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« Les Justes », « Pris au piège » et la face cachée de Cabu... ce que vous devez découvrir cet été

Armelle Héliot et Philippe d’Indevillers

Publié le 23 août 2025 à 15:44 - Mis à jour le 23 août 2025 à 22:44

Notre sélection culturelle de la semaine.

Notre sélection culturelle de la semaine.

LTD/Sébastien Toubon; Christophe Manquillet

La Tribune Dimanche

N146 ● 19 juillet 2026

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Concerts, expos, films, séries, festivals… Cet été, « La Tribune Dimanche » fait son tour de France culturel. Suivez le guide !

« Les Justes », mis en scène par Maxime d'Aboville

En août, à Paris, derrière les portes fermées des salles de théâtre, les comédiens sont au travail, préparant les spectacles de la rentrée. Au Poche, au bout de l'impasse qui donne sur le boulevard du Montparnasse, on se glisse dans la salle du haut, plongée dans l'obscurité. On aperçoit les ordinateurs de l'équipe artistique. Celui de Jason Del Campo, le compositeur de la partition originale, celui d'Alireza Kishipour, maître des lumières. Leurs silhouettes se découpent devant les écrans. Il y a là aussi Charles Templon, un comédien qui signe ici les costumes et le décor, ainsi que l'assistante régisseuse. Attentifs, concentrés. Ils n'ont que cet après-midi pour régler les lumières.

Les quatre comédiens sont mobilisés. Certains ont endossé une pièce de leur costume, d'autres non. Quatre seulement pour Les Justes ? Maxime d'Aboville l'explique  : « Les comédiens de la compagnie Les Fautes de Frappe, qui sont, pour certains, d'anciens élèves, m'ont sollicité, il y a quelques mois. Je n'avais jamais signé de mise en scène, mais je trouvais le choix de la pièce d'Albert Camus intéressant. »

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Après une première lecture en avril, Maxime d'Aboville, qui joue le père Paneloux dans la minisérie sur France 2 adaptée de La Peste et connaît très bien l'œuvre et la vie de l'écrivain, décide de resserrer un peu l'ouvrage. « J'ai obtenu l'autorisation des ayants droit et j'ai pensé que l'on pouvait faire jouer deux personnages à chacun des comédiens, pour donner du relief à ceux que Camus désignait aussi comme des "meurtriers délicats". »

C'est ainsi que Marie Wauquier est Dora  Maria Casarès à la création, en 1949 - et la grande-duchesse. Oscar Voisin, lui, est seulement Ivan Kaliayev, le héros, dit « le poète » par ses camarades. C'est Serge Reggiani qui le jouait. Arthur Cachia est Stepan, qu'incarna le jeune Michel Bouquet, une manière de Robespierre, anarchiste pur à la Dostoïevski, qui a connu le bagne, et joue aussi le cynique lieutenant de police Skouratov. Quant à Étienne Ménard, il incarne Boris Annenkov, le patron, le chef, mais aussi Foka, le balayeur.

Étranges résonances

Le réglage des lumières se fait selon le déroulement des scènes. Les comédiens retrouvent peu à peu leur place. On est à Moscou en février 1905. Pour les protagonistes, des membres du Parti socialiste-révolutionnaire, il n'y a pas d'autre choix : il faut assassiner le grand-duc Serge, oncle du tsar Nicolas II et haïssable tyran qui écrase Moscou depuis onze ans.

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Ces « âmes exceptionnelles », ainsi que les appelle Camus, qui s'est inspiré de la réalité des faits, se trouvent face à un déchirant dilemme. Ils ne veulent pas tuer les enfants qui seront dans la calèche... D'étranges résonances avec aujourd'hui se font jour, d'autant plus frappantes que la langue a une tenue de tragédie et que l'adaptation est puissante. Metteur en scène précis, respectueux des personnalités, Maxime d'Aboville est comme les grands maîtres Giorgio Strehler et Patrice Chéreau  : il ne cesse de sauter sur le plateau, brochure à la main, pour préciser ses indications.

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Au Poche, qui produit le spectacle, on applaudira aussi Maxime d'Aboville, chaque lundi à partir d'octobre, dans ses formidables Leçons d'histoire de France. « C'était le moment ou jamais de penser à la Révolution », souligne l'artiste. On le retrouvera dans un tout autre registre en janvier au Théâtre des Nouveautés, à l'affiche de la comédie de Sébastien Thiéry Cochons d'Inde, avec Arnaud Ducret et Emmanuelle Bougerol. Il rêve aussi au vaudeville concocté par Daniel Colas, Les Trois Moitiés de M. Thiers, un projet avec Delphine Depardieu. Et bien sûr il poursuit son histoire : Napoléon est au point.  A.H.

ℹ️ Théâtre de Poche-Montparnasse, à partir du 2 septembre, à 19 heures du mardi au samedi, 15 heures le dimanche. Durée : 1 h 15.
theatredepoche-montparnasse.com

« Cabu, dessins de la rafle du Vél' d'Hiv »

À cent lieues du créateur du Beauf, c'est un Cabu méconnu que présente l'exposition « Cabu, dessins de la rafle du Vél' d'Hiv », à voir à la Duduchothèque à Châlons-en-Champagne (Marne), ville natale du dessinateur. En 1967, Jean Cabut (selon l'état civil), qui n'a que 29 ans, est chargé d'illustrer pour le magazine Le Nouveau Candide les bonnes feuilles de La Grande Rafle du Vél' d'Hiv, de Claude Lévy et Paul Tillard (Robert Laffont).

