ENTRETIEN — À 80 ans, l’icône yéyé n’a plus rien à prouver. Entre coups durs et éclats de rire, la chanteuse revient sans filtre sur sa vie, ses épreuves et ses projets.Sheila fascine toujours et n’a jamais été aussi branchée. En pleine promo intense pour son 28e album, grandeur puissance sans décadence, elle garde ce look d’ado espiègle en jean-baskets. Tutoiement direct, regard malicieux devant l’objectif et débit verbal qui nous avertit aussitôt : « Attention, moi, on n’me la fait plus. »
Elle s’est pris bien trop de claques en soixante-deux ans de rumeurs et de quolibets avec cette image de « petite fille de Français moyen ». À 80 ans et plus de 85 millions de disques vendus, l’icône des années yéyé n’a plus rien à prouver. Alors elle a définitivement laissé derrière elle les -gondoles à Venise pour s’embarquer vers de nouvelles vibrations électro. Eh, vous, petite Sheila, on ne vous oubliera jamais !
LA TRIBUNE DIMANCHE — Votre nouvel album s’intitule À l’avenir. À 80 ans, quel sens ce mot prend-il pour vous aujourd’hui ?
SHEILA — C’est un bonheur malgré tout. Mais dans ma génération, on perd beaucoup d’amis : Françoise [Hardy], Johnny [Hallyday]… Le plus difficile, c’est de se retrouver parmi les derniers. Chaque disparition emporte un pan de notre vie et on avance peu à peu vers la solitude. Moi, je crois à la réincarnation, alors je me dis qu’ils sont quelque part, toujours présents. Mais dans l’instant, oui, on se sent seule.
Vous vous êtes sentie seule dans ce métier ?
Le showbiz est un métier d’illusion. Il y a les flatteurs, ceux qui pensent surtout à ce que vous leur rapportez, une sorte de monnaie d’échange. Quand j’ai arrêté de chanter en 1989, je me suis dit : « Je vais faire des duos, des amis vont m’appeler… » Aucun coup de fil. Rien. Pourtant, cette solitude m’a permis de faire le point, d’écrire, de sculpter, de me recentrer.