Au fort Saint-Jean du Mucem, Clément Cogitore, philosophe, plasticien et metteur en scène (inoubliable Indes galantes de Rameau à Bastille), a une tête de Humphrey Bogart menant une enquête. Il observe, scrute, écoute, analyse. Pas de trace de joie ou de sourire sur son visage lisse et plutôt blême. Cogitore pense, parle et crée utile. Pas de mot en trop. Pas de perte de temps. Ce quadra-là est un spécimen grave parce que l’art, c’est du sérieux.
Cogitore n’est pas un garçon drôle mais un drôle de garçon. L’homme est habité comme le vieux fort où il est exposé, dans lequel s’engouffrent les vents, où dansent des fantômes, où les légendes posent leurs petits petons avant de nourrir l’imagination des hommes. Au fort Saint-Jean, Cogitore donne vie à une de ses dernières œuvres, une étonnante histoire qu’il décline, analyse, conte avec tout ce qui caractérise son travail, photos originales et films dans lesquels archives et fictions s’entremêlent, afin de raconter des histoires à partir d’une histoire vraie.
Cogitore raconte une île née du fond de la mer, apparue au sud de la Sicile, au large de la Tunisie. En 1831, le volcan Empédocle transperce la mer Méditerranée et donne naissance à une île dont le dôme immergé est appelé Ferdinandea. Celle-ci vécut quelques mois avant de boire la tasse, s’effondrant sur elle-même et repassant sous l’eau. Elle eut le temps d’attirer les hommes, de les fasciner, de les déranger, de leur faire peur, de leur donner le désir de se l’approprier. Incapables de la laisser tranquille, Anglais, Italiens, Français tentèrent d’annexer cette île ridiculement riquiqui en plantant leur drapeau dans un sol encore en braises. À peine né, le bébé de lave est convoité, disputé par rois, princes, militaires, scientifiques et artistes.