Bien sûr, il n’a rien perdu de son air de gendre idéal, tout sur lui paraît trop propre, son sourire Colgate, son tee-shirt immaculé sous sa chemise, ses baskets blanchissimes, sa façon raisonnable de commander le plat le plus sage de la carte – du cabillaud –, d’écrire du bien de (presque) tout le monde, la longueur des remerciements à la fin du livre – six pages serrées-tassées dans une police plus petite, plus de 100 personnes nommément citées… Mais Tony Estanguet n’est pas seulement ce « Monsieur Parfait » tout en sang-froid qui protège jalousement ses émotions pour n’offrir aux regards aucune aspérité.
Dans ce livre où il raconte ses 10 ans à la tête de Paris 2024, il va jusqu’à écrire « je t’aime » à sa nouvelle compagne, Aurélie, rencontrée dans cette « folle épopée » qu’ils ont partagée. La même dont, plus haut dans le texte, lui qui a toujours été un champion du cloisonnement dit combien il l’admire. « Ce livre m’a obligé à me confier comme je ne l’avais jamais fait », reconnaît-il.
Dans ces quelque 350 pages, il entremêle son histoire personnelle à celle des Jeux. Annonce, entre la poire et le fromage, au milieu du livre – on est en 2020 –, en cinq lignes, qu’il se sépare de sa femme et mère de leurs trois garçons après 22 ans de vie commune. Il met des mots forts, de reconnaissance, de concurrence, de douleur et d’amour sur sa relation avec son frère Patrice, également champion de canoë, qui fut son aiguillon, son adversaire, et qu’à une seconde près il a défait – et éliminé de la compétition en 2000.