Une lignée paternelle anoblie en 1439, une grand-mère héritière de la banque Lazard, une tante résistante, un oncle ayant échappé à la Gestapo et une mère d’origine argentine… Son histoire familiale est aussi romanesque que son enfance fut privilégiée, hors du commun. Hors cadre surtout.
Pétulante ex-mannequin à la silhouette androgyne, cette ancienne timide maladive de 68 ans nous reçoit dans son bureau du siège de Roger Vivier, un hôtel particulier dans Saint-Germain-des-Prés où elle est un peu « tout-terrain ». « Vous voyez, je peux autant m’occuper des poubelles que déjeuner avec Anna Wintour. Je ne sais pas ce qu’il y a de pire ! » s’amuse-t-elle en ramassant le sac à ordures. Chez Inès de la Fressange, même sortir les poubelles a du chic. Et c’est peut-être ça, le vrai luxe français.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Vous donnez l’impression que tout semble facile pour vous…
INÈS DE LA FRESSANGE — J’ai l’air de faire les choses sans effort, mais c’est une illusion. En réalité, j’ai surtout appris à transformer mes défauts en qualités. Cette tendance à passer du coq à l’âne, j’en ai fait une méthode de vie. On ne m’a jamais appris la concentration ni la rigueur, alors je me repose sur autre chose, l’imagination et l’intelligence associative. J’aime cette spontanéité-là, mais elle est le fruit d’années de travail.
Vous voulez dire que votre enfance était plutôt libre, voire anarchique ?