ENTRETIEN — L’humoriste est devenue la porte-parole d’une génération qui n’accepte plus les privilèges masculins. L’ex-cadre cartonne. Elle prouve que militant peut rimer avec hilarant.Il y a près de 2.000 femmes dans la salle ce soir de mars à Strasbourg. Quelques hommes, kamikazes, rasent les murs. Marine Leonardi entre sur scène en robe et talons hauts, cheveux bruns longs et brillants, un double de Kate Middleton, la gouaille en plus. Comme sur ses vidéos Instagram – où elle compte plus d’un million d’abonnés –, l’humoriste en met plein la g… à celui qui partage son quotidien de mère de famille sans jamais penser à faire les courses ou à changer une couche.
Le père de ses filles, un certain Alix, se fait dégommer pendant une heure et demie devant un public hilare, et à travers lui c’est l’ensemble de la communauté des maris et des pères qui prend. Désagréments de la grossesse, charge mentale, répartition des tâches, éducation des enfants, intervention de la belle-mère : chaque réplique semble inspirée d’un vécu partagé par toutes celles qui se sont déplacées et pleurent de rire tant la trentenaire frappe fort et tombe juste. Sa tournée – quasi complète – va se poursuivre jusqu’en 2027, clôturée par une série de Zéniths. Un triomphe qui a tout du phénomène de société.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Vous avez fait une école de commerce puis travaillé. Comment est venue la scène ?
MARINE LEONARDI — Ça a commencé à l’Essec justement. C’était un système assez misogyne. À trop vouloir être dans la norme, je me trouvais éteinte. Je n’osais plus dire toutes mes blagues, je me contrôlais. Donc j’ai intégré la troupe de théâtre de l’école. Ensuite j’ai bossé chez Carrefour, en immobilier, puis pour les cosmétiques Shiseido, en même temps j’essayais d’écrire une pièce. De là est venue l’envie d’un seul en scène. C’était l’essor des comedy clubs, j’ai commencé comme ça.