REPORTAGE — Découverte du Yorkshire des sœurs Brontë et du Bath de Jane Austen, à la veille de la diffusion de nouvelles adaptations sur grand et petit écrans.Une météo ensoleillée ne sied pas aux âmes tourmentées. Il faut de la rudesse, de l’adversité, du relief. Et là-haut, sur la colline à l’herbe rase, devant les ruines d’une mine d’étain, le ciel affichait un bleu inhabituel. En mars dernier, l’équipe de techniciens a dû créer artificiellement de la brume au sein du parc national des Yorkshire Dales, dans le nord-ouest de l’Angleterre. La réalisatrice Emerald Fennell y tournait Hurlevent, nouvelle adaptation au cinéma du roman Les Hauts de Hurlevent, d’Emily Brontë (1818-1848), dans le sillage de celles de 1992 avec Juliette Binoche, ou de 2009 avec Tom Hardy.
Cet automne, ce décor sauvage a retrouvé sa force évocatrice. La lande s’est parée de roux, une bise bien réelle souffle le long de la rivière et deux grouses prennent la pose sur l’autre rive, semblables à celles des étiquettes de whisky. On se refait le film, du moins la bande-annonce, dont une nouvelle version a été dévoilée la semaine dernière.
À l’écran, Catherine, alias Margot Robbie, y attend désespérément Heathcliff, interprété par Jacob Elordi, qui hante son cœur de façon obsessionnelle et dont l’ombre se détache en arrière-plan. L’intensité se vivra plutôt côté paysages pour le visiteur, qui sillonnera l’une des routes scéniques les plus réputées du pays, bordée de murets en pierre sèche au milieu de moutons en liberté.
Le vrai sentier qu’arpentait Emily Brontë se situe une soixantaine de kilomètres au sud, près de Haworth, dans ce même comté du Yorkshire. La frêle jeune femme marchait des heures aux côtés de son chien Keeper, imposant mastiff. À 250 mètres d’altitude, au cœur d’une nature propice à l’imagination, on croit voir le ruban de son chapeau flotter au vent, sa silhouette volontaire à peine courbée face aux bourrasques. Ce samedi de novembre, il pleut des hallebardes dans les Pennines. Un arbre dénudé surgit dans le brouillard, un ruisseau impétueux charrie de la tourbe. Les ruines isolées de Top Withens évoquent la demeure de Heathcliff.