuji par Hokusai »

Joel Meyerowitz
LTD/Maggie Barrett/ Joel Meyerowitz

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LTD/Maggie Barrett/ Joel Meyerowitz
Le photographe américain Joel Meyerowitz, chantre de la « street photography », offre aux lecteurs de La Tribune Dimanche cette image new-yorkaise de 1978. Il nous explique les coulisses de ce cliché : « La photographie de l’Empire State Building et du Little Diner faisait partie d’une série que j’ai entamée en 1976, lorsque j’ai commencé à travailler avec un appareil grand format. J’ai pensé l’Empire State Building comme si c’était le mont Fuji, exactement comme Hokusai l’a représenté à toutes les saisons, à tous les moments du jour et de la nuit.
« La seule façon dont je pouvais envisager de photographier avec un appareil grand format dans les rues de New York était de travailler avec un point central. Ainsi, à chaque fois que je prenais une photo de l’Empire State Building, j’avais également des images des rues de New York et de la vie urbaine. »
« Cette photo en particulier m’a beaucoup touché parce que j’étais presque à la base du bâtiment, donc je le regardais du bas vers le haut. Mais en face, de l’autre côté de la rue, se trouvait ce modeste vieux diner qui était probablement là avant même la construction de l’Empire State Building. Voir ces deux époques différentes de l’architecture new-yorkaise – l’une si humble, l’autre si grandiose – était visuellement excitant. »

Présentée à Paris Photo et en parallèle à la galerie Polka avec « Immersion » jusqu’au 17 janvier, l’œuvre de Meyerowitz s’inscrit dans « la tradition française du flâneur », comme il le revendique dans une vidéo au cœur de la rétrospective immersive, en quatre chapitres projetés : de la street photography à la couleur et la lumière, des portraits à la pratique documentaire.
La « palette émotionnelle de la rue », l’appelle depuis ses débuts en 1962, lorsque la photographie s’affranchit de sa fonction utilitaire (publicité, archives ou presse) pour devenir une forme de « poésie personnelle ». « Avoir un appareil photo avec soi, c’est comme avoir constamment une invitation pour que des surprises s’y produisent. » À 87 ans, Joel Meyerowitz traverse encore la ville avec une légèreté d’enfant, « émerveillé par la vie ordinaire, par les gestes des gens, et par ces instants de beauté soudaine ».
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Photographe de rue dans la lignée d’Henri Cartier-Bresson et Robert Frank, il est l’un des premiers, avec Stephen Shore et William Eggleston à privilégier la pellicule couleur à l’époque du tout noir et blanc. Cet explorateur du paysage, témoin rare de Ground Zero après le 11-Septembre, a publié plus de 30 livres et a été exposé plus de 350 fois. Ses œuvres figurent dans les collections du MoMA, du Metropolitan Museum of Art et du Whitney Museum.