Un ouvrage qui fera date car il lève le voile sur le rôle des 4 500 policiers français qui, sous la responsabilité du régime de Vichy, ont pris part à la rafle. Les 16 et 17 juillet 1942, à Paris, 12 884 hommes et femmes, dont 4 051 enfants, sont arrêtés. Parqués pour la plupart au Vél' d'Hiv, avant d'être aiguillés vers les camps de concentration dont beaucoup ne reviendront pas...

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Une tragédie qui restera comme la plus importante opération menée contre des Juifs en Europe de l'Ouest pendant la Seconde Guerre mondiale. Est-ce le soin apporté aux détails ? La justesse du trait ? La sensibilité qui affleure sous la plume à l'encre de Chine ? La quinzaine de dessins, dont Cabu dira qu'ils lui ont donné « des cauchemars », plonge le visiteur au cœur de la tragédie.

Ainsi, dans cet autobus à plateforme bondé qui fonce en direction du Vél' d'Hiv, la peur, l'effroi, l'abattement ou la résignation se lisent sur les visages des passagers dont certains portent l'étoile jaune. À travers cette exposition organisée avec le Mémorial de
la Shoah et éclairée par les textes de l'historien Laurent Joly, Cabu raconte en dessins l'une des pages les plus sombres de notre histoire. À voir aussi, au rez-de-chaussée de la Duduchothèque (du nom de son Grand Duduche, personnage d'éternel lycéen un peu rêveur), les trois salles réaménagées qui retracent la carrière du dessinateur de presse, de L'Union dans les années 1950 jusqu'au Canard enchaîné et à Charlie Hebdo où Cabu a trouvé la mort, le 7 janvier 2015, dans l'attentat islamiste perpétré contre le journal.  P.d'I.

ℹ️  68, rue Léon-Bourgeois. Entrée libre. Du mercredi au samedi de 14 à 18 heures
et les 1er et 3e dimanches du mois. Jusqu'au 2 mars 2026.

« Pris au piège », de Darren Aronofsky (3,5/5⭐)

Dans le New York des années 1990, Harry « Hank » Thompson (Austin Butler), ex-grand
espoir du base-ball, coule des jours simples et alcoolisés entre le bar où il travaille et sa
relation passionnée avec Yvonne (Zoë Kravitz). Mais lorsque son voisin (Matt Smith) lui
demande de garder son chat quelques jours, un engrenage aussi drôle que cruel va mettre à ses trousses tout un fascinant bestiaire de gangsters...

Le nouveau film de Darren Aronosfky, Pris au piège, est une heureuse surprise. Adapté du roman éponyme de Charlie Huston (2004), on y suit la terrible descente aux enfers de son personnage principal. Un type de récit dans lequel le cinéaste excelle. Mais cette fois-ci, plutôt que dans le pur drame, la noirceur chère au réalisateur de Requiem for a dream s'exprime par l'humour d'un thriller criminel haletant et enlevé, avec pour toile de fond la « folie » new-yorkaise sublimée.

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« Nous avons beaucoup retravaillé avec Charlie les personnages de l'histoire. Je tenais à leur donner un peu plus de « New York », à savoir : derrière chaque porte de chaque maison ou immeuble se trouve quelqu'un de déjanté. Je voulais donc que tous les personnages le soient encore plus. Pris au piège est un hommage à New York et à sa population. Je pense que New York représente l'Amérique à son meilleur, hier comme aujourd'hui. » explique Darren Aronofsky.

Face à Pavel, un voyou russe violent et imprévisible interprété par un exceptionnel Nikita Koukouchkine, « cuisiné » par l'inspectrice retorse et trouble Elise Roman (Regina King), ou aux prises avec deux fascinants gangsters juifs hassidiques (Liev Schreiber et Vincent D'Onofrio), Austin Butler livre une performance remarquable tant sur le plan psychologique que physique, assurant lui-même ses nombreuses cascades. De Pris au piège, l'acteur américain, déjà titulaire à 34 ans d'une filmographie où s'alignent les noms de grands réalisateurs, retient un rôle exigeant. « Il arrive tellement de choses à Hank. Le trauma, le chaos, c'est une telle accumulation... Et il faut ajouter à ça beaucoup d'humour, déclare-t-il. Pour moi, la clé était de faire confiance et de suivre le ton, en tentant d'apporter de l'authenticité et de la vérité à toutes ces situations extraordinaires. Et ce n'est pas si simple de parvenir à cette authenticité, quand vous avez Nikita qui s'agite autour de vous ! » M-A.G.

ℹ️  Pris au piège, de Darren Aronofsky, avec Austin Butler, Zoë Kravitz, Regina King, Matt Smith, Liev Schreiber, Vincent D'Onofrio, Nikita Koukouchkine. 1h47. Sortie mercredi.

Armelle Héliot et Philippe d’Indevillers

